Perspectives - Brouillard au nord
L'étude de l'IRIS sur la rentabilité du Plan Nord soulève un questionnement sérieux sur les répercussions de ce vaste chantier. Il restera à l'Institut de débattre de ses hypothèses et d'assumer ses conclusions, mais sa contribution permet de porter la réflexion au-delà des projections de retombées économiques jovialistes d'autres études, pour englober les coûts et les répercussions sur les communautés visées. Déjà qu'entre 65 et 80 % des investissements totaux qu'implique le Plan Nord viennent des fonds publics, on a avantage à regarder au-delà des retombées directes et à esquisser une évaluation des risques associée aux «dépenses collatérales» absorbées par le public.
Dès le départ, le projet du Plan Nord reposait sur un modèle économique plutôt flou et sur un questionnement quant aux bénéfices réels pour les Québécois. Les études se sont multipliées depuis pour tenter de calculer et de démontrer les retombées tantôt positives, tantôt négatives de ce vaste chantier de 25 ans, essentiellement minier. Dans son étude, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques invite à ne pas sous-estimer l'ampleur des dépenses inhérentes à ce vaste développement nordique, dans un territoire restant encore à délimiter.
D'entrée de jeu, il faudrait peut-être revenir sur ce qu'est un investissement minier. Au ministère des Ressources naturelles, on rappelle qu'il s'écoule généralement de cinq à dix ans entre la découverte et l'ouverture d'une mine. Que l'ouverture d'une mine peut nécessiter un investissement de 50 à 500 millions de dollars. Toujours selon les données du ministère, en moyenne, une seule découverte sur mille devient un gisement minier économiquement rentable. Quant à la durée d'exploitation minière, elle varie selon la conjoncture économique et sociale, la valeur et la concentration du minerai. Elle peut durer aussi longtemps que 60 ans, et aussi peu qu'un à trois ans.
Donc, tout repose sur la délimitation de cet «immense potentiel» et sur l'exploitation à la fois durable et rentable de ces ressources épuisables, dont la viabilité économique s'appuie sur des niveaux de prix hautement volatils dans le temps.
Cela dit, l'IRIS ajoute à l'équation tous ces coûts à absorber pour accompagner un développement minier tous azimuts impliquant des investissements de 80 milliards reposant pour 65 % ou 80 % (selon les études) sur des fonds publics (incluant les 47 milliards attribués à Hydro-Québec). Sans oublier tous les risques de dépassement de coûts afférents. Il y a toutes ces routes, voies ferrées et tous ces ponts à construire, tant localement que sur un vaste territoire plus hostile. Et le coût de leur entretien. Il y a tous ces équipements publics à construire dans les localités visées, en appui à l'essor de populations gonflées de travailleurs qu'il faudra d'abord trouver. Des travailleurs rémunérés et logés à fort prix, avec prime d'éloignement et de cherté de la vie pour compenser les pressions exercées sur une montée en flèche du coût de la vie débordant sur la communauté déjà en place. Une communauté susceptible d'être aux prises avec une pénurie de la main-d'oeuvre requise pour combler les services d'appoint.
Sans oublier l'impact environnemental et l'épuisement de la ressource. Une mine ayant une durée de vie limitée, la question de la restauration des sites puis de la transformation industrielle du village perdant son noyau économique nous rappelle tous ces douloureux souvenirs associés à la crise forestière.
Ces vastes chantiers étendus sur 25 ans sont toujours riches en inconnues et en dépassements de coûts. Ils exigent généralement de vastes investissements publics durant les premières années, transférant le risque initial aux gouvernements. Le privé assume un risque accru lors de l'exploration puis de l'exploitation, mais il reçoit en contrepartie des crédits et autres incitatifs venant atténuer les retombées fiscales directes pour le gouvernement. Puis, le gros de la facture revient au public à la fin du projet.
Sans parler des risques financiers et de non-rentabilité, pour Hydro-Québec, d'ajouter à son portefeuille de nouvelles capacités hydrauliques à forts coûts.
C'est un peu ce que l'IRIS tente de mesurer dans son étude. Il y a les retombées directes, estimées à 14,2 milliards sur 25 ans par le gouvernement libéral. S'ajoute la création ou le maintien de 20 000 emplois par année. Il y a aussi les dépenses publiques directes auxquelles il faudrait additionner celles requises pour «absorber les effets socio-économiques d'un boom minier et de la hausse de la population qui s'ensuivra», souligne à larges traits l'Institut.
Tout mesuré, «le Plan Nord, dans son montage actuel, nous apparaît exagérément favorable à l'entreprise privée en faisant porter la plus grande part des risques aux contribuables québécois en échange de faibles retours sur leur investissement collectif», conclut l'IRIS.
Dès le départ, le projet du Plan Nord reposait sur un modèle économique plutôt flou et sur un questionnement quant aux bénéfices réels pour les Québécois. Les études se sont multipliées depuis pour tenter de calculer et de démontrer les retombées tantôt positives, tantôt négatives de ce vaste chantier de 25 ans, essentiellement minier. Dans son étude, l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques invite à ne pas sous-estimer l'ampleur des dépenses inhérentes à ce vaste développement nordique, dans un territoire restant encore à délimiter.
D'entrée de jeu, il faudrait peut-être revenir sur ce qu'est un investissement minier. Au ministère des Ressources naturelles, on rappelle qu'il s'écoule généralement de cinq à dix ans entre la découverte et l'ouverture d'une mine. Que l'ouverture d'une mine peut nécessiter un investissement de 50 à 500 millions de dollars. Toujours selon les données du ministère, en moyenne, une seule découverte sur mille devient un gisement minier économiquement rentable. Quant à la durée d'exploitation minière, elle varie selon la conjoncture économique et sociale, la valeur et la concentration du minerai. Elle peut durer aussi longtemps que 60 ans, et aussi peu qu'un à trois ans.
Donc, tout repose sur la délimitation de cet «immense potentiel» et sur l'exploitation à la fois durable et rentable de ces ressources épuisables, dont la viabilité économique s'appuie sur des niveaux de prix hautement volatils dans le temps.
Cela dit, l'IRIS ajoute à l'équation tous ces coûts à absorber pour accompagner un développement minier tous azimuts impliquant des investissements de 80 milliards reposant pour 65 % ou 80 % (selon les études) sur des fonds publics (incluant les 47 milliards attribués à Hydro-Québec). Sans oublier tous les risques de dépassement de coûts afférents. Il y a toutes ces routes, voies ferrées et tous ces ponts à construire, tant localement que sur un vaste territoire plus hostile. Et le coût de leur entretien. Il y a tous ces équipements publics à construire dans les localités visées, en appui à l'essor de populations gonflées de travailleurs qu'il faudra d'abord trouver. Des travailleurs rémunérés et logés à fort prix, avec prime d'éloignement et de cherté de la vie pour compenser les pressions exercées sur une montée en flèche du coût de la vie débordant sur la communauté déjà en place. Une communauté susceptible d'être aux prises avec une pénurie de la main-d'oeuvre requise pour combler les services d'appoint.
Sans oublier l'impact environnemental et l'épuisement de la ressource. Une mine ayant une durée de vie limitée, la question de la restauration des sites puis de la transformation industrielle du village perdant son noyau économique nous rappelle tous ces douloureux souvenirs associés à la crise forestière.
Ces vastes chantiers étendus sur 25 ans sont toujours riches en inconnues et en dépassements de coûts. Ils exigent généralement de vastes investissements publics durant les premières années, transférant le risque initial aux gouvernements. Le privé assume un risque accru lors de l'exploration puis de l'exploitation, mais il reçoit en contrepartie des crédits et autres incitatifs venant atténuer les retombées fiscales directes pour le gouvernement. Puis, le gros de la facture revient au public à la fin du projet.
Sans parler des risques financiers et de non-rentabilité, pour Hydro-Québec, d'ajouter à son portefeuille de nouvelles capacités hydrauliques à forts coûts.
C'est un peu ce que l'IRIS tente de mesurer dans son étude. Il y a les retombées directes, estimées à 14,2 milliards sur 25 ans par le gouvernement libéral. S'ajoute la création ou le maintien de 20 000 emplois par année. Il y a aussi les dépenses publiques directes auxquelles il faudrait additionner celles requises pour «absorber les effets socio-économiques d'un boom minier et de la hausse de la population qui s'ensuivra», souligne à larges traits l'Institut.
Tout mesuré, «le Plan Nord, dans son montage actuel, nous apparaît exagérément favorable à l'entreprise privée en faisant porter la plus grande part des risques aux contribuables québécois en échange de faibles retours sur leur investissement collectif», conclut l'IRIS.








