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    Pour une «biodiversité économique» - L'approche coopérative est le remède à la crise

    «Il faut s'intéresser directement à l'économie, puisque l'économie ne s'intéresse pas à nous!»

    31 mars 2012 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Louis Favreau a enseigné pendant 25 ans au Département de travail social et des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais. <br />
    Photo: Université du Québec en Outaouais Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Louis Favreau a enseigné pendant 25 ans au Département de travail social et des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais.
    On compare souvent la crise économique qui sévit depuis 2008 à la Grande Dépression des années 1930. Toutefois, pour le sociologue Louis Favreau, elle est plus significative encore, puisqu'il s'agit d'une crise à la fois économique, sociale et écologique.

    Louis Favreau fait remarquer qu'on assiste présentement à d'«épouvantables gâchis» qui combinent à la fois l'économique, le social et l'écologique, tel que le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique au printemps 2010: «60 000 emplois dans le tourisme, l'agriculture et les pêcheries ont été précarisés d'un seul coup.» De même, la crise des subprimes aux États-Unis, «où les banques ont littéralement manipulé les gens pour leur faire acheter des propriétés qu'ils n'avaient pas les moyens de payer, de sorte que nombre d'entre eux ont fini par tout perdre!» Résultat: pertes d'emploi massives à l'échelle planétaire. «On assiste à l'effondrement de l'économie capitaliste», résume-t-il.

    Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Louis Favreau a enseigné pendant 25 ans au Département de travail social et des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais. «La chaire que je dirige étudie principalement le développement des collectivités, ce qui est au coeur de toute démocratie, dit-il. La démocratie ne passe pas uniquement par des élections, des partis politiques et un État central, mais tout autant par les forces vives que représentent les regroupements communautaires, les mouvements coopératifs, syndicaux, agricoles, écologiques, etc.»

    Il a en outre publié de nombreux ouvrages, dont le plus récent s'intitule Économie et société: pistes de sortie de crise, publié aux Presses de l'Université du Québec, en collaboration avec Ernesto Molina. «L'une de mes activités importantes à présent, ajoute le chercheur, est d'animer un blogue qui vulgarise les travaux de mes collègues et les miens.» Ce blogue, fort intéressant, se trouve à http://jupiter.uqo.ca/ries2001/carnet/).

    «Il faut s'intéresser directement à l'économie, puisque l'économie ne s'intéresse pas à nous!, lance-t-il. C'est-à-dire qu'elle nous laisse en plan, sur le bord du chemin, comme chômeurs... Il y a heureusement des solutions de rechange — dont les mouvements coopératifs — que nous étudions depuis longtemps.»

    Ne pas confondre

    Comme bon nombre d'économistes et de sociologues, M. Favreau constate que les sociétés qui ont le mieux résisté à la crise de 2008 sont celles qui font preuve d'une «biodiversité économique», c'est-à-dire dont l'économie est constituée à la fois d'entreprises capitalistes, d'entreprises collectives et d'entreprises publiques. «Les États-Unis formant une société de monoculture — basée essentiellement sur les entreprises capitalistes — ils figurent parmi les pays qui ont le plus perdu, note-t-il, alors que le Québec en est un hybride intéressant, puisqu'il comprend un secteur non capitaliste développé qui favorise la biodiversité.»

    «Il ne faut toutefois pas confondre l'économie capitaliste et l'économie privée», ajoute le professeur Favreau. La première met l'accent sur le profit maximal au bénéfice d'une minorité d'actionnaires, alors que la seconde repose sur une multitude de très petites entreprises et de PME. Les petits commerces, la restauration, les agriculteurs, etc., ont à leur tête des propriétaires qui font fructifier leurs biens, illustre-t-il. Toutefois, ceux-ci sont enracinés dans leur collectivité, et ce n'est pas d'abord l'argent, mais l'emploi, l'appartenance au milieu et l'économie locale viable qui comptent pour eux. À cela s'ajoutent les entreprises collectives — les coopératives en premier lieu — où ce qui prime, c'est l'égalité entre les partenaires, la viabilité économique, et non le profit maximal.»

    «L'économie capitaliste, c'est l'individualisation des gains et la socialisation des pertes, alors que l'économie coopérative, c'est la socialisation des gains — par exemple, les ristournes dans le cas des caisses populaires», résume le chercheur.

    Il observe en outre que nos gouvernements ne peuvent guère intervenir pour réglementer les grandes entreprises de l'économie capitaliste. «En fait, ils ne parviennent pas à s'entendre entre eux sur de nouveaux modes d'intervention de l'État, note-t-il, de sorte que, à mon avis, dans les prochaines années, il faudra moins compter sur nos gouvernements mais de plus en plus sur la collectivité et les mouvements sociaux. Je n'en fais pas une ligne de pensée normative — une idéologie — mais j'observe que la tendance des gouvernements à répondre à la crise actuelle est plutôt faible... Bon nombre de gouvernements considèrent même que la crise est passée et qu'on va s'en tirer, parce qu'ils espèrent qu'il s'agit d'une crise temporaire. Or les économistes les plus sérieux et les sociologues nous disent que non, non, non, c'est tout autre chose!»

    Quatre pistes d'avenir

    «En conséquence, je pense que le mouvement coopératif est en train d'apparaître comme l'une des solutions de rechange au capitalisme, poursuit le titulaire de la Chaire en développement des collectivités. Et c'est intéressant parce que, à l'occasion de la conférence internationale organisée par le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité en septembre 2010, 600 participants ont justement défini un projet de société d'avenir basé sur le mouvement coopératif.»

    L'ouvrage intitulé Économie et société: pistes de sortie de crise rend justement compte de cette conférence, tout en allant plus loin puisque, comme le relate le coauteur, «nous sommes partis de là pour regarder ce que les sciences économiques et sociales ont dit d'intelligent sur les différents sujets dont on a traité durant cette conférence».

    L'ouvrage énonce en fait quatre grandes pistes de solution applicables à moyen et à long termes: la démocratisation de l'économie, un véritable virage vert, le renouvellement de l'État social et l'instauration d'une solidarité internationale.

    «Il faut le dire, insiste Louis Favreau, si on ne prend pas la direction de ces quatre pistes, on s'en va tout droit vers un mur!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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