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Régions autonomes - Un pilier de la démocratie espagnole qui vacille

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	Un manifestant à Séville contre les mesures d’austérité gouvernementale</div>
Photo : Cristina Quicler
Un manifestant à Séville contre les mesures d’austérité gouvernementale

Symbole de la diversité de l’Espagne et pilier de sa démocratie, le modèle des régions autonomes touche aujourd’huises limites, miné par les dettes, obligé de recourir à l’aide de l’État et faisant, avec les banques, vaciller le pays, voire la zone euro.


«Le problème des régions rend plus probable la nécessité pour l’Espagne d’un sauvetage global» car il s’ajoute à l’endettement de l’État central et aux difficultés des banques, qui vont bénéficier d’un plan d’aide européen, résume Christian Schulz, analyste de Berenberg Bank. La plupart des analystes fixent octobre comme date limite avant un défaut de paiement du pays.


Or, les régions ont beau, comme le gouvernement central, pousser de hauts cris au son du mot «sauvetage», plusieurs d’entre elles ont reconnu le besoin d’une aide extérieure face à une dette colossale totale de 13,5 % du PIB régional à la fin du premier trimestre 2012, soit 145,1 milliards d’euros.


Valence a déclenché vendredi dernier une nouvelle panique sur les marchés en officialisant la première sa demande d’aide au fonds dédié de 18 milliards d’euros créé par l’État. Et d’autres vont suivre, au risque d’alourdir encore la dette du pays.


La région de Murcie a reconnu qu’elle envisageait de demander «200 millions d’euros, au pire 300 millions». Tout comme la Catalogne et Valence, qui font face à une échance de dette sur le deuxième semestre 2012, respectivement de 5,75 milliards d’euros et de 2,88 milliards sur cette période.


«La situation des régions, qui paraissait sous contrôle en début d’année, s’est dégradée» et «sur les 17 régions espagnoles, près de six demanderaient l’aide de l’État», estime Cyril Regnat, analyste de Natixis. Emilio Gonzalez, professeur d’économie structurelle de l’Université autonome de Madrid, va plus loin: «Devraient suivre la Castille-La Manche, l’Andalousie, probablement les Baléares, les Asturies, bref, à l’exception de Madrid et peut-être de l’Aragon, presque toutes.».

 

Pour lui, «la situation est insoutenable» et les sévères coupes déjà engagées ne suffiront pas.


Portées par les années fastes de l’économie espagnole, certaines régions ont dépensé à tout va, construisant des immeubles sans habitants, des routes qui ne mènent nulle part, des aéroports sans avions, jusqu’à l’éclatement de la bulle immobilière en 2008. Elles sont aujourd’hui minées par les dettes et les affaires de corruption touchent jusqu’au gendre du roi, Inaki Urdangarin, aux Baléares.


«Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu trop d’excès, qu’il faut aujourd’hui corriger». À commencer par «les doublons dans les compétences qui nous coûtent environ 5 % du PIB», estime M. Gonzalez. Car «ce n’est pas une décentralisation mais une reproduction du modèle de l’État central dans les 17 régions», voire au niveau provincial, explique-t-il. Il y a «par exemple 56 universités autonomes publiques alors que 12 ou 14 seraient suffisantes. Nous avons aussi une prolifération de télévisions publiques, de conseils économiques et sociaux, d’autorités de la concurrence».


Problème: l’État a longtemps fermé les yeux sur ce sujet politiquement ultra-sensible. «L’autonomie fut une idée pour répondre au problème de la Catalogne et du Pays basque que les socialistes ont généralisé à toute l’Espagne. Elle liait l’autonomie à la démocratie et le centralisme au franquisme» et à la dictature, explique ce spécialiste.


La Catalogne, qui représente un quart de la richesse espagnole et défend farouchement son autonomie élargie, refuse les conditions de l’aide imposées par le gouvernement qui veut diviser par plus de deux le déficit des régions en 2012 et le réduire à 0,7 % en 2013. D’autres régions comme les Asturies, l’Andalousie et les Canaries résistent aussi.


Pour l’agence de notation Fitch, le fonds nouvellement créé «représente une solution temporaire aux problèmes de liquidités des régions», mais il leur sera «extrêmement difficile» d’atteindre les objectifs de déficit. «Il est donc essentiel que le gouvernement central maintienne une étroite surveillance sur les finances régionales et agisse rapidement en cas de déviation par rapport aux objectifs», estime Fitch.


Le choix est simple: «Ou les régions font les réformes, ou elles attendent qu’elles soient imposées de l’extérieur», relève M. Gonzalez. Mais il y a fort à parier, prédit-il, que, «vu le coût politique à payer, les régions préfèrent le laisser à l’État».

 
 
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