Réaction des marchés au sauvetage de l’Espagne - Le doute l’emporte sur l’optimisme
« Des détails sur les modalités ont été présentés et des sceptiques ont fait remarquer que le gouvernement espagnol avait lui aussi besoin d’un plan de sauvetage », a noté Lindsey Piegza, de FTN Financial. « La taille de l’enveloppe d’aide est près de deux fois supérieure à ce que recommandait le FMI, donc on s’est demandé si ce plan ne cachait pas un autre but caché » tel que le renflouement de Madrid, a-t-elle ajouté.
L’optimisme du matin - Madrid avait même ouvert à +4,6 % - s’est essoufflé en cours de journée et, à la clôture, Paris perdait 0,3 %, Londres 0,1 %, Madrid 0,5 %. Rare exception, Francfort a terminé dans le vert (+0,2 %). Milan chutait lourdement de 2,8 %. Wall Street a également clôturé en baisse, le Dow Jones perdant 1,1 %.
« Alors que les problèmes des banques espagnoles sont moins criants avec les 100 milliards d’euros qui pourraient leur être accordés, la ligne de mire se déplace » et le marché « attaque autre chose et donc l’Italie », commente un analyste financier milanais sous couvert de l’anonymat.
Sur le marché de la dette, le taux à 10 ans de l’Espagne a inversé la tendance après un début de séance favorable, et remontait à nouveau nettement, atteignant 6,487 %. L’Italie connaissait un sort similaire : en fin d’après-midi, le taux à 10 ans du pays repassait au-dessus des 6 %, ce qui est signe de la méfiance des investisseurs à l’égard des deux pays.
Optimistes après l’annonce de l’aide européenne à l’Espagne, les marchés ont été gagnés par l’incertitude sur les modalités de sa mise en place. « Il y a pas mal d’inconnues et de zones d’ombre sur le fonctionnement du plan, notamment sur des questions techniques », explique Renaud Murail, gérant chez Barclays. Le prêt européen pourra atteindre 100 milliards d’euros et sera injecté dans le fonds public espagnol d’aide au secteur bancaire (FROB), qui attribuera ensuite cet argent aux banques qui le demandent.
Les incertitudes portent en particulier sur le taux accordé au pays, le quatrième après l’Irlande, le Portugal et la Grèce à bénéficier d’un renflouement de l’Union monétaire, et le montant qui sera prêté, ainsi que sur le fait de savoir qui du FESF (fonds de secours actuel) ou du MES (qui va entrer prochainement en vigueur) versera l’aide.
Un autre motif de prudence était l’approche des élections à haut risque en Grèce, dimanche 17 juin, au cours desquelles le pays joue sa survie dans la zone euro. La droite conservatrice, qui se dit garante du maintien du pays dans l’Union monétaire, et la gauche radicale, qui surfe sur la vague antirigueur, sont au coude à coude, d’après les sondages, pour prendre les rênes d’un pays surendetté de 11 millions d’habitants, devenu le maillon faible de l’UE. « La crise en Espagne et les perspectives de sortie de la Grèce de la zone euro après les élections du 17 juin vont cette semaine dominer » le marché, préviennent les analystes du cabinet de consultants Phillip Futures.
L’euro faisait également les frais de cette prudence et repartait à la baisse face au dollar. Hier il valait 1,24 $US, contre 1,2514 vendredi, après avoir atteint 1,26 $US dans la matinée.
Si l’Italie est également source d’inquiétudes, le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, a refusé hier soir de spéculer sur la situation de l’Italie que certains voient comme la prochaine victime de la crise de la zone euro, juste après l’Espagne.
Interrogé pour savoir s’il était inquiet de la situation de l’Italie, M. Rehn s’est refusé à toute spéculation. « Je ne veux pas spéculer. Nous avons fait des recommandations il y a deux semaines à l’Italie et elles sont toujours valides », a-t-il indiqué devant la presse. « L’Italie a des déséquilibres importants mais le pays est en train de les corriger et prend des mesures fortes. Nous soutenons l’Italie », a ajouté le commissaire européen, après une audition au Parlement européen à Strasbourg.
Après avoir été considérée fin 2011 comme la prochaine victime de la crise, l’Italie avait réussi à regagner la confiance des marchés grâce aux mesures de rigueur et aux premières réformes adoptées par le gouvernement de Mario Monti.








