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    Réal Gagnon, p.-d.g. du Groupe Trans-West - Les clefs de la réussite

    Le « petit gars » qui voulait conduire un camion en détient aujourd’hui 180

    Encore aujourd’hui, Réal Gagnon prend le volant de l’un de ses camions pour accomplir, une fois par an, une livraison en Californie.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Encore aujourd’hui, Réal Gagnon prend le volant de l’un de ses camions pour accomplir, une fois par an, une livraison en Californie.
    Le jour de ses 16 ans, Réal Gagnon n’avait qu’une idée en tête : obtenir son permis de conduire. Pas de problème pour passer l’examen, il savait déjà conduire des automobiles et des camions. Il avait fait son apprentissage dans la cour de l’entreprise familiale, Roberval Express. La famille était nombreuse, une douzaine de Gagnon en comptant oncles, tantes, cousins, cousines, la plupart travaillant pour l’entreprise. Le jeune Réal a rapidement opté pour une carrière solo. À 18 ans, il achetait un camion, plus précisément un tracteur auquel on attache une longue remorque. Pendant deux ans, au volant de ce véhicule, il a tiré depuis Montréal jusque dans l’Ouest canadien des remorques pour une autre société.

    Puis, il a fait l’acquisition d’une remorque réfrigérée pour le transport de fruits et légumes de la Californie et la livraison aux grandes chaînes alimentaires et grossistes du Québec et de l’Ontario. Après dix années de ces allers et retours, il a voulu devenir plus sédentaire en achetant une franchise d’agence de voyages, tout en gardant un camion et en embauchant un autre conducteur. Ses anciens collègues l’appelaient sans cesse pour obtenir du travail. Bref, après trois ans d’agence de voyages, le routier en lui a repris le dessus plus fortement que jamais. Il a décidé alors de bâtir une entreprise qui l’a mené encore beaucoup plus loin que tous ses voyages de longue distance entre les rives du Saint-Laurent et la côte ouest du continent.


    L’an dernier, le Groupe Trans-West était reconnu comme l’une des 50 sociétés les mieux gérées au Canada, selon le programme commandité par Deloitte, CIBC, le National Post et l’École de commerce de l’université Queen’s. M. Gagnon est toujours le principal actionnaire de cette entreprise qui produit depuis 2010 des revenus annuels de 80 millions, qui possède une flotte de 180 camions, 400 remorques et qui emploie 450 personnes, dont 320 routiers. En fait, Trans-West est dans l’est du Canada le principal transporteur de fruits et légumes en provenance de la côte ouest. Chaque semaine, il y a 150 voyages entre le Québec et la côte du Pacifique, soit directement en Californie ou en passant par l’Alberta et Vancouver. « Nous sommes spécialisés dans le réfrigéré et le team operator », mentionne le président. En fait, 60 % du chiffre d’affaires provient du transport de fruits et légumes. Le voyage vers l’ouest ne se fait jamais sans chargement, sinon il n’y aurait pas de rentabilité. C’est un défi majeur, surtout avec un taux de change à parité qui a fait baisser les exportations canadiennes. Ses clients vers la côte ouest sont des firmes comme Michelin, Firestone et Domtar. Des arrêts pour livraison sont possibles à Calgary, à Denver, à Salt Lake City, mais pas à Chicago, parce que ce n’est pas assez loin.


    Le team operator, ou le fonctionnement à deux, veut dire que pour chaque voyage, il y a deux routiers, à tour de rôle au volant durant une période de 11 heures. Pendant que l’un conduit, l’autre peut dormir à l’arrière dans un lit confortable. Au fait, son équipe de routiers comprend 80 femmes, dont 70 font équipe avec leur mari ou conjoint. Le camion est équipé d’un réfrigérateur et d’un four à micro-ondes. Le trajet est toujours établi avec précision. La compagnie a des ententes avec des compagnies pour la fourniture en carburant de place en place. Un voyage aller et retour en Californie prend de cinq à sept jours. Trans-West achète 400 000 gallons de diesel par mois à un prix moyen de 4 $ le gallon. Évidemment, l’achat de carburant est la dépense d’exploitation la plus importante.

     

    Des camions sous l’oeil d’un satellite


    Toute la flotte de camions et remorques est constamment en contact avec le siège social à Lachine par le truchement d’un satellite. Grâce à la télémétrie véhiculaire de la firme Isaac Instruments, on sait toujours où se trouvent le camion et la remorque, laquelle peut emprunter parfois la voie intermodale (sur un train). On peut aussi mesurer constamment la température à l’intérieur de la remorque, ce qui est essentiel dans le transport de produits périssables. Cette technologie permet également de suivre le routier dans toutes des décisions, par exemple de savoir si à l’approche d’une sortie d’autoroute il commence un ralentissement progressif quelques kilomètres plus tôt ou s’il a recours au frein pour prendre la sortie, ce qui compte dans la consommation de carburant. Les routiers ont un impact de 30 % sur la consommation d’énergie, selon leur façon de conduire, le reste relève de la qualité des camions, dont la technologie est en constante évolution. À preuve, les nouveaux camions sont maintenant équipés de la technologie à l’urée, qui consiste à ajouter un certain carburant dans le diesel pour le faire brûler dans une boîte avec le résultat que le rejet dans la nature n’est plus du dioxyde de carbone, mais de l’eau. Pour l’instant, Trans-West veut tester la fiabilité de cette nouvelle technologie.


    Les camions de Trans-West qui parcourent chacun 440 000 kilomètres par année sont échangés après 30 mois. M. Gagnon préfère maintenir sa flotte en très bon état, parce que le coût des pannes sur la route est trop élevé, surtout avec des cargaisons de denrées périssables. La commande la plus récente a été passée chez Kenworth pour 77 camions de modèle T660, fabriqués aux États-Unis. Le prix à l’unité est de 130 000 $. Pour les remorques réfrigérées, le coût peut atteindre 12 000 $. En 2012, l’entreprise aura fait l’acquisition de 150 camions.


    L’évolution de Trans-West s’est faite en trois étapes. Au début, M. Gagnon ne possédait pas de camions. Il s’occupait des ventes, des clients et de l’exploitation en confiant le transport à des routiers qui étaient propriétaires de leur camion. Il a eu jusqu’à 70 routiers dans son réseau, ce qui a mis à l’épreuve ses qualités de leader. Il a senti le besoin de parfaire ses connaissances en matière de gestion du personnel et pendant dix ans, il a eu un conseiller qui avait l’expérience d’une grande entreprise. Celui-ci l’a sensibilisé en outre à l’importance d’avoir une vision, d’établir des priorités et de développer une culture d’entreprise. « Ça m’a permis de beaucoup évoluer. Je n’avais qu’un secondaire 5 », confie-t-il.


    En 1990, les revenus du groupe dont M. Gagnon était l’homme-orchestre atteignaient 20 millions. Puis, il a commencé à acheter des camions et à structurer son entreprise. En 2000, il touchait le plateau des 40 millions de revenus. Depuis quelques années, le groupe devenu plus gros, M. Gagnon a voulu avoir des gens encore plus forts pour l’épauler avec sept divisions, dont un vice-président finances, des directeurs pour la mécanique, l’informatique, la sécurité, la formation, etc. Pour lui, le contact avec tous les employés demeure prioritaire. Chaque année, il les invite avec leur famille à une grande fête au barbecue. Et surtout, il rencontre son personnel trois fois par an pour l’informer de l’état des affaires et des projets.


    Justement, où en est-il à ce sujet ? Il pense à appliquer la formule intermodale à tous les États-Unis. Il veut développer par ailleurs une aile logistique pour offrir à des sociétés de prendre en charge les commandes qu’elles reçoivent et de livrer leurs marchandises à ceux qui ont passé ces commandes. Il n’écarte pas l’idée de faire l’acquisition d’un autre transporteur qui aurait des activités complémentaires à celles de son groupe.


    Au-delà de cette réussite entrepreneuriale, Réal Gagnon, maintenant dans la jeune cinquantaine, demeure indiscutablement le petit gars qui voulait conduire un camion sur de longues distances. Encore maintenant, une fois par année, il prend le volant de l’un de ses camions pour aller en Californie livrer des marchandises et revenir avec des fruits et légumes.













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