Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval - Quand les gestionnaires, l'éthique et le développement durable ne font qu'un

    «Une entreprise responsable s'assure de partager la richesse avec les collectivités»

    Le pavillon Palasis-Prince abrite la Faculté des sciences de l’administration.<br />
    Photo: Université Laval Le pavillon Palasis-Prince abrite la Faculté des sciences de l’administration.
    Intégrer les principes du développement durable, de l'éthique et de l'investissement dit responsable au sein de la gouvernance des entreprises est un défi de taille. Cela s'enseigne à l'Université Laval. Rencontre avec deux experts.

    Johanne Gélinas est formatrice au Collège des administrateurs de société de l'Université Laval. Elle enseigne la gouvernance du développement durable. «Une des composantes de la gouvernance du développement durable, c'est de comprendre qui sont les conducteurs — d'autant plus que le rôle de l'investisseur est devenu important en regard des entreprises dans lesquelles il investit — et donc de s'assurer que ce sont des entreprises responsables.»

    L'autre élément qui s'inscrit dans l'enseignement de la gouvernance du développement durable, rappelle l'experte, «c'est de démontrer que, si les entreprises d'aujourd'hui sont des entreprises plus responsables sur le plan de la citoyenneté, c'est-à-dire comme "citoyens responsables", c'est parce que les investisseurs ont donné le ton au cours des dernières années».

    Ce qui n'est pas sans évoquer l'investissement dit responsable, un terme qui «transcende le strict investissement basé sur des performances financières et qui le dote d'indicateurs de performance extrafinancière, afin qu'il soit possible de porter un jugement sur l'investissement envisagé», souligne Johanne Gélinas. Concrètement, dit-elle, une entreprise qui est bien gérée et bien gouvernée conduit à une meilleure situation financière. Cela inclut notamment l'intégration de critères comme le fait de favoriser l'équité entre hommes et femmes au sein du conseil d'administration, de réduire l'empreinte de carbone de l'entreprise, de démontrer que l'entreprise se préoccupe de la relève de la main-d'oeuvre ainsi que de la santé et de la sécurité de ses travailleurs, entre autres.

    Les défis

    Dans le cadre de ses enseignements, Johanne Gélinas offre aussi un séminaire intitulé «Les défis de l'administrateur face au développement durable», dans lequel on apprend qu'il est aujourd'hui impératif de connaître en quoi consistent les responsabilités de l'administrateur, au titre de la Loi sur la qualité de l'environnement, et la notion de «diligence raisonnable». C'est-à-dire? «Dans les faits, cela rend beaucoup plus responsables et plus imputables les administrateurs et les hauts dirigeants.»

    Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi? «Ce qui n'est pas une mauvaise chose du tout, mais qui est très peu connu. Quand on enseigne ce volet-là de la formation et qu'on dit aux gens: "S'il y a un déversement [de pétrole notamment] et que vous ne pouvez pas faire la démonstration que vous êtes au courant, comme administrateur et haut dirigeant, que vous avez pris toutes les mesures nécessaires [pour l'en empêcher], vous pouvez être poursuivis, tous et chacun d'entre vous!"»

    Mme Gélinas tient également à rappeler que l'investissement responsable et les principes qui fondent le développement durable reposent par ailleurs sur la redistribution de la richesse, «afin de permettre le développement social des collectivités et des individus. Prenons l'exemple des minières. La ressource appartient à la collectivité. Quand on est une entreprise responsable, on s'assure de partager la richesse avec les collectivités. C'est tout le débat qui a cours en ce moment au Québec, sur le plan des redevances. Et cela touche le volet de la responsabilité de l'entreprise et de la gouvernance sur le plan du développement durable.»

    À propos d'une MBA

    De son côté, Olivier Boiral est responsable de la MBA en responsabilité sociale et environnementale des organisations. «La responsabilité sociale et environnementale des organisations, lit-on dans la documentation officielle, représente aujourd'hui un impératif stratégique pour assurer la légitimité sociale des organisations, réduire les coûts liés aux impacts écologiques et répondre à ces nouvelles attentes des consommateurs.» Parmi les volets traités, on note les enjeux sur le plan éthique à l'échelle des relations entre le Nord et le Sud, ainsi que l'éthique des affaires.

    En entrevue, le professeur Boiral, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les normes de gestion du développement durable, rappelle que «ce programme s'adresse à de futurs gestionnaires qui seront appelés à intégrer le développement durable [dans le cadre de leur travail]. Ce n'est pas un programme qui forme des spécialistes en développement durable.»

    Regard critique

    Ce spécialiste, qui, tout au long de l'entrevue, a porté un regard critique et singulier sur la notion de développement durable et ce qui l'entoure, rappelle «qu'on ne peut pas mesurer le développement durable», contrairement aux discours entendus sur la place publique, y compris les discours portant sur l'investissement responsable, «qui postulent notamment qu'on peut sélectionner les entreprises les plus vertes, les plus avancées, les plus éthiques, etc. C'est complètement faux.»

    M. Boiral termine justement une vaste recherche qui compare les rapports sur le développement durable de la part d'entreprises actives dans le secteur énergétique. À ce titre, il note que, des quelque 80 indicateurs mesurant les performances sur le plan du développement durable, pas un seul de ceux-ci n'est comparable aux autres. Ce qui rend la tâche plutôt difficile quand il s'agit ensuite de porter un jugement éclairé sur la situation. «Comment peut-on dire ensuite qu'on veut faire des fonds de placement éthiques et responsables? Comment peut-on dire, en tant que journaliste, que telle entreprise est en avance, que telle entreprise est en retard? Ça n'a aucun sens.»

    Nécessaire vérification

    Il estime de plus que les processus de vérification des rapports sur le développement durable manquent parfois de sérieux. «Il n'y a pas vraiment de formation solide à ce niveau-là. On retrouve aussi dans ces rapports beaucoup de photos, on dirait des marchands de bonheur parfois. Je ne dis pas que les entreprises sont de mauvaise foi, je ne dis pas qu'elles ne sont pas éthiques, qu'elles ne font pas des efforts. Je dis que l'information disponible ne permet pas donner une idée réaliste de ce qui se passe.»

    Le professeur recommande que la vérification des rapports soit conduite par des experts indépendants, que ce soit «par des gens du gouvernement, des groupes écologistes, des professeurs d'université, etc. Et je pense qu'on devrait s'assurer que ces rapports intègrent les événements critiques qui se sont produits, comme les déversements accidentels et les problèmes de santé et de sécurité au travail. Dans la plupart des cas, ils ne le sont pas.»

    ***

    Collaborateur du Devoir
    Le pavillon Palasis-Prince abrite la Faculté des sciences de l’administration.<br />
Johanne Gélinas est formatrice au Collège des administrateurs de société de l’Université Laval.<br />
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel