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À demi hollandais

Thomas Mulcair en fait un combat Est-Ouest, manufacturiers contre pétrolières. Le leader néodémocrate a à demi raison selon la théorie économique, pleinement raison selon l’Institut Pembina. Dans le premier cas, on parle de « syndrome hollandais » et dans le second, de « fièvre des sables bitumineux ».

Le syndrome hollandais est bien présent au Canada. Le lien entre la flambée des cours pétroliers, la hausse du dollar canadien et le déclin du secteur manufacturier est démontré dans nombre d’études. Les inégalités économiques qu’un tel lien provoque sont également documentées. Le clivage Est-Ouest qui en ressort, en l’absence de répartition de la rente pétrolière mais aussi avec les distorsions qu’il provoque en matière d’efforts de réduction des émissions de GES entre les provinces et les industries, l’est moins. Dans un rapport dévoilé hier, l’Institut Pembina, dont l’orientation est bien connue mais dont la rigueur est aussi reconnue, parle d’une « variante typiquement canadienne du syndrome hollandais », qu’il ramène plus justement à une « fièvre des sables bitumineux ».


Le syndrome hollandais fait référence à la découverte de riches gisements de gaz aux Pays-Bas dans les années 1960. Il établit une corrélation entre l’exploitation de ressources naturelles, qui alimente une hausse de la devise, et le déclin de l’industrie manufacturière. Au demeurant, le déséquilibre inhérent à cette prépondérance des exportations des matières gazières et pétrolières peut aussi se traduire par des carences en matière d’investissements dans les capacités de production et même dans l’enseignement postsecondaire.


Thomas Mulcair soutient que, sous la gouverne des conservateurs, près de 500 000 emplois manufacturiers, concentrés essentiellement dans les provinces de l’Ontario et du Québec, ont été sacrifiés sur l’autel du boom pétrolier dans l’Ouest ayant poussé le dollar canadien à sa parité avec le dollar américain. Tout cela étant soutenu par la complaisance du gouvernement Harper et par son biais favorable à l’exploitation des sables bitumineux.


Depuis 2002, le dollar canadien est parti d’un creux de quelque 62 ¢US pour dépasser la parité avec le billet vert en 2008, au moment où les cours pétroliers, touchant un record de 147,50 $US le baril, rendaient rentable la coûteuse exploitation des sables bitumineux. Dans l’intervalle, le secteur manufacturier a certes payé le prix d’un dollar fort, mais il était également aux prises avec un problème chronique de productivité amplifié par un sous-investissement. Depuis, il y a eu la crise financière suivie de la Grande Récession, la paralysie de l’économie américaine fermant la porte du principal débouché pour les produits manufacturés canadiens. Sans oublier le phénomène de délocalisation et l’attrait exercé par les pays à faibles coûts de main-d’oeuvre. Et que dire de la crise de l’automobile, particulièrement ressentie en Ontario. Au final, l’Institut de recherche en politiques publiques est parvenu à identifier l’existence du syndrome hollandais, mais pour environ 25 % seulement des secteurs composant l’industrie manufacturière.


Quant au dollar canadien, sa vigueur peut être associée à la flambée des cours pétroliers et, dans un sens plus large, à celle des ressources naturelles, mieux réparties au Canada. Elle traduit également la crise de l’euro et la course vers les devises plus stables, avec la cote triple A du Canada exerçant un pouvoir d’attraction. Ou encore un environnement de taux d’intérêt favorable. Sans négliger le recul du dollar américain. Certains chercheurs ont mesuré que plus de la moitié de la hausse du taux de change est redevable à la chute du dollar américain. La Financière Banque Nationale est arrivée à la même conclusion dernièrement, estimant que près de la moitié de la hausse de 36 % du dollar canadien face à sa contrepartie américaine depuis 2002 est attribuable à la faiblesse du billet vert.


L’Institut Pembina vise plus juste. L’organisme de réflexion évoque des retombées économiques de court terme réparties inégalement, déstabilisant la compétitivité régionale dans un environnement de dollar élevé et pouvant réserver de mauvaises surprises à moyen ou à long terme. Il y a cette rente pétrolière, qui est inégalement répartie au Canada. Il en va de même avec les efforts de réduction des GES, dont l’iniquité entre les régions et les secteurs industriels croît à un rythme exponentiel sous l’influence des sables bitumineux. Ce troc à anticiper entre les plus importants émetteurs de CO2 et les entreprises dites vertes ne suffira pas à atténuer le « mal hollandais », encore moins « la fièvre des sables bitumineux ».

 
 
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