Recherche d’or contestée
Des citoyens et le maire de Saint-Camille, en Estrie, déplorent la décision du gouvernement du Québec d’investir des fonds publics dans la minière Bowmore, une entreprise qui compte utiliser cet argent afin de poursuivre ses travaux de recherche d’or dans une région essentiellement agricole devenue un exemple de développement durable. La Société d’investissement dans la diversification de l’exploration (SIDEX) a acquis récemment pour 600 000 $ d’actions de la minière.
La SIDEX est financée à 70 % par l’État québécois et à 30 % par le Fonds de solidarité FTQ. L’entreprise Osisko, un actionnaire important de Bowmore, a pour sa part acheté pour 800 000 $ d’actions.
Pour le comité Mine de rien, de Saint-Camille, « il est assez surprenant de voir le gouvernement du Québec, par l’entremise de la SIDEX, investir dans la région alors qu’il est au fait de l’opposition locale, et que le cadre légal est sur le point de subir une réforme qui risque de modifier substantiellement la donne en matière d’exploration et d’exploitation minière au Québec ».
Il faut dire que Bowmore a déjà mené des travaux d’exploration sur le territoire de Saint-Camille et de la municipalité voisine de Wotton. Ces activités ont suscité une vive opposition de la part du maire de Saint-Camille, Benoit Bourassa, mais aussi de citoyens réunis au sein du comité Mine de rien. Selon le maire, un tel projet de mine à ciel ouvert ne cadre absolument pas avec le plan d’aménagement de sa municipalité. Celle-ci est devenue un exemple de développement durable axé sur la vie en communauté, la relève agricole et la beauté des paysages.
Récemment, la minière s’est toutefois concentrée sur une zone située tout près, mais du côté de Wotton. Selon ce qu’a indiqué hier un porte-parole de l’entreprise, cinq forages ont été réalisés au cours des dernières semaines. Bowmore attend de voir les résultats avant de statuer sur la suite des choses. Mais chose certaine, un éventuel projet minier nécessiterait l’extraction de grandes quantités de roches afin de produire des onces d’or. Cela veut dire qu’une mine devrait très probablement être à ciel ouvert.
Le directeur général de la SIDEX, Michel Champagne, a justifié cette semaine la décision d’investissement de la SIDEX. Selon ce qu’il a affirmé à La Presse, la communauté de Wotton serait « d’accord avec les travaux que la compagnie fait ». Joël Nadeau, porte-parole de Mine de rien, estime pour sa part que, si certains citoyens de Wotton se sont montrés favorables au développement minier, cette approbation est loin de faire l’unanimité. « C’est évident que les gens qui ont autorisé la tenue de forages sur leurs terres et qui ont été financièrement dédommagés ont tendance à être favorables au projet. Cependant, ils ne constituent qu’un infime pourcentage de la population, qui subira les impacts d’une éventuelle mine sur le territoire, et je me demande même si M. Champagne a pris la peine de leur parler. »
Par ailleurs, le maire de Saint-Camille a mis en garde contre une « banalisation » de ce que constitue une infrastructure minière. « Exploiter une mine à ciel ouvert, ce n’est pas comme tenir un dépanneur de coin de rue, a-t-il illustré. Le bruit, la poussière, mais aussi le changement de vocation d’une région, tout cela a des effets qui se répercuteront bien au-delà des limites de Wotton. »








