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    Consternation à Matane

    La petite ville du Bas-Saint-Laurent misait sur l'exploitation d'une première mine de diamants au Québec pour devenir la capitale québécoise de la taille diamantaire

    Spécialiste des diamants, Alain Bernard estime que les pierres qui seront tirées du sol du Québec sont suffisamment de bonne qualité pour justifier la relance du secteur de la taille au Québec.
    Photo : Archives Agence France-Presse Spécialiste des diamants, Alain Bernard estime que les pierres qui seront tirées du sol du Québec sont suffisamment de bonne qualité pour justifier la relance du secteur de la taille au Québec.
    Les informations publiées hier dans Le Devoir selon lesquelles les diamants qui seront bientôt exploités au Québec seront exportés à l'état brut ont semé un certain désarroi à Matane. Il faut dire que le gouvernement Charest a déjà promis de faire de cette ville du Bas-Saint-Laurent la capitale québécoise de la taille du diamant. Le lancement du Plan Nord avait d'ailleurs suscité de grands espoirs de relance de cette industrie restée moribonde malgré l'injection de fonds publics.

    «On était dans l'attente, mais on a appris ce matin que les diamants seront exportés à l'état brut. Ça laisse un goût amer. Pour plusieurs intervenants majeurs de la région de Matane, le Plan Nord, c'était l'occasion de relancer l'industrie de la taille de diamants. Ces espoirs viennent de s'effondrer», a résumé hier le député péquiste de Matane, Pascal Bérubé.

    Même son de cloche du côté du maire de Matane, Claude Canuel, qui était convaincu que sa municipalité pourrait bénéficier de l'ouverture de la première mine de diamants de l'histoire du Québec. «Je m'attendais à ce que 98 % des diamants soient exportés, mais j'espérais toujours que les pierres de forte valeur soient transformées au Québec», a-t-il fait valoir en entrevue à Radio-Canada. «On se sentait partenaire avec le gouvernement», a-t-il ajouté.

    M. Canuel a appris hier matin, en lisant Le Devoir, que l'entreprise Stornoway Diamond Corporation comptait vendre sur les marchés internationaux sa production de pierres précieuses. Les diamants québécois prendront en effet le chemin d'Anvers, en Belgique, centre mondial de la vente de diamants bruts. Une fois vendus, ils prendront la route des grands centres de polissage et de taille, qui sont surtout situés en Inde et en Thaïlande.

    Pourtant, le gouvernement Charest avait annoncé dès 2004 son intention de créer, à Matane, un centre névralgique de taille de diamants. «On n'attendra pas que quelqu'un ouvre ou développe une mine pour ensuite aller vendre les diamants ailleurs pour qu'ils soient polis, tranchés et revendus au Québec, avait fait valoir Jean Charest à l'époque. Alors, on veut aller sur de la deuxième transformation, de la troisième.»

    On savait déjà, à l'époque, que le Québec possédait probablement un important gisement diamantifère dans la région des monts Otish. C'est d'ailleurs là que Stornoway prépare aujourd'hui la mise en production d'une mine qui devrait produire pour plusieurs milliards de dollars de diamants. Selon le député péquiste de Matane, le gouvernement Charest était conscient de cela en décidant de s'engager dans la transformation de diamants. «L'objectif était de se préparer pour l'ouverture d'une mine québécoise, ce qui nous permettrait de transformer des diamants chez nous. Le premier ministre avait même déclaré Matane "capitale québécoise du diamant".»

    Malgré l'injection de fonds publics pour attirer une entreprise internationale, Diarough, et la mise sur pied du Centre canadien de valorisation du diamant (CCVD), le secteur n'a jamais décollé. L'usine de Diarough a fermé en 2009. Mais le CCVD — où siège un représentant du ministère des Ressources naturelles — est toujours lié au cégep de Matane. Et le lancement du Plan Nord a suscité des espoirs dans la région. La ministre Nathalie Normandeau avait d'ailleurs dit, l'an dernier, que la relance de l'industrie diamantaire matanaise était une piste intéressante qui cadrait bien avec le Plan Nord. Mais rien de concret n'a été annoncé depuis.

    Or, selon le directeur du CCVD, Alain Bernard, il serait possible de relancer la formation des tailleurs et d'attirer une taillerie à Matane. «En Ontario, le gouvernement a décidé de faire faire de la taille sur son territoire. Ce n'est pas l'entreprise qui a décidé, c'est le gouvernement. Maintenant, 10 % des diamants extraits de la mine Victor sont taillés en Ontario.» Certains pays africains où sont exploités des gisements imposent aussi qu'une partie des pierres soient taillées dans le pays. Dans sa stratégie minérale publiée en 2009, le gouvernement Charest a lui-même signifié sa volonté que 10 % de la production de diamants soit transformée ici. Mais rien n'a été fait depuis.

    Pierres de qualité

    Spécialiste des diamants, M. Bernard estime d'ailleurs que les pierres qui seront tirées du sol du Québec sont suffisamment de bonne qualité pour justifier la relance du secteur de la taille au Québec. «On est assurés que si, par exemple, on pouvait obtenir 10 % de la production de la mine, on aurait assez de pierres de qualité pour justifier la rentabilité d'une taillerie», a-t-il expliqué hier.

    Qui plus est, le marché mondial se dirige vers une rareté grandissante, notamment en raison de la demande croissante. «On peut prévoir un grand écart entre l'offre et la demande, a souligné Alain Bernard. Autrement dit, les diamantaires vont se battre pour obtenir les diamants du Québec.» Raison de plus pour imposer des étapes de transformation aux minières.

    Interpellé par le Parti québécois hier, le ministre des Ressources naturelles, Clément Gignac, a dit qu'il était «précipité» de dire qu'aucune pierre ne sera taillée au Québec. «Mon collègue ministre des Finances a mis un crédit d'impôt à la transformation pour inciter la transformation au Québec. On va créer une grappe minière pour que tous les acteurs soient là, pour encourager la transformation», a-t-il affirmé.
     
     
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