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Moody’s cueille la zone euro à froid et met Berlin dans l’embarras

La zone euro a été cueillie à froid hier par l’avertissement de l’agence Moody’s à trois pays dont l’Allemagne, déjà en plein débat domestique sur l’aide aux pays du Sud, Grèce et Espagne en tête.


Moody’s a abaissé à « négative » la perspective de l’Allemagne mais également des Pays-Bas et du Luxembourg, ouvrant la porte à une possible perte de leur note Aaa, la meilleure possible.


La Finlande reste seule désormais à bénéficier de cette note assortie d’une perspective stable parmi les 17 États de la zone euro.


L’avertissement lancé aux trois autres pays n’a pas provoqué de panique à la Bourse de Francfort, qui a terminé en recul de 0,45 %. Paris (-0,87 %) et Londres (-0,63 %) ont davantage reculé mais c’est surtout Milan (-2,71 %) et Madrid (-3,58 %) qui ont accusé le coup.


Face à la dégradation de la situation, dont l’un des symptômes est l’envolée des taux d’emprunt espagnols, l’Espagne, l’Italie et la France ont réclamé « l’application immédiate des accords » du sommet européen de fin juin, dans un communiqué diffusé à Madrid.


Le ministre français des Affaires européennes Bernard Cazeneuve a toutefois démenti l’existence d’une telle demande émanant de la France.


« Il n’y a pas eu de démarche commune avec l’Italie et l’Espagne. Je n’ai pas demandé d’application immédiate des accords. Cela n’a aucun sens d’affirmer cela. On suit les décisions prises au sommet européen et on travaille dessus », a-t-il déclaré, interrogé par l’AFP.


Rome a également fait part de sa « stupeur » en évoquant ce « prétendu » communiqué commun.


Les accords en question prévoient notamment d’élargir les modalités d’intervention des fonds de secours européens en faveur des pays en difficultés. Mais leur application doit attendre leur adoption par les parlements nationaux des plus gros contributeurs aux fonds de secours et surtout une décision de la Cour constitutionnelle allemande, attendue le 12 septembre.


Interrogé, Berlin n’a pas réagi pour le moment à la publication de ce communiqué à Madrid.


Quant à la décision de Moody’s, le ministère allemand des Finances a déploré que « cette estimation mette surtout en avant les risques à court terme, alors que les perspectives de stabilisation à long terme restent non mentionnées ».


Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a lui déclaré dans un communiqué que les « fondamentaux » des trois pays visés étaient sains.


Pour Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg, il est « improbable que les coûts d’emprunt de l’Allemagne augmentent », faute d’alternative réelle dans une zone euro à la conjoncture chancelante.


L’activité du secteur privé s’y est à nouveau contractée en juillet, et les suppressions d’emplois ont atteint leur plus haut niveau en deux ans et demi, selon une première estimation de l’indice PMI publiée hier.

 

Stratégie affaiblie ?


Mais selon M. Schulz, l’avertissement de Moody’s « affaiblit la stratégie de crise du gouvernement allemand », premier contributeur à tous les plans d’aide.


Cela tombe mal pour la chancelière Angela Merkel, confrontée à une fronde euro-sceptique de deux partis alliés, les libéraux du FDP et les Bavarois de la CSU, malmenés dans les sondages. Elle est aussi régulièrement rappelée à l’ordre par la Cour constitutionnelle sur sa politique européenne.


Le quotidien de centre droit Frankfurter Allgemeine Zeitung a jugé dans un éditorial que l’annonce de Moody’s arrivait « pile au bon moment » pour rappeler à l’Allemagne « qu’elle préjugerait de ses forces en aidant davantage les pays du Sud ».


Comme par exemple la Grèce qui devait accueillir à partir d’hier la « troïka ». Ce groupe de représentants de l’Union européenne, du Fonds monétaire international et de la Banque centrale européenne doit évaluer l’avancement des réformes imposées en échange de l’aide octroyée. De son verdict dépend la poursuite des versements du plan de sauvetage en cours.


La Grèce le dispute à l’Espagne dans la liste des pays qui inquiètent le plus les marchés.


Madrid, qui bénéficie déjà d’une enveloppe de 100 milliards d’euros pour recapitaliser ses banques, voit pourtant s’envoler ses coûts d’emprunt. L’Espagne a emprunté mardi 3,05 milliards d’euros à court terme, devant concéder une fois de plus des taux d’intérêt en hausse, tandis que sur le marché secondaire ses obligations à dix ans restent au-dessus de 7,5 %, un niveau jugé insoutenable.


Le pays envisage désormais de recourir à un « plan de sauvetage global assoupli » pour faire face à une échéance de quelque 28 milliards d’euros en octobre, a affirmé mardi le journal El Economista.

 
 
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