En route vers Rio+20 : «Quand il y a des moments importants, il y a des rapprochements importants»
Les différents intervenants québécois en économie solidaire oeuvrent en collaboration
Quelque 200 000 étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité ont manifesté dans les rues de Montréal le 22 mars dernier.
À deux mois du grand rassemblement soulignant les 20 ans de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement tenue à Rio de Janeiro, plusieurs organismes et groupes en sont à finaliser leur stratégie. Dans la foulée des préparatifs de départ pour Rio, l'émergence d'une coalition québécoise de groupes d'économie sociale et solidaire (ESS), de groupes écologistes et de groupes de coopération internationale semble s'articuler. La conjoncture politique sur les scènes québécoise, canadienne et mondiale paraît propice à de tels rapprochements et la collaboration entre les divers intervenants en ESS est intéressante.
Les enjeux soulevés aujourd'hui, comme les changements climatiques, l'énergie, la démocratie, le Plan Nord au Québec, les sables bitumineux au Canada, etc., sont transversaux. René Lachapelle, président du Groupe d'économie sociale et solidaire du Québec (GESQ), y discerne une base sur laquelle les différents intérêts de groupes oeuvrant en solidarité internationale, en environnement et en ESS se rejoignent.
Collaboration
Selon M. Lachapelle, il y a là une ouverture au dialogue. Plusieurs événements survenus au cours de la dernière année lui permettent de constater le rapprochement de ces différents organismes, notamment le Forum international de l'ESS à Montréal, en octobre dernier, et les Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix, en novembre. Les discussions se sont tenues dans «un climat de dialogue qui est assez intéressant et qui nous laisse présager que si on se donnait les moyens, on serait capables de faire un pas de plus là-dessus et vraiment d'établir des collaborations assez intéressantes entre les organismes qui souvent fonctionnent de façon un peu trop sectorielle», avance M. Lachapelle. Il prévoit une atmosphère semblable lors de l'université d'été du GESQ, le 26 avril prochain, sous le thème «Quelle transition écologique de l'économie?». Le contexte de crise après crise aide aussi grandement au rapprochement des groupes.
C'est également ce que remarque Michel Lambert, directeur général à Alternatives: «Quand il y a des moments importants, il y a des rapprochements importants.» Pour lui, il est trop tôt pour parler de l'émergence d'une coalition, mais il y a à tout le moins une alliance qui prend forme. L'urgence des situations et des enjeux fait que les secteurs se décloisonnent et se retrouvent à la même table. «Tout le monde se sent concerné par ça et tout le monde voit un petit bout de son secteur qui dépasse dans l'autre secteur.» Ce qui fait dire à M. Lambert que « les gens sont en train de comprendre que les enjeux sont globaux».
Dialogues
Quant à savoir si ces alliances vont perdurer dans le temps, «il faut voir jusqu'où ça va aller». Mais M. Lambert réitère qu'il a bon espoir que, «tant que les gens vont sentir l'urgence de travailler ensemble, compte tenu de la situation qu'on a au Québec et de la situation qu'on a au Canada, qui sont assez comparables» dans leur logique d'exploitation des ressources non renouvelables, ils travailleront ensemble.
L'alliance entre les groupes, l'éclatement de la logique sectorielle et la politisation de l'ESS sont des moyens parmi d'autres pour tendre vers un développement écologique et respectueux. «On ne peut pas faire ça chacun de son côté, soutient René Lachapelle. On va devoir le faire en étant capable de réunir les forces sur un certain nombre de grands enjeux.»
Se parler plus, se parler mieux et essayer de développer des stratégies complémentaires, c'est la formule envisagée pour Rio+20. «Est-ce que ça va être totalement toujours possible?», demande Michel Lambert. Il répond que non. Mais c'est normal puisque, continue-t-il, «il y a toujours des gens qui vont décider de faire, par exemple, la stratégie à l'interne uniquement et qui vont mettre 150 % de leur énergie là-dessus, sans s'occuper trop de ce qui se passe à l'externe, et vice-versa».
Alternatif et rassembleur
L'ESS est l'un des modèles rassembleurs auprès de groupes écologistes et de groupes de coopération internationale. Ce qui fait son succès, c'est que, «dans l'économie sociale et solidaire, il y a un principe de base qui est le fait que ce sont les personnes qui contrôlent l'activité économique, et l'activité économique est orientée pour les personnes», souligne le président du GESQ. Cette façon de faire se retrouve autant dans les coopératives qu'au sein des organismes à but non lucratif. Bien qu'Alternatives ne soit pas un organisme d'économie sociale et solidaire, son directeur général précise que plusieurs de ses projets le sont: «[...] on peut bien parler de justice sociale, mais tout ce qu'on dit aussi, des fois, doit atterrir dans la vie du monde ordinaire en termes d'argent. C'est-à-dire avoir une job, avoir un moyen de subvenir à des besoins de base.»
Une fois les besoins de base satisfaits, il est plus facile d'être politisé. Et, lorsqu'on est devenu plus politisé, il y a une prise de conscience de ce qui nous entoure et de la façon de répondre aux enjeux globaux et locaux.
Si le modèle de l'ESS devrait avoir plus d'importance sur la scène internationale, celui-ci demeure une idée encore marginale par rapport à la mainmise du capitalisme. «Il y a des forces dans le marché, dans le système économique, qui sont extraordinairement fortes, puissantes, grosses, gigantesques, relève M. Lambert. Et [l'ESS], c'est une petite affaire qui passe un peu entre les fissures du plancher d'une certaine façon.» Il garde néanmoins bon espoir à propos d'une éventuelle mobilisation très large en ce sens des mouvements sociaux, même si, pour l'instant, «ce n'est pas la tendance lourde».
Une économie plurielle
Pour un système économique en santé, il est nécessaire d'avoir une pluralité d'économies. Crise économique par-dessus crise économique, les groupes et les individus souhaitent autre chose. Et cette «autre chose» pourrait s'inspirer de l'économie sociale et solidaire.
En contexte international, le modèle coopératif doit être adapté et vu selon les différences culturelles. «C'est pour ça que je pense, note René Lachapelle, que ce n'est pas un modèle, l'économie sociale et solidaire, mais ce sont des modèles qu'il faut être capable de partager et autour desquels il y a des caractéristiques communes qui font qu'on est capables de se rencontrer et d'échanger nos expériences et aussi de respecter nos différences et de valoriser les contributions de chacun.» Il faut donc une pluralité de modèles et de stratégies pour venir à bout du système économique actuel.
Les mouvements citoyens : une nouvelle donne
Ce qui est nouveau et inspirant dans la mobilisation québécoise traditionnelle, souligne Michel Lambert, ce sont tous les mouvements d'initiatives citoyennes: «Les mouvements de Saint-Hyacinthe contre les gaz de schiste, de Saint-Barnabé [...], les comités citoyens, les marches de jeunes...» Cette mobilisation et cette solidarité qu'on voit émerger au Québec, de la marche du moratoire d'une génération à la mobilisation étudiante, sans oublier le rassemblement du 22 avril, le festival des solidarités prévu le 9 juin, Rio+20 et le Sommet des peuples, il y a de quoi mobiliser beaucoup de monde pour une myriade d'enjeux.
***
Collaboratrice du Devoir
Les enjeux soulevés aujourd'hui, comme les changements climatiques, l'énergie, la démocratie, le Plan Nord au Québec, les sables bitumineux au Canada, etc., sont transversaux. René Lachapelle, président du Groupe d'économie sociale et solidaire du Québec (GESQ), y discerne une base sur laquelle les différents intérêts de groupes oeuvrant en solidarité internationale, en environnement et en ESS se rejoignent.
Collaboration
Selon M. Lachapelle, il y a là une ouverture au dialogue. Plusieurs événements survenus au cours de la dernière année lui permettent de constater le rapprochement de ces différents organismes, notamment le Forum international de l'ESS à Montréal, en octobre dernier, et les Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix, en novembre. Les discussions se sont tenues dans «un climat de dialogue qui est assez intéressant et qui nous laisse présager que si on se donnait les moyens, on serait capables de faire un pas de plus là-dessus et vraiment d'établir des collaborations assez intéressantes entre les organismes qui souvent fonctionnent de façon un peu trop sectorielle», avance M. Lachapelle. Il prévoit une atmosphère semblable lors de l'université d'été du GESQ, le 26 avril prochain, sous le thème «Quelle transition écologique de l'économie?». Le contexte de crise après crise aide aussi grandement au rapprochement des groupes.
C'est également ce que remarque Michel Lambert, directeur général à Alternatives: «Quand il y a des moments importants, il y a des rapprochements importants.» Pour lui, il est trop tôt pour parler de l'émergence d'une coalition, mais il y a à tout le moins une alliance qui prend forme. L'urgence des situations et des enjeux fait que les secteurs se décloisonnent et se retrouvent à la même table. «Tout le monde se sent concerné par ça et tout le monde voit un petit bout de son secteur qui dépasse dans l'autre secteur.» Ce qui fait dire à M. Lambert que « les gens sont en train de comprendre que les enjeux sont globaux».
Dialogues
Quant à savoir si ces alliances vont perdurer dans le temps, «il faut voir jusqu'où ça va aller». Mais M. Lambert réitère qu'il a bon espoir que, «tant que les gens vont sentir l'urgence de travailler ensemble, compte tenu de la situation qu'on a au Québec et de la situation qu'on a au Canada, qui sont assez comparables» dans leur logique d'exploitation des ressources non renouvelables, ils travailleront ensemble.
L'alliance entre les groupes, l'éclatement de la logique sectorielle et la politisation de l'ESS sont des moyens parmi d'autres pour tendre vers un développement écologique et respectueux. «On ne peut pas faire ça chacun de son côté, soutient René Lachapelle. On va devoir le faire en étant capable de réunir les forces sur un certain nombre de grands enjeux.»
Se parler plus, se parler mieux et essayer de développer des stratégies complémentaires, c'est la formule envisagée pour Rio+20. «Est-ce que ça va être totalement toujours possible?», demande Michel Lambert. Il répond que non. Mais c'est normal puisque, continue-t-il, «il y a toujours des gens qui vont décider de faire, par exemple, la stratégie à l'interne uniquement et qui vont mettre 150 % de leur énergie là-dessus, sans s'occuper trop de ce qui se passe à l'externe, et vice-versa».
Alternatif et rassembleur
L'ESS est l'un des modèles rassembleurs auprès de groupes écologistes et de groupes de coopération internationale. Ce qui fait son succès, c'est que, «dans l'économie sociale et solidaire, il y a un principe de base qui est le fait que ce sont les personnes qui contrôlent l'activité économique, et l'activité économique est orientée pour les personnes», souligne le président du GESQ. Cette façon de faire se retrouve autant dans les coopératives qu'au sein des organismes à but non lucratif. Bien qu'Alternatives ne soit pas un organisme d'économie sociale et solidaire, son directeur général précise que plusieurs de ses projets le sont: «[...] on peut bien parler de justice sociale, mais tout ce qu'on dit aussi, des fois, doit atterrir dans la vie du monde ordinaire en termes d'argent. C'est-à-dire avoir une job, avoir un moyen de subvenir à des besoins de base.»
Une fois les besoins de base satisfaits, il est plus facile d'être politisé. Et, lorsqu'on est devenu plus politisé, il y a une prise de conscience de ce qui nous entoure et de la façon de répondre aux enjeux globaux et locaux.
Si le modèle de l'ESS devrait avoir plus d'importance sur la scène internationale, celui-ci demeure une idée encore marginale par rapport à la mainmise du capitalisme. «Il y a des forces dans le marché, dans le système économique, qui sont extraordinairement fortes, puissantes, grosses, gigantesques, relève M. Lambert. Et [l'ESS], c'est une petite affaire qui passe un peu entre les fissures du plancher d'une certaine façon.» Il garde néanmoins bon espoir à propos d'une éventuelle mobilisation très large en ce sens des mouvements sociaux, même si, pour l'instant, «ce n'est pas la tendance lourde».
Une économie plurielle
Pour un système économique en santé, il est nécessaire d'avoir une pluralité d'économies. Crise économique par-dessus crise économique, les groupes et les individus souhaitent autre chose. Et cette «autre chose» pourrait s'inspirer de l'économie sociale et solidaire.
En contexte international, le modèle coopératif doit être adapté et vu selon les différences culturelles. «C'est pour ça que je pense, note René Lachapelle, que ce n'est pas un modèle, l'économie sociale et solidaire, mais ce sont des modèles qu'il faut être capable de partager et autour desquels il y a des caractéristiques communes qui font qu'on est capables de se rencontrer et d'échanger nos expériences et aussi de respecter nos différences et de valoriser les contributions de chacun.» Il faut donc une pluralité de modèles et de stratégies pour venir à bout du système économique actuel.
Les mouvements citoyens : une nouvelle donne
Ce qui est nouveau et inspirant dans la mobilisation québécoise traditionnelle, souligne Michel Lambert, ce sont tous les mouvements d'initiatives citoyennes: «Les mouvements de Saint-Hyacinthe contre les gaz de schiste, de Saint-Barnabé [...], les comités citoyens, les marches de jeunes...» Cette mobilisation et cette solidarité qu'on voit émerger au Québec, de la marche du moratoire d'une génération à la mobilisation étudiante, sans oublier le rassemblement du 22 avril, le festival des solidarités prévu le 9 juin, Rio+20 et le Sommet des peuples, il y a de quoi mobiliser beaucoup de monde pour une myriade d'enjeux.
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Collaboratrice du Devoir









