Pétrolia commence à forer en Gaspésie
Pétrolia a annoncé hier avoir débuté le premier de deux forages pétroliers qu’elle compte mener dans un secteur de la Gaspésie situé à l’est de Murdochville. L’entreprise fonde beaucoup d’espoirs sur ces nouvelles opérations, d’autant que la zone forée présente des similitudes géologiques avec une région de l’Alberta très riche en or noir. Ces travaux de recherche d’énergie fossile, menés en partie grâce à des fonds publics, ne sont soumis à aucun processus d’évaluation de leurs impacts environnementaux.
La pétrolière, très active en Gaspésie, compte forer deux puits dans une zone nommée « projet Bourque ». Pétrolia l’a d’ailleurs désignée ainsi en l’honneur de feu Pierre-André Bourque, un géologue québécois qui avait déjà déterminé, il y a plusieurs années, que le sous-sol de la Gaspésie pourrait renfermer d’importantes quantités de pétrole. Selon ce qu’il faisait valoir en 2006, la preuve que le Québec comptait un potentiel pétrolier très intéressant n’était plus à faire. Mais à cette époque, le gouvernement Charest avait déjà abandonné les travaux de recherche lancés quatre ans plus tôt par les péquistes. Il était alors acquis que le secteur privé prendrait seul le relais.
L’entreprise Pétrolia, qui possède 45 permis d’exploration en plein coeur de la péninsule, croit pour sa part au potentiel en hydrocarbures de la Gaspésie. Son président, André Proulx, n’avait d’ailleurs pas caché son enthousiasme lors de la dernière assemblée annuelle de l’entreprise : « Par sa taille, la structure de Bourque pourrait contenir 100 millions de barils de pétrole facile à exploiter et dont la rentabilité ne fait pas de doute. »
Si cette évaluation s’avérait exacte, la valeur de la ressource dépasserait le milliard de dollars. Quant à la zone d’exploration, elle recoupe essentiellement deux permis. Ceux-ci coûtent au total 3753,90 $ par année, à raison de 10 ¢ l’hectare.
En entrevue hier, M. Proulx a toutefois pris soin de préciser que Pétrolia attendait de voir les résultats des deux forages avant de juger de la présence ou non de pétrole dans la zone identifiée. Pétrolia a déjà investi trois millions de dollars dans des relevés sismiques dans le secteur en 2008. Selon l’interprétation des résultats, il est possible qu’on retrouve dans le sous-sol du gaz flottant au-dessus d’un liquide. On veut donc maintenant déterminer si le liquide en question est bel et bien du pétrole.
Chose certaine, a dit M. Proulx, la « cible » de forage visée compte « une capacité importante de rétention de pétrole ». Et s’il y a effectivement du pétrole, le premier forage « devrait produire en assez bonne quantité ».
Qui plus est, le secteur foré comporte des similitudes géologiques avec une zone nommée Leduc, en Alberta. Selon ce que fait valoir Pétrolia dans son dernier rapport annuel, ce secteur de l’Ouest canadien compte des champs pétrolifères « géants ». Leur découverte a d’ailleurs « marqué un tournant décisif de l’exploration pétrolière dans cette province ».
Et comme toute production pétrolière est liée à une production de gaz naturel, Pétrolia songe déjà à vendre une partie d’une éventuelle production. André Proulx estime que certains clients pourraient se montrer intéressés dans la région. C’est le cas, notamment, de projets miniers en développement. Selon lui, le gaz naturel pourrait être commercialisé en Gaspésie comme souhaite le faire le gouvernement Charest sur la Côte-Nord.
Pétrolia a par ailleurs obtenu l’accord du gouvernement pour mener une « production test » en cas de découverte. Cela veut dire que la pétrolière pourra extraire, pendant une dizaine de jours, de l’or noir. Mais elle n’aura pas à verser de redevances sur ces ressources non renouvelables, puisque les tests seront menés dans le cadre de la phase d’exploration. Pétrolia a déjà extrait du pétrole dans la région de Gaspé aux termes de ces dispositions. Le précieux liquide a été vendu à la raffinerie d’Ultramar, près de Québec. L’entreprise a aussi reçu plus de trois millions de dollars en « aide gouvernementale à l’exploration » au cours des dernières années. Plus récemment, Investissement Québec a injecté plus de 10 millions pour acquérir des actions de l’entreprise.
Certains espèrent déjà faire de la Gaspésie « la nouvelle Alberta ». Les forages du projet Bourque pourraient donc être les premiers d’une série dans le coeur de cette vaste péninsule. André Proulx a expliqué hier que les travaux menés au cours des dernières années ont en effet permis de déterminer que la région comporterait d’autres structures susceptibles de contenir d’importantes réserves d’hydrocarbures.
Pour le moment, ces travaux sont menés sans aucune évaluation de leurs impacts environnementaux. M. Proulx a aussi dit hier que son entreprise n’est pas soumise aux travaux de l’évaluation environnementale stratégique (EES) lancée par Québec pour étudier l’épineuse question du gaz de schiste. « C’est une bonne affaire pour nous, parce que ça nous permet d’avancer. Sans cela, les projets seraient latents », a-t-il fait valoir.
En plus du projet Bourque, Pétrolia compte forer un nouveau puits plus tard cette année dans la région de Gaspé. Il s’agira d’un puits horizontal qui devrait permettre de préciser le potentiel d’un secteur nommé Haldimand.








