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    L'État et les entreprises sont victimes des médias sociaux

    Le message des pouvoirs de la politique et de l'argent ne se rend plus jusqu'à la société civile, déplore le CPQ

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	Yves-Thomas Dorval</div>
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
    Yves-Thomas Dorval
    Le climat social tendu au Québec découle de la popularité grandissante des nouveaux médias et de la difficulté des gouvernements et des entreprises d'y défendre leurs points de vue, estime le Conseil du patronat.

    « Je m'attendais à ce que ce soit difficile de faire passer notre message dans la population, mais c'est devenu pire avec le temps », a déclaré en conférence de presse hier Yves-Thomas Dorval, en référence au temps où il a accédé à la fonction de président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), il y a trois ans. Le porte-parole des employeurs québécois s'exprimait en marge de l'assemblée annuelle de son organisme, à Montréal, au lendemain d'une démonstration monstre, dans les rues de la métropole, pour la défense de l'environnement, et après plus de deux mois de grève et de manifestations, parfois musclées, contre la hausse des droits de scolarité.

    Il n'y a pas si longtemps, tous les grands débats de société se tenaient principalement dans des journaux, des postes de radio et des chaînes de télévision, a rappelé M. Dorval. Ces médias étaient soumis à des règles professionnelles et juridiques visant à assurer la rigueur, l'équilibre et la véracité des informations rapportées.

    L'arrivée d'Internet a amené l'explosion de médias sociaux où l'information se fait plus personnalisée, mais aussi beaucoup moins objective, rigoureuse et fiable, estime-t-il. Or une proportion grandissante de la population — particulièrement chez les 35 ans et moins — s'informe désormais principalement auprès de ces médias. Cette évolution pose un problème particulier aux gouvernements et aux entreprises qui sont soumis à des règles très strictes de communication.

    Charest incompris

    Les politiciens et les chefs d'entreprise peuvent aussi se faire jouer des tours par les médias traditionnels, note Yves-Thomas Dorval. Il cite l'exemple de cette blague sur les manifestants contre la hausse des droits de scolarité que le premier ministre,?Jean Charest, a fait lors du Salon Plan Nord au Palais des congrès de Montréal vendredi. « Son discours était extrêmement intéressant, dit le président de l'organisation qui se veut non partisane. Il a parlé des emplois qui vont être créés, du développement économique que ça va amener dans le nord du Québec, mais aussi dans les grandes villes. Mais tout cela a été effacé et l'on n'a parlé que de la blague en raison du contexte émotif. »

    En ce qui concerne la hausse des droits de scolarité, le CPQ dit comprendre la résistance des étudiants — comme de tout autre contribuable — à se voir imposer une augmentation de frais. Il estime toutefois que le projet du gouvernement « a de l'allure », surtout depuis qu'il a accepté d'apporter des améliorations au régime de prêts et bourses. Il se montre également enthousiaste à l'égard du Plan Nord, un projet qui devrait créer des dizaines de milliers d'emplois sur une génération alors que le taux de chômage à Montréal est toujours à un niveau « catastrophique ». Yves-Thomas Dorval dénonce, encore une fois, la façon qu'avaient les opposants au projet de « le dépeindre tout en noir » à la grande manifestation de dimanche.

    Menace de départs

    Disant avoir pris le parti, il y a trois ans, d'une approche pragmatique plutôt que dogmatique, le CPQ s'est donné pour mission de convaincre les Québécois que la préservation de leur qualité de vie dépendra de leur capacité de prendre virage de la création de richesse.

    Parmi les grands enjeux qui l'occuperont cette année, il note la réforme des dispositions du Code du travail sur l'utilisation de travailleurs de remplacement (briseurs de grève) lors de lockout ou de grève. Son président dit craindre que le gouvernement n'aille trop loin en faveur des syndicats et ne rompe l'équilibre en vigueur entre employeurs et travailleurs. Le Québec est la seule province au Canada, avec la Colombie-Britannique, à disposer d'une loi antibriseurs de grève, a rappelé Yves-Thomas Dorval. Quoi qu'en disent aujourd'hui ses détracteurs, cette loi n'a jamais visé, selon lui, à empêcher une entreprise de faire faire ailleurs les biens ou les services produits par un établissement bloqué par un conflit de travail. Des compagnies ont fait savoir qu'elles quitteraient le Québec s'il faisait ce pas supplémentaire, affirme le président du CPQ. Rien ne serait plus facile, par exemple, d'établir un réseau de centres de distribution au pourtour des frontières du Québec. Et tant qu'à rompre l'équilibre entre employeurs et travailleurs, le CPQ menace aussi de se lancer en guerre contre toutes ces pratiques qui l'agacent actuellement, comme l'absence de vote secret lors d'une accréditation syndicale, les votes de grève qui se limitent aux employés d'un établissement plutôt que de s'étendre à l'ensemble des travailleurs touchés ou encore l'utilisation des cotisations syndicales à d'autres fins (politiques, ou autres) que la stricte représentation des intérêts des travailleurs dans leurs entreprises.

    Le CPQ s'intéressera aussi aux suites qui seront données au futur rapport du comité D'Amours sur l'avenir des régimes complémentaires de retraite. Au rythme où vont les choses, on craint fort que le gouvernement n'ait toujours pas accouché d'une nouvelle loi avant que ne se termine la période de grâce d'un an que l'on vient tout juste d'accorder aux entreprises. On suivra de près également le projet de loi 60 sur la modernisation du régime québécois de santé et de sécurité du travail. Les employeurs voudraient notamment qu'on resserre considérablement les conditions d'application des retraits préventifs des femmes enceintes.

    On se penchera aussi sur les questions de la réorganisation de l'aide aux entreprises, le contrôle de la croissance des taxes sur la masse salariale et l'adéquation formation-emploi au Québec. On s'est réjoui, le mois dernier, du maintien du calendrier de retour à l'équilibre budgétaire, tant à Québec qu'à Ottawa, et du meilleur contrôle des dépenses publiques.

    « Devant les nombreux défis qui interpelleront l'ensemble du milieu patronal au cours des prochaines années, les employeurs devront se mobiliser plus que jamais afin de s'assurer que leur voix soit entendue par les gouvernements et le grand public », a conclu hier le CPQ.
     
     
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