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    Pétrolia mène une opération charme auprès des Gaspésiens

    Pour voir l'ensemble des épisodes portant sur les projets pétroliers de Pétrolia
    Décidée à bien faire passer son message dans la population de la Gaspésie, l’entreprise Pétrolia et son partenaire Québénergie ont financé entièrement une série de huit émissions d’« information » portant sur leurs projets pétroliers, chacune d’une durée de 30 minutes. Celles-ci ont été diffusées sur les ondes de la télévision communautaire locale, mais aussi sur Internet. Un publireportage, de dire certains citoyens de la région.

    La série, intitulée Le pétrole : de l’exploration à la production, a coûté environ 60 000 $ à la pétrolière. Dans un langage parfois passablement technique, on aborde ainsi les étapes d’exploration et d’exploitation d’un gisement d’énergie fossile, mais aussi les impacts sociaux et, très brièvement, les effets environnementaux de cette industrie lourde. Un neuvième épisode était prévu pour traiter de la question très controversée de la fracturation hydraulique. Mais Pétrolia a décidé, pour le moment, de ne pas aller de l’avant.

     

    Selon ce qu’a expliqué hier Isabelle Proulx, vice-présidente chez Pétrolia, il n’était pas question de faire la « promotion » du secteur pétrolier auprès de citoyens qui connaissent souvent très peu cette industrie quasi inexistante au Québec. Selon elle, il importait surtout de clarifier certains aspects de l’exploration et de la production pétrolière, tout en rejoignant plus facilement la population. D’où le choix de produire une série télévisée qui est aussi disponible sur le site Web de l’entreprise, celui de Télé-Gaspé et sur YouTube. Trois d’entre eux peuvent aussi être visionnés sur le site du Devoir. Un représentant du ministère des Ressources naturelles et de la Faune aurait d’ailleurs félicité Pétrolia pour avoir pris l’initiative d’un tel projet.

     

    Le Devoir a regardé l’ensemble de la série. La quasi-totalité des personnes qui s’expriment au cours de celle-ci sont des employés de Pétrolia. En fait, aucun opposant à l’implantation de la pétrolière en Gaspésie ne témoigne dans les entrevues menées par Télé-Gaspé pour réaliser les différents épisodes. En entrevue, hier, une personne de la région bien au fait du dossier a d’ailleurs affirmé que les épisodes ne sont que des « publireportages » destinés à « convaincre les gens de la région qui en savent peu sur les risques environnementaux de cette industrie ». Selon ce citoyen, la série s’inscrit en fait dans « une tentative d’amadouer la population ». Il a d’ailleurs rappelé qu’en plus d’avoir financé une série télévisée, la pétrolière a contribué financièrement à la restauration d’une cour d’école de Gaspé.

     

    Isabelle Proulx, vice-présidente chez Pétrolia, insiste pour sa part, devant la caméra, sur la volonté de l’entreprise de « construire » l’industrie pétrolière québécoise « avec les valeurs du milieu et la volonté du milieu ». Les « spécialistes du domaine pétrolier » qui passent devant la caméra répètent à plusieurs reprises que les normes qui encadrent l’exploration pétrolière sont « strictes » à toutes les étapes. Il n’existe toutefois pas, pour le moment, de loi spécifique aux hydrocarbures au Québec. Le gouvernement Charest a décidé de repousser l’adoption d’une telle législation après la fin des travaux de l’évaluation environnementale stratégique (EES) du gaz de schiste. Le comité qui dirige cette évaluation doit aussi se pencher sur l’industrie pétrolière, mais on ne sait toujours pas de quelle façon.

     

    Pétrolia ne travaille pas avec le comité qui dirige l’EES. Elle finance toutefois une étude qui doit être menée sur cinq années par l’Institut national de recherche scientifique. Même si la pétrolière finance cette recherche, le chercheur René Lefebvre se dit tout à fait indépendant. Au cours de l’épisode sept de la série, on explique que ces travaux doivent permettre d’effectuer un suivi sur les sources aquifères qui se situent dans le secteur nommé Haldimand, où se trouvent les puits de Pétrolia. L’étude se déroulera en partie en phase d’exploitation. C’est donc une fois la production lancée qu’on saura si celle-ci a des impacts.

     

    Le maire de Gaspé, François Roussy, qui s’est déjà dit inquiet de voir une pétrolière exploiter de l’or noir à quelques kilomètres du centre-ville, estime qu’il faut aller de l’avant avec l’exploitation d’énergie fossile. « Ce serait hypocrite de dire qu’on ne veut pas utiliser ces ressources-là dans notre milieu, mais qu’on va aller utiliser les ressources en Afrique, dans les pays arabes et dans d’autres endroits. Je pense que si on veut être responsables, on en consomme du pétrole, on a cette ressource et c’est un gain environnemental d’aller chercher une ressource qui est plus près de nous », explique-t-il au cours de l’épisode six, consacré aux « aspects sociaux ».

     

    M. Roussy affirme toutefois qu’il manque d’information pour déterminer à quoi ressemblera la phase d’exploitation. Impossible, par exemple, de savoir combien de puits seront forés, où ils seront forés et comment le pétrole sera transporté. « On ne veut pas nous donner cette information », lance-t-il lors de la seule intervention critique du travail de Pétrolia de toute la série. La chose lui semble d’autant plus inquiétante que l’économie de la région dépend beaucoup du tourisme.

     

    Mme Proulx admet que les forages se déroulent 24 heures par jour pendant un mois, qu’ils peuvent être bruyants et que la tour de forage peut avoir un certain impact visuel. En ce qui concerne le transport, un ingénieur de la pétrolière, Pierre Houle, estime que le pétrole pourrait être acheminé par train jusqu’à la raffinerie d’Ultramar, près de Québec. Mais Pétrolia pourrait aussi choisir d’utiliser des pétroliers amarrés dans la baie de Gaspé. Ils passeraient alors tout près du parc national Forillon et dans une zone maritime reconnue pour sa grande biodiversité.

     

    Le secteur de Haldimand contiendrait plus de 800 millions de barils de pétrole. Si le potentiel est confirmé, la ressource non renouvelable devrait avoir une valeur brute de plusieurs centaines de millions de dollars. Pour le moment, l’entreprise possède un permis d’exploration qui coûte 11 971,50 $ par année.

     



















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