La Grèce et l’Espagne face à l’Eurogroupe
Athènes demande deux années de grâce, Madrid devra patienter pour voir la mise en oeuvre du plan de sauvetage de ses banques
Le sommet des 28 et 29 juin a ouvert de nouveaux chantiers, que l’Eurogroupe doit maintenant concrétiser. Pour soulager en particulier l’Espagne, la décision a été prise de permettre au futur fonds de secours de la zone euro, le MES, de prêter directement aux banques.
Mais cela « ne se concrétisera pas avant la première partie de 2013 », a averti hier une source européenne sous couvert d’anonymat. Le MES, qui devrait entrer en vigueur dans le courant de l’été, ne pourra en effet prêter directement aux banques qu’une fois mis en place un mécanisme de supervision bancaire commun à la zone euro, ce qui prendra du temps. Pourtant, la création d’un mécanisme de contrôle unique des banques de la zone euro est « urgente » car « c’est une réponse à la crise » et il faudrait « en voir les premiers éléments avant la fin de l’année 2012 », a exhorté hier Benoît Coeuré, l’un des membres du directoire de la Banque centrale européenne.
En attendant, les ministres des Finances vont donc parer au plus pressé, en commençant par définir les conditions accompagnant l’aide aux banques espagnoles. « Nous devrions arriver à un accord politique sur le mémorandum », ont indiqué des sources européennes à l’AFP. Les négociations risquent d’être ardues : selon ces sources, plusieurs pays, dont l’Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas souhaitent que les conditions concernent l’ensemble de l’économie espagnole, et non le seul secteur bancaire, ce que Madrid veut éviter. Helsinki a même annoncé jeudi l’ouverture prochaine de négociations bilatérales avec Madrid pour l’obtention de garanties en échange de sa participation au plan de sauvetage, comme elle l’avait fait l’an dernier avec la Grèce.
Il est par ailleurs peu probable que l’Espagne précise lundi le montant de l’aide demandée, car les besoins des banques ne seront connus que petit à petit, « banque par banque », a expliqué une source, précisant que c’était pour cela que la zone euro avait mis sur la table une enveloppe « allant jusqu’à 100 milliards d’euros ».
Selon plusieurs sources, « il y a une grande probabilité » pour que la signature du mémorandum soit repoussée au 20 juillet, éventuellement au cours d’une réunion téléphonique de l’Eurogroupe. Celle de lundi sera par ailleurs en grande partie consacrée à l’examen des finances de la Grèce. Athènes a reçu la visite cette semaine de la troïka des créanciers publics (UE, BCE et FMI), après la suspension des réformes pour cause d’élections. « Il n’y aura pas de versement tant que l’Eurogroupe n’aura pas constaté que le programme est de nouveau sur les rails », a mis en garde hier une source européenne. Selon elle, il ne faut pas s’attendre à une décision concernant la suite de l’aide à la Grèce avant fin août. Or Athènes, qui attend le versement d’une tranche de 31,5 milliards d’euros, aura besoin d’argent frais d’ici le 20 août pour faire face à ses échéances.
Hier, dans son discours de politique générale devant le Parlement, le premier ministre grec, Antonis Samaras, a annoncé que son pays allait demander deux ans supplémentaires à ses créanciers pour ramener son déficit budgétaire à zéro. Il a notamment promis en échange la fermeture ou la fusion de dizaines d’organismes publics d’ici la fin de l’année et des privatisations au-delà des engagements prévus. « Nous demandons deux ans pour l’ajustement » budgétaire censé au départ être obtenu fin 2014, a déclaré le premier ministre, présentant parallèlement une série de mesures d’économies destinées à rattraper le temps perdu : accélérations des privatisations, fusions et fermetures d’organismes publics.
« Nous voulons un accord » avec les partenaires et prêteurs du pays pour amender le mémorandum signé avec eux, car « c’est pour atteindre les objectifs [du mémorandum] que doivent être amendées les mesures aggravant la récession », a-t-il relevé. « Notre problème n’est pas de faire des réformes, que nous ferons sans aucun doute, il n’est pas d’atteindre un objectif, que nous atteindrons sans aucun doute, mais de mettre un terme à la récession », a insisté le premier ministre. « Nous ferons tout pour changer ce qui doit l’être, lutter contre la récession et pour que le pays atteigne ses objectifs, pour sortir de la crise […] tout en confortant notre pays au sein de l’euro et de l’Union européenne », a-t-il résumé.
Il avait dès l’ouverture de son discours souligné que « l’objectif du gouvernement était de garantir la place de la Grèce dans la zone euro face à ceux qui veulent la miner », après avoir reconnu, comme son ministre des Finances la veille, que le programme de redressement dicté par l’UE et le FMI était « effectivement sorti des rails ».
« Nous devons remplacer toutes les mesures qui créent du chômage dans le secteur public et privé », a-t-il ajouté, semblant exclure de fait toute mesure de licenciement pure et simple dans le secteur public, dans lequel la Grèce s’est engagée à supprimer 150 000 postes d’ici à la fin 2015.
Mais comme le réclament l’UE et le FMI, il a annoncé des dizaines de fusions et de fermetures d’organismes publics ainsi qu’une accélération et une extension des privatisations, à commencer par les chemins de fer et la compagnie d’électricité, ou des secteurs productifs doivent être cédés. Il a également annoncé une amnistie fiscale pour ceux qui rapatrieront des fonds partis à l’étranger, soulignant qu’il était impératif pour le pays de retrouver de la liquidité.










