Irlande - Un mélange de colère et de résignation
La bonne élève de l’Europe vote aujourd’hui sur le pacte budgétaire européen
« Regardez », lance Pat McGinley, un chauffeur de taxi en tête d’une longue file de véhicules immobiles. « Personne ne dépense. Les affaires sont en baisse de 50 à 60 % par rapport à l’an dernier. »
Pat, 60 ans, éclate de rire quand on lui parle de la prévision de croissance de 0,7 % du gouvernement prévue pour l’année. « On sortirait de la récession ? Faites-moi signe si c’est vrai ! », lance-t-il.
Dans cette rue commerçante du centre de Dublin, les acheteurs sont rares et seules les affiches électorales pour le « oui » ou le « non » au référendum mettent un peu d’animation. Sur une grande affiche, un poing géant se resserre autour de la carte ensanglantée du pays, barrée du mot « Austérité ».
Le message est clair : voter non au pacte de stabilité européen marquerait l’opposition à la politique de coupes budgétaires sévères qui accompagne le plan de sauvetage de 85 milliards d’euros de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, accordé après la faillite du secteur bancaire en 2010.
Le chauffeur de taxi se souvient avec nostalgie des années 1990, quand l’Irlande était surnommée le « tigre celtique » pour sa forte croissance, avant que la bulle immobilière éclate et entraîne le secteur bancaire dans la faillite. « On a eu de très, très bonnes années, mais c’est bien fini, soupire-t-il. Il faut garder l’espoir, mais rien à l’horizon ne permet de croire que ça va changer dans l’immédiat. »
Les opposants au pacte européen le surnomment un « traité d’austérité », soulignant qu’il soumettra les pays européens à des sanctions s’ils n’équilibrent pas leurs budgets. Mais le gouvernement a martelé pendant la campagne pour le référendum que le « oui » au pacte conditionne l’accès au futur mécanisme de stabilité européen destiné à financer les pays en difficulté de la zone euro, qui doit entrer en vigueur en juillet.
La faillite bancaire est encore fraîche dans les mémoires et les électeurs semblent sensibles à l’argument : selon les sondages, 60 % de ceux qui ont fait leur choix voteraient en faveur du traité. Mais un tiers des électeurs restaient indécis.
« Je ne pense pas que le traité soit parfait en aucune sorte, mais il y a trop d’inconnues pour voter contre », explique Ross Woodcock, un employé du secteur bancaire, en train de prendre son déjeuner dans un parc de Dublin. Sa femme Niamh renchérit : « Si on regarde la Grèce, ils se font des idées s’ils croient qu’ils n’auront pas besoin de faire des coupes budgétaires comme nous. D’où pensent-ils que viendra l’argent ? »
Le FMI et l’Union européenne ont décerné ces derniers mois des satisfecit répétés à Dublin pour son programme de redressement économique, mais leur dernière mission, fin avril, a pointé la nécessité de nouvelles mesures pour encourager la croissance.
Alors que les Grecs ont manifesté leur opposition à l’austérité, dans la rue et lors d’élections le 6 mai dernier, les Irlandais ont souscrit avec davantage de résignation que de colère à la potion amère qui leur est administrée. Le mois dernier, la moitié de la population irlandaise a tout de même refusé de payer une nouvelle taxe d’habitation, après une campagne de boycottage. « On est en colère, mais on ne manifeste pas », reconnaît Anthony Donoghue, un fonctionnaire accoudé devant une pinte de bière au centre de Dublin.








