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    Fermeture d'Aveos - Coup dur pour l'aéronautique

    Ottawa n'interviendra pas; le syndicat rappelle Air Canada à ses obligations

    Des travailleurs d’Aveos mis à pied ont manifesté hier près des installations d’Aveos et d’Air Canada, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.<br />
    Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Des travailleurs d’Aveos mis à pied ont manifesté hier près des installations d’Aveos et d’Air Canada, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.
    Annoncée après des années d'inquiétude générale, qui s'était accrue ces derniers jours, la mise à pied de centaines d'employés chez Aveos — dont 1800 à Montréal — a été accueillie hier matin par une certaine résignation au gouvernement fédéral et par les hauts cris du syndicat, qui a évoqué l'obligation juridique d'Air Canada, son principal client, de maintenir un centre d'entretien à Montréal.

    Jadis filiale d'Air Canada jusqu'à ce que le transporteur prenne ses distances en 2007 pour ne garder qu'un bloc d'actions minoritaire, Aveos est sortie de son mutisme et a déposé en Cour supérieure du Québec une demande de restructuration tout en étant protégée de ses créanciers.

    Ce geste a ceci d'ironique qu'Aveos — qui compte aussi un centre d'activités au Salvador, ce qui inquiète depuis longtemps le syndicat — a réussi en 2010 à faire passer sa dette de 800 millions à 75 millions en transformant ses créanciers de l'époque en actionnaires. (Le centre salvadorien n'est pas touché par la procédure.)

    «Malgré nos meilleurs efforts, nous continuons de ressentir les effets d'un environnement économique difficile, situation redoublée par des volumes de travail incertains, dans toutes nos unités d'affaires, provenant de notre principal client», a toutefois écrit Joe Kolshak, président depuis 11 mois, dans une lettre au personnel.

    «L'important volume de maintenance non concrétisé au cours des derniers mois a eu pour conséquence la réduction de volumes de travail, mettant en question la viabilité de nos opérations. Cette conduite a eu un impact dévastateur sur notre structure de coûts globale, un impact que nous ne pouvons plus soutenir», a ajouté M. Kolshak en précisant que le geste était «la seule option».

    «Je suis surpris par la façon de faire, en fermant les centres un dimanche, en barrant les portes alors que les outils des employés sont encore à l'intérieur pour ensuite se rendre en Cour un lundi, ça me semble un peu abrupt», a dit Karl Moore, professeur de stratégie d'affaires à l'Université McGill, qui s'intéresse beaucoup au transport aérien. «Je pense qu'il y a quand même un certain nombre d'emplois qui vont demeurer.» À son avis, l'entreprise n'a «pas été particulièrement bien gérée», sinon elle n'en serait pas arrivée là.

    Relations avec Air Canada

    Dans le document soumis à la Cour supérieure du Québec par le contrôleur FTI Consulting Canada, on va plus loin. La société, qui selon FTI vit des «difficultés financières extrêmes», souffrirait d'une «structure de coûts inflexible, y compris le coût élevé de la main-d'oeuvre et des revenus variables».

    De plus, selon ce document, les fournisseurs exigent continuellement d'être payés en argent comptant, et les dernières semaines auraient été marquées par des tensions avec Air Canada. Ce dernier, selon FTI Consulting, aurait soulevé un certain nombre de disputes au sujet du règlement des comptes avec Aveos, «cela ayant pour effet d'entraîner des entrées d'argent plus faibles et d'exacerber les liquidités de l'entreprise».

    Le transporteur aérien a tenu à préciser, dans son communiqué, qu'il «a soutenu les activités d'Aveos de diverses façons et a respecté toutes ses obligations financières et juridiques au titre de ses ententes commerciales avec cette entreprise». En soirée hier, il a offert un financement de 15 millions. Si Aveos est incapable de lui fournir des services, Air Canada a d'autres options, a dit le transporteur qui compte lui-même 2300 employés d'entretien au pays. Les travaux habituellement confiés à Aveos touchent des cellules, des moteurs et des composants.

    Décision privée, dit Ottawa

    À Ottawa, on a assimilé l'affaire à un droit de gérance. Invité à commenter l'annonce, le cabinet du ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, responsable de l'industrie aérienne, a dit que «nous sommes déçus de la décision de cette entreprise de fermer ses installations et nous sympathisons avec les travailleurs touchés par cette décision. Les décisions prises par Aveos sont celles d'une entreprise du secteur privé».

    Le cabinet a également signalé que la loi obligeant Air Canada à maintenir des activités d'entretien dans les trois villes concerne Air Canada.

    Sur les 2600 travailleurs, 1785 se trouvent à Montréal, 412 sont à Winnipeg et 356 sont à Vancouver, a indiqué l'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (AIMTA).

    «La Loi stipule qu'Air Canada a l'obligation de maintenir des installations d'entretien lourd d'aéronefs ou de confier l'entretien de ses aéronefs à des centres situés à Winnipeg, Mississauga et Montréal», a dit le président de l'AIMTA, Dave Ritchie. «Air Canada s'est conformée à cette obligation en retenant les services d'Aveos Performance aéronautique pour faire effectuer l'entretien de ses avions à ces centres. Étant donné qu'Air Canada a décidé de ne plus faire effectuer l'entretien de ses avions dans ces centres et de faire appel à d'autres fournisseurs, Aveos a dû cesser ses opérations», a-t-il ajouté.

    À Ottawa, le Nouveau Parti démocratique a demandé l'intervention du gouvernement.

    De son côté, le ministre des Transports du Québec, Sam Hamad, a dit que son «principal objectif [était] de maintenir l'usine ouverte» et que le gouvernement Charest ne laisserait «pas tomber les travailleurs».

    Selon Jean-Marc Bélanger, porte-parole de l'Association des pilotes d'Air Canada, «c'est au Canada qu'on a les meilleurs techniciens» et il serait dommage, selon lui, que ce travail se fasse à l'extérieur du pays.

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    Avec la collaboration d'Éric Desrosiers
     
     
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