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    Fermeture sauvage d'Aveos - Une trahison, disent les travailleurs

    Ottawa refuse de lever le petit doigt, mais Québec envisage de poursuivre Air Canada, à qui Aveos attribue ses difficultés

    Comme leurs collègues d’Aveos, Carlos Araujo et Isaac Braga sont allés chercher leurs outils hier, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’entreprise.<br />
    Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir Comme leurs collègues d’Aveos, Carlos Araujo et Isaac Braga sont allés chercher leurs outils hier, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’entreprise.
    Même si Aveos a confirmé hier la cessation définitive de ses activités et le début de la liquidation de ses actifs, le gouvernement Charest a promis de tout faire pour maintenir les 1800 emplois supprimés sans préavis à Montréal. Le ministre Sam Hamad étudie d'ailleurs la possibilité d'intenter des recours pour forcer Air Canada à poursuivre ses opérations de maintenance au Québec. Mais chez les travailleurs, le désarroi est total.

    «Il n'y a pas d'autre solution viable pour la société que de cesser ses opérations, a indiqué en après-midi le président du conseil d'administration d'Aveos, Eugene Davis, dans un communiqué laconique. Nous regrettons profondément les pertes d'emploi et l'impact que cette décision a sur nos employés au Canada. Nous voulons leur exprimer notre sincère reconnaissance pour leur engagement et leur travail au cours des années.»

    «Depuis un certain temps, nous avons tenté de trouver une entente consensuelle avec le principal client d'Aveos, a-t-il ajouté. À ce point-ci, nous avons épuisé toutes les mesures. L'ébauche de proposition reçue tard hier soir ne prenait nullement en considération les nombreux enjeux discutés avec eux précédemment; elle était inacceptable à nos yeux et pour nos prêteurs garantis.»

    Air Canada a réagi à cette annonce en déplorant le rejet de sa proposition de soutien de 15 millions de dollars pour «stabiliser» Aveos, le temps que l'entreprise se restructure. Le transporteur a dit avoir utilisé pleinement les services de maintenance d'Aveos, mais que cette dernière n'avait pas mené les nécessaires efforts de diversification de sa clientèle.

    Malgré le caractère pour le moins irrévocable de la décision, qui frappe plus 2600 employés au Canada, le gouvernement Charest a dit vouloir tout mettre en oeuvre pour sauver les emplois éliminés du jour au lendemain au Québec. «Les travailleurs sont très importants. Ça a toujours été important, a affirmé à l'Assemblée nationale le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Sam Hamad. Avec la collaboration du ministre de la Justice, nous sommes en train de regarder actuellement la possibilité d'avoir des recours contre Air Canada» afin de forcer le transporteur à maintenir l'usine montréalaise ouverte.

    M. Hamad a aussi dit avoir communiqué avec le ministre fédéral de l'Industrie, Christian Paradis, «pour lui demander d'agir». Mais le gouvernement Harper a déjà dit lundi que la décision de mettre à pied des milliers de travailleurs dans le secteur de la maintenance était «une décision d'affaires prise par une entreprise privée».

    Absurde, a répliqué hier au Devoir Mehran Ebrahimi, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et spécialiste du secteur aéronautique. «Une réponse comme celle-là, c'est une réponse lâche. Oui, Aveos est une entreprise privée, mais il ne faut pas oublier qu'il y a une loi qui lie Aveos et Air Canada. Dans la mesure où les deux entreprises sont liées et qu'il s'agit de l'intérêt national, on ne peut plus simplement parler d'une affaire privée.» La loi en question date de 1988 et elle oblige Air Canada à confier l'entretien de ses appareils en sol canadien, notamment à Montréal. Air Canada est de loin le client le plus important d'Aveos.

    «Ce n'est pas une position responsable à l'égard des citoyens, a-t-il poursuivi. C'est une position idéologique. Le gouvernement fédéral intervient dans le dossier des pilotes d'Air Canada pour briser le rapport de force entre la partie patronale et les syndiqués. Mais pourtant, le droit de grève, qu'on soit d'accord ou non, fait partie de notre législation. Le gouvernement dit intervenir au nom de l'intérêt général. Quelques jours plus tard, une décision très importante pour l'intérêt national survient de façon très insultante et le gouvernement ne fait rien.»

    Selon lui, la fermeture d'Aveos est bel et bien une question d'intérêt national, puisque les opérations de maintenance sont cruciales afin d'assurer la sécurité des passagers. Qui plus est, M. Ebrahimi estime qu'avec ces fermetures, c'est toute la grappe industrielle de l'aéronautique qui se trouve «fragilisée».

    Les travailleurs, eux, encaissent difficilement le choc, a constaté Marcel Saint-Jean, président de la section locale 1751 de l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale. «Imaginez-vous que vous êtes chez vous, un dimanche après-midi, et que vous recevez un appel. Votre employeur vous dit de ne pas rentrer au travail le lendemain, que c'est fini, que vous n'avez plus d'emploi. C'est comme ça que ça s'est passé.» M. Saint-Jean a d'ailleurs tenté d'obtenir des explications dès dimanche soir, mais sans succès. Des agents de sécurité l'ont tout simplement empêché d'entrer dans les locaux.

    «Ça fait deux jours que les employés sont devant les ateliers et tout ce qu'ils veulent, c'est comprendre pourquoi l'employeur agit de la sorte. Mais personne n'a eu le coeur de venir dire aux travailleurs ce qui se passe.» Hier, Air Canada a plutôt obtenu une injonction pour empêcher les employés d'Aveos de bloquer le chemin qui mène à des installations du transporteur. Des policiers antiémeute montréalais sont intervenus comme ils le font habituellement, armés de leur bouclier et de leur matraque. Selon M. Saint-Jean, des travailleurs auraient été aspergés de poivre de Cayenne.

    «La déception, pour les travailleurs, est totale. Le sentiment de trahison est terrible. Ce sont des anciens employés d'Air Canada qui ont bâti Aveos. Maintenant, c'est Air Canada qui leur envoie une injonction», a souligné le représentant syndical. Des travailleurs ont finalement pu récupérer leurs outils. Ils doivent maintenant tenter de se trouver un nouveau travail.
    Comme leurs collègues d’Aveos, Carlos Araujo et Isaac Braga sont allés chercher leurs outils hier, au lendemain de l’annonce de la fermeture de l’entreprise.<br />
Après que le calme fut revenu, un ex-employé d’Aveos semblait se demander ce qu’il allait faire maintenant que son employeur avait mis la clé sous la porte.<br />
Casqués et bouclier en main, les policiers de l’escouade antiémeute de la police de Montréal sont intervenus hier afin de libérer l’accès aux bureaux d’Air Canada. Casqués et bouclier en main, les policiers de l’escouade antiémeute de la police de Montréal sont intervenus hier afin de libérer l’accès aux bureaux d’Air Canada.<br />
     
     
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