Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Fondaction et Chaire d'éthique appliquée - Une nouvelle finance prend forme

«Les investisseurs ne pourront plus faire abstraction de la dimension éthique dans leurs interventions»

Le développement durable sert souvent de porte d’entrée qu’empruntent les gens pour commencer à réfléchir sur l’éthique, ce qui se révèle être le cas sur le plan de la finance responsable.<br />
Photo : Agence Reuters Benoit Tessier Le développement durable sert souvent de porte d’entrée qu’empruntent les gens pour commencer à réfléchir sur l’éthique, ce qui se révèle être le cas sur le plan de la finance responsable.
La finance responsable concourt à l'application graduelle de règles d'éthique dans le brassage des affaires. La Chaire d'éthique appliquée de l'Université de Sherbrooke accompagne investisseurs et entreprises dans leur lent cheminement pour une économie dont le seul critère serait la simple recherche du profit.

Fondaction, le fonds des travailleurs de la CSN, qui soutient financièrement la Chaire à titre de partenaire, apparaît pour l'instant comme un modèle du genre en matière de finance responsable, comme le reconnaît volontiers André Lacroix, le titulaire de ce groupe de recherche: «Il y a une petite vague de fond qui commence à se faire sentir chez les financiers, et aussi une prise de conscience du pouvoir dont ils disposent sur la manière de changer les choses; ce n'est pas vrai qu'il s'agit seulement d'une question de rendement et qu'ils sont condamnés à ne faire que cela.»

Le fonctionnement de Fondaction lui apparaît intéressant sur ce plan: «Il y a de ce côté la dimension du rendement, mais aussi celle consacrée à l'investissement. Ils font de la finance socialement responsable, accompagnée des principes en ESG (environnement, société et gouvernance); ils travaillent avec ces indicateurs-là, ce qui s'avère profitable pour un plus grand nombre, parce qu'ils utilisent l'argent non seulement pour le faire fructifier, mais avec un souci véritable de s'en servir pour induire des dimensions de rendement dans les collectivités. Ils ont une longueur d'avance dans ce domaine.»

L'ouverture sur d'autres valeurs

Après avoir décrit l'évolution éthique qui s'est produite au cours du siècle dernier, M. Lacroix en arrive à décrire les interventions actuelles de la Chaire: «On ne peut pas travailler seulement avec la notion de rendement; c'est là que, comme spécialiste de l'éthique, on s'aperçoit qu'il y a un travail à accomplir. On associe souvent à tort celle-ci à la correction des comportements et à la remise dans le droit chemin des "croches". En fait, il s'agit plutôt de voir comment on peut travailler à partir d'une réflexion qui va jouer sur des valeurs d'équité et de responsabilité sociales et sur la manière de traduire celles-ci dans l'action. Ce qui est encore plus intéressant que les indicateurs à ce chapitre, c'est de sensibiliser les investisseurs et les gestionnaires de portefeuilles à cette façon d'agir. On a commencé un travail de très longue haleine dans la poursuite de cet objectif.»

Il constate que le développement durable, dont tout le monde parle, sert souvent de porte d'entrée qu'empruntent les gens pour commencer à réfléchir sur l'éthique, ce qui se révèle être le cas sur le plan de la finance responsable. Il importe d'élargir le spectre pour en arriver à introduire la notion d'éthique: «Les investisseurs qui gèrent des portefeuilles dans le monde financier sont des personnes très rationnelles, très cartésiennes, qui veulent savoir où obtenir un bon rendement pour pouvoir investir. En éthique, on ne parle pas de chiffres, mais il est souvent question de perceptions et de valeurs, ce que les gens de la finance trouvent très difficile à mesurer.»

La Chaire a retenu une démarche en trois temps pour faciliter leur compréhension d'une problématique plutôt abstraite: il y a le volet de l'évolution de la situation à travers le temps, celui du portrait actuel de la finance responsable et le troisième qu'il identifie comme suit: «On parle ici de la façon dont on peut offrir un accompagnement dans une dimension éthique et des différentes manières qui existent pour intervenir.»

L'éveil des milieux

La problématique est large et André Lacroix cite plusieurs points abordés pour conscientiser les investisseurs aux différents enjeux éthiques; après quoi, il livre ce témoignage sur son expérience de prof: «Dans les cours de maîtrise que je donne à l'Université de Sherbrooke, au campus de Longueuil, je côtoie des entrepreneurs et des gens du milieu de la finance qui, par exemple, trouvent que cela n'a pas d'allure que, dans certaines entreprises, les PDG gagnent des salaires aussi élevés; ils ne s'interrogent pas là-dessus par souci d'une plus grande vertu, mais ils regardent les indicateurs de sondages montrant que l'opinion publique ne suit plus à cet égard et qu'il faut faire quelque chose pour corriger ces excès.»

Ils voient des avantages à tirer de l'éthique: «Ils constatent que cela peut aussi être rentable et que ce n'est pas seulement de la bonne foi pour se donner bonne conscience. L'éthique peut devenir intéressante pour le portefeuille et afin d'envisager certains aspects financiers de leurs actions, ce qui la rend de plus en plus présente.»

Il pousse le discours plus avant: «Je dirais même que, dans les prochaines années, les investisseurs, au-delà de cette sensibilité naissante, ne pourront plus faire abstraction de la dimension éthique dans leurs interventions.» À l'heure actuelle, ils se montrent préoccupés, en matière d'éthique, par les conflits d'intérêts, par des questions de management et par leur intérêt à investir à un endroit plutôt qu'à un autre.

Il cerne les tendances actuelles du milieu: «Les comportements ne se manifestent pas tant dans les choix des investissements à réaliser que dans les manières de faire ou de procéder. Dans les dernières années, on insistait sur le rendement des investissements et sur le très court terme. De plus en plus, il y a des questions de fond qui se posent sur la pérennité de ceux-ci; il y a aussi le volet de la reddition de comptes qui est plus présent, ce qui conduit à une plus grande transparence dans les manières de procéder. On assiste là à des évolutions qui sont lentes mais réelles.»

Le hurlement des sirènes s'est fait entendre il y a quelque temps: «Après la crise de 2008, ces gens-là ont subi un électrochoc. Je ne suis pas en train de dire que tous se sont réveillés, mais, à tout le moins, il y a des enjeux fondamentaux qui entraînent davantage un questionnement. Il n'existe pas de prise de conscience réelle dans toutes les entreprises, loin de là, mais un certain éveil s'est produit.»

***

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel