L’autre déficit européen
La corrélation est forte entre la corruption et la crise de la dette publique. Même si aucun des 25 pays européens scrutés par Transparency International ne mérite une note parfaite, le classement 2011 de l’ONG établit une relation directe entre la corruption et la crise des finances publiques, particulièrement forte en Grèce, en Italie, en Espagne et au Portugal. Derrière ces grandes manifestations des indignés ayant dénoncé une trop grande intimité entre les dirigeants politiques de ces pays et le monde des affaires se cache un autre déficit, celui de l’intégrité politique. Pas étonnant de voir que 98 % des Grecs estiment que la corruption est un problème majeur dans leur pays. Pendant ce temps, au Danemark, pays de référence en matière d’efficacité anticorruption, ce problème est évoqué par seulement 19 % des Danois. Et cet écart n’est pas qu’une perception ou qu’un ressentiment.
Dans son rapport Argent, pouvoir et politique : les risques de corruption en Europe, Transparency International établit un lien direct entre les pays en difficulté de la zone euro et cette trop grande intimité entre les grandes entreprises et les gouvernements favorisant la corruption. Et là où il existe l’ombre d’un encadrement plus serré des pratiques, il ressort un contrôle inefficace ou, pire, l’absence de sanctions dans le cas d’irrégularités ou d’un comportement fautif. En Grèce, malgré toutes ces données officielles dénombrant et identifiant les cas de corruption, seulement 2 % aboutissent à des mesures disciplinaires. En Espagne, à peine 5 % des cas de corruption sont accompagnés de sanctions, peut-on lire dans le rapport d’une soixantaine de pages de l’ONG. Sans oublier le trop grand nombre de relations et de pratiques jugées légales mais sans pour autant être éthiques. Ici, le jeu d’influences dans l’octroi des contrats règne en maître, également en toute impunité.
On peut y lire que 19 des 25 pays observés ne réglementent pas le lobbyisme. Une quinzaine d’entre eux acceptent des contributions politiques non déclarées et une douzaine n’imposent pas de plafond aux contributions politiques individuelles. De plus, les parlementaires ne doivent répondre à aucun code de conduite dans 17 des 25 pays européens scrutés, alors que 11 pays égrènent l’information relative au patrimoine des politiciens. En matière de transparence, 20 des 25 pays ont plutôt le réflexe de restreindre, voire de bloquer l’accès à des informations publiques.
Tout cela est évidemment plus institutionnalisé et davantage ancré dans la culture en Grèce, en Italie, au Portugal et en Espagne. À l’autre bout du spectre de l’intégrité politique, on retrouve le Danemark, la Norvège et la Suède. Le Sud contre le Nord. Entre les deux, l’Allemagne, la Finlande, la Suisse et le Royaume-Uni obtiennent une note de passage. Le score est plus faible pour la France, plombée pour son manque de transparence notamment en matière de dévoilement des biens et intérêts des leaders politiques.
« La démocratie n’est pas à vendre », aime-t-on proclamer en Europe. Vraiment ? Selon Transparency, 74 % des Européens affirment que la corruption est un problème majeur dans leur pays. En Grèce, en Irlande, en Italie, en Roumanie et en Espagne, ils sont plus de 80 % à faire une telle affirmation. Avec 2300 milliards de dollars de contrats publics octroyés chaque année par l’Union européenne, la culture de pots-de-vin est appelée à s’enraciner. Il appert que les privatisations constituent un terreau particulièrement fertile à ces jeux d’influence et de détournement de fonds, a ajouté l’ONG, qui rappelle les imposants programmes de privatisation imposés à la Grèce et au Portugal.
Il y a donc ces recherches démontrant une forte corrélation entre la corruption et les déficits budgétaires. Et tous ces problèmes d’endettement public que l’on tente d’atténuer par des programmes de privatisation massifs. La crise de 2008 a eu pour conséquence de démocratiser les excès d’un capitalisme de droite en les faisant payer par tous alors qu’une élite se partage les bénéfices de la croissance. En sera-t-il ainsi pour l’austérité budgétaire et le redressement des finances publiques ?








