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    UPADI et SOCODEVI - Écologie et économie peuvent se développer de pair

    «L'agriculture familiale a toute sa place dans notre monde»

    21 avril 2012 |Claude Lafleur | Actualités économiques
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	Culture du cacao en Côte d’Ivoire</div>
    Photo: Agence Reuters Luc Gnago
    Culture du cacao en Côte d’Ivoire
    En 1987, deux douzaines d'organismes de l'économie sociale québécoise ont regroupé leurs forces afin de prendre une part active au développement international. «Nous avons créé SOCODEVI pour faire ce que nous appelons de l'intercoopération, c'est-à-dire appuyer d'autres mouvements coopératifs dans les pays en développement», indique Réjean Lantagne, directeur général de l'organisme.

    Parallèlement à la création de SOCODEVI, l'Union des producteurs agricoles (UPA) a mis sur pied l'UPA Développement international (UPADI), qui propose une aide destinée à favoriser le développement individuel et collectif des paysans dans les pays du Sud. «Ça fait maintenant vingt ans qu'on intervient dans le développement international, résume André Beaudoin, secrétaire général de l'UPADI, soit depuis qu'on est arrivé à la conclusion que l'une des façons de défendre l'agriculture familiale, c'est d'appuyer d'autres agricultures familiales dans le monde.»

    L'un comme l'autre préconisent des approches différentes afin de mener à bien la transition vers une économie écologique, c'est-à-dire une économie durable et respectueuse des ressources limitées dont dispose la planète.

    «Notre objectif, poursuit M. Lantagne, de SOCODEVI, c'est de faire en sorte que nos partenaires soient autonomes le plus rapidement possible et qu'ils n'aient plus besoin de nous. Ainsi, dans beaucoup de pays où nous avons été présents, on n'y est plus parce que nos partenaires sont désormais autonomes. Plus vite les entreprises d'économie sociale que nous appuyons deviennent autonomes, mieux c'est pour tout le monde!»

    Pour sa part, André Beaudoin, de l'UPADI, rapporte ce qui suit: «Notre stratégie, c'est de travailler avec des organisations de manière durable, et donc les partenariats qu'on a développés au cours des vingt dernières années se poursuivent encore, même si, dans plusieurs cas, il n'y a plus de financement comme tel. On demeure néanmoins présent et on continue de rencontrer ces organisations.»

    81 % de réussite pour SOCODEVI

    «Notre approche consiste à aider des entreprises existantes, comme des coopératives ou des propriétés collectives, précise Réjean Lantagne. Nous som-mes actuellement présents dans une quinzaine de pays.»

    Au Guatemala, par exemple, SOCODEVI a appuyé la mise sur pied d'une fédération de trente coopératives propriétaires de forêts, afin que celles-ci parviennent à les exploiter de façon durable. « On les a donc aidées notamment par des échanges de connaissances et de technologie, ce qui leur a permis de se moderniser rapidement», relate M. Lantagne. Ces coopératives disposent à présent d'une pépinière qui produit de deux à trois millions de plants par année, qui servent à présent au reboisement du pays tout entier. «Cette fédération est aujourd'hui le principal pourvoyeur d'arbres et du reboisement du Guatemala», note-t-il fièrement.

    De cette façon, SOCODEVI cherche avant tout à renforcer les compétences des paysans, travailleurs, dirigeants et coopérants locaux. «On vise donc à ce que tous deviennent suffisamment compétents, et le plus rapidement possible, pour prendre en main leur destinée, relate Réjean Lantagne. L'idée, c'est de les appuyer à tous les niveaux dans la partie associative, d'en faire des organisations démocratiques qui fonctionnent selon des principes, des assemblées générales, des conseils d'administration, etc. On leur fournit également les outils nécessaires pour qu'ils réussissent économiquement...»

    Aux dires du directeur général de SOCODEVI, une telle approche donne de bons résultats. «À l'occasion de notre 25e anniversaire, pose-t-il, nous avons mené une enquête auprès des 610 organismes que nous avons aidés. On a alors cons-taté que 81 % d'entre eux sont en bonne ou en très bonne situation! C'est là un taux de survie assez extraordinaire!», dit-il avec raison.

    Pour un meilleur partage de la richesse

    Pour sa part, l'UPA Développement international cher-che à travailler auprès des organisations paysannes qui désirent mettre en place des systèmes collectifs de mise en marché et de services pouvant permettre aux paysans de tirer de meilleurs revenus de leurs productions, rapporte André Beaudoin.

    «Nous pensons que l'agriculture familiale a toute sa place dans notre monde, si on veut avoir un meilleur partage de la richesse, dit-il. Or, pour un petit paysan isolé et laissé à lui seul, s'il n'est pas en mesure de se donner des services, il ne sera jamais capable de rivaliser avec l'agriculture industrielle, ce que nous, nous appelons l'agrobusiness.»

    «En même temps, poursuit-il, on cherche à établir un équilibre entre les aspirations individuelles et les moyens collectifs de les satisfaire. On a donc une approche qui permet au paysan de développer, à partir de sa propre exploitation, le type d'agriculture qu'il veut faire. Et on travaille enfin au développement d'une réflexion stratégique sur les politiques agricoles, ce qu'on fait aussi bien avec les organisations paysannes qu'avec les gouvernements en place.»

    C'est ainsi que, au Burkina Faso, l'UPADI collabore depuis vingt ans avec l'Union des groupements des producteurs agricoles. «On les a aidés à se rassembler, puis à regrouper leur offre de céréales, afin qu'ils soient capables de négocier avec les acheteurs que sont les commerçants, raconte M. Beaudoin. Petit à petit, cette organisation s'est raffinée, de sorte qu'aujourd'hui elle est reconnue comme un important participant à l'effort de sécurité alimentaire de tout le pays. De plus, l'État confie à cette Union des mandats pour le contrôle de la qualité des céréales, pour l'entreposage des céréales, etc. C'est une belle réussite.»

    M. Beaudoin rapporte que, de tous les groupes que l'UPADI a appuyés depuis vingt ans, «je dirais que nous en suivons aujourd'hui encore 80 %».

    «Pour nous, cela représente le développement normal d'une société ou d'une organisation», ajoutera-t-il pour conclure.

    ***

    Collaborateur du Devoir












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