Grèce: les doutes subsistent toujours
La faillite et la sortie de la zone euro sont évitées. À court terme, du moins!
Bruxelles — La zone euro a décidé au forceps hier d'un nouveau plan de sauvetage record atteignant potentiellement 237 milliards d'euros pour la Grèce dans l'espoir de lui éviter la sortie de l'Union monétaire, sans pour autant apaiser les inquiétudes sur l'avenir du pays.
L'accord est intervenu au petit matin après plus de treize heures de tractations entre les ministres des Finances de l'Union monétaire, lors d'une de ces réunions de crise à Bruxelles dont la zone euro a désormais l'habitude. Il doit permettre «de garantir l'avenir du pays dans la zone euro», a déclaré à la presse leur chef de file, Jean-Claude Juncker, même si de nombreux économistes pensent que la Grèce est condamnée à terme à la quitter.
L'accord «ferme la porte au scénario d'un défaut de paiement, avec toutes ses graves conséquences sociales et économiques», a déclaré pour sa part le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Lors d'un appel téléphonique à la chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Barack Obama «a salué l'accord obtenu la nuit dernière sur un nouveau programme de sauvetage pour la Grèce», a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche. «Le président et la chancelière sont d'accord sur le fait que le pacte fiscal européen prévu, les actions récemment entreprises par la Banque centrale européenne et les réformes de l'Espagne et de l'Italie ont constitué des étapes positives dans la lutte contre la crise dans la zone euro», a ajouté le porte-parole.
Au total, l'effort représente plus de 21 500 euros par habitant grec, sur la base d'une population de 11 millions. Grâce à ce plan de soutien, la Grèce devrait être en mesure de faire face à une échéance de remboursement de 14,5 milliards d'euros qui tombe le 20 mars et d'éviter ainsi le défaut de paiement.
De nombreux pays doutent, en dépit des promesses répétées, de la capacité de la Grèce à réaliser les réformes nécessaires, d'autant que les élections législatives à venir sont susceptibles de rebattre les cartes. Le pays lui-même est miné par la récession économique, avec cinq années consécutives de recul du produit intérieur brut, et la population a de plus en plus de mal à accepter les coupes budgétaires successives exigées par les créanciers.
De nombreux économistes doutent que le nouveau plan de sauvetage soit le dernier chapitre de la crise grecque et de celle de la dette.
Beaucoup parient à terme sur une banqueroute du pays, estimant que la zone euro cherche surtout à gagner du temps afin pour pouvoir renforcer d'ici là ses défenses. Pour le responsable de l'institut Bruegel, Jean Pisani-Ferry, le plan ne fait sans doute «que repousser l'échéance funeste», car «la Grèce ne va pas mettre en oeuvre l'austérité promise et va se retrouver au bout du compte à devoir décider de sortir de l'euro ou à être poussée vers la sortie».
Un scénario auquel se refuse à croire le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Cela «conduirait ce pays à un chaos épouvantable», a-t-il prévenu.
Les Grecs ironiques
Sur la place Syntagma, théâtre habituel de la colère grecque contre l'austérité appliquée au pays, le plan de sauvetage sans précédent débloqué par la zone euro en faveur d'Athènes ne suscitait hier que commentaires sceptiques, voire ironiques.
«Au lieu de s'écrouler tout de suite, ce sera un peu plus tard et dans un cas comme dans l'autre, il n'y pas d'avenir»: l'annonce de l'accord trouvé entre les ministres des Finances de la zone euro sur un vaste plan de renflouement et de désendettement de son pays n'illumine pas vraiment la journée de Dimitri, un fonctionnaire de 56 ans.
Et il en faudrait plus pour rassurer Maria Voutsina, professeure de français dans le privé, au chômage depuis plusieurs mois, qui attend des «assurances» là où elle ne voit qu'«incertitudes» pour le futur.«Tout ça, c'est un jeu politique, on ne sait pas exactement ce qu'il se passe. Il n'y a personne pour nous le dire», estime cette quadragénaire qui souffre autant des difficultés économiques que de la «pression morale» née de la confusion où se trouve la Grèce.
Sentiment partagé par Soula, qui se méfie de la satisfaction affichée par le premier ministre grec Lucas Papadémos et ses partenaires européens à l'issue de treize heures de tractations: «Ils disent que c'est bien. Est-ce si sûr? Je crois que c'est un jeu pour nous emmener à la faillite», suppose cette fonctionnaire de 48 ans.
«Ils disent qu'on a gagné, mais on verra ça dans la pratique», renchérit Evgenia Tsiodridou, 43 ans, qui prend le soleil sur l'un des bancs de la place où les planches de bois fraîchement remplacées rappellent les violences qui ont accompagné la dernière grande manifestation contre l'austérité imposée à la Grèce. Le 12 février, alors que les députés grecs adoptaient le principe d'un nouveau paquet de rigueur conditionnant le déblocage du plan de sauvetage financier de leur pays, plus de 80 000 personnes avaient manifesté à Athènes.
«Je crois qu'il aurait fallu envisager la question différemment, que l'annulation de la dette soit plus large, que des mesures de soutien à la croissance soient prises, comme dans d'autres pays, assorties d'une baisse des taxes», analyse Giorgos Pipikakis, étudiant, l'un des rares jeunes interrogés à se dire au courant des événements de la nuit concernant son pays.
«La voie choisie par ce programme n'est pas la bonne», estime également Aspotolos Maliakos partagé entre tristesse de voir son pays enfoncé dans la dépression et sévérité vis-à-vis des comportements individuels. «Les Grecs ne savent pas travailler ensemble et avec les autres. Ils ne savent vivre que dans le chaos», observe ce retraité qui réside en Allemagne depuis 45 ans.
Cette appétence serait-elle en train de changer? La perspective d'un renforcement du pouvoir de contrôle des Européens «sur l'application du programme économique» élaboré pour le pays ne soulève pas d'indignation. Plutôt l'amertume, la peine, la résignation: «Bien sûr que j'aurais préféré un pays où il n'y ait pas de contrôle extérieur, ou tout fonctionne bien, où tout marche bien, mais ce n'est pas le cas, alors...», se convainc Tassos.
«À partir du moment où un pays a une constitution et des lois, il devrait exercer son propre contrôle, mais les Européens ont bien compris que les hommes politiques grecs sont incapables de discipline», déplore Maria Voutsina.
Et ce qui au final irrite le plus Giorgos, 48 ans, c'est que chacun de ces fonctionnaires européens «touchera certainement le même salaire que cent Grecs ensemble».
L'accord est intervenu au petit matin après plus de treize heures de tractations entre les ministres des Finances de l'Union monétaire, lors d'une de ces réunions de crise à Bruxelles dont la zone euro a désormais l'habitude. Il doit permettre «de garantir l'avenir du pays dans la zone euro», a déclaré à la presse leur chef de file, Jean-Claude Juncker, même si de nombreux économistes pensent que la Grèce est condamnée à terme à la quitter.
L'accord «ferme la porte au scénario d'un défaut de paiement, avec toutes ses graves conséquences sociales et économiques», a déclaré pour sa part le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Lors d'un appel téléphonique à la chancelière allemande Angela Merkel, le président américain Barack Obama «a salué l'accord obtenu la nuit dernière sur un nouveau programme de sauvetage pour la Grèce», a indiqué le porte-parole de la Maison-Blanche. «Le président et la chancelière sont d'accord sur le fait que le pacte fiscal européen prévu, les actions récemment entreprises par la Banque centrale européenne et les réformes de l'Espagne et de l'Italie ont constitué des étapes positives dans la lutte contre la crise dans la zone euro», a ajouté le porte-parole.
Au total, l'effort représente plus de 21 500 euros par habitant grec, sur la base d'une population de 11 millions. Grâce à ce plan de soutien, la Grèce devrait être en mesure de faire face à une échéance de remboursement de 14,5 milliards d'euros qui tombe le 20 mars et d'éviter ainsi le défaut de paiement.
De nombreux pays doutent, en dépit des promesses répétées, de la capacité de la Grèce à réaliser les réformes nécessaires, d'autant que les élections législatives à venir sont susceptibles de rebattre les cartes. Le pays lui-même est miné par la récession économique, avec cinq années consécutives de recul du produit intérieur brut, et la population a de plus en plus de mal à accepter les coupes budgétaires successives exigées par les créanciers.
De nombreux économistes doutent que le nouveau plan de sauvetage soit le dernier chapitre de la crise grecque et de celle de la dette.
Beaucoup parient à terme sur une banqueroute du pays, estimant que la zone euro cherche surtout à gagner du temps afin pour pouvoir renforcer d'ici là ses défenses. Pour le responsable de l'institut Bruegel, Jean Pisani-Ferry, le plan ne fait sans doute «que repousser l'échéance funeste», car «la Grèce ne va pas mettre en oeuvre l'austérité promise et va se retrouver au bout du compte à devoir décider de sortir de l'euro ou à être poussée vers la sortie».
Un scénario auquel se refuse à croire le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Cela «conduirait ce pays à un chaos épouvantable», a-t-il prévenu.
Les Grecs ironiques
Sur la place Syntagma, théâtre habituel de la colère grecque contre l'austérité appliquée au pays, le plan de sauvetage sans précédent débloqué par la zone euro en faveur d'Athènes ne suscitait hier que commentaires sceptiques, voire ironiques.
«Au lieu de s'écrouler tout de suite, ce sera un peu plus tard et dans un cas comme dans l'autre, il n'y pas d'avenir»: l'annonce de l'accord trouvé entre les ministres des Finances de la zone euro sur un vaste plan de renflouement et de désendettement de son pays n'illumine pas vraiment la journée de Dimitri, un fonctionnaire de 56 ans.
Et il en faudrait plus pour rassurer Maria Voutsina, professeure de français dans le privé, au chômage depuis plusieurs mois, qui attend des «assurances» là où elle ne voit qu'«incertitudes» pour le futur.«Tout ça, c'est un jeu politique, on ne sait pas exactement ce qu'il se passe. Il n'y a personne pour nous le dire», estime cette quadragénaire qui souffre autant des difficultés économiques que de la «pression morale» née de la confusion où se trouve la Grèce.
Sentiment partagé par Soula, qui se méfie de la satisfaction affichée par le premier ministre grec Lucas Papadémos et ses partenaires européens à l'issue de treize heures de tractations: «Ils disent que c'est bien. Est-ce si sûr? Je crois que c'est un jeu pour nous emmener à la faillite», suppose cette fonctionnaire de 48 ans.
«Ils disent qu'on a gagné, mais on verra ça dans la pratique», renchérit Evgenia Tsiodridou, 43 ans, qui prend le soleil sur l'un des bancs de la place où les planches de bois fraîchement remplacées rappellent les violences qui ont accompagné la dernière grande manifestation contre l'austérité imposée à la Grèce. Le 12 février, alors que les députés grecs adoptaient le principe d'un nouveau paquet de rigueur conditionnant le déblocage du plan de sauvetage financier de leur pays, plus de 80 000 personnes avaient manifesté à Athènes.
«Je crois qu'il aurait fallu envisager la question différemment, que l'annulation de la dette soit plus large, que des mesures de soutien à la croissance soient prises, comme dans d'autres pays, assorties d'une baisse des taxes», analyse Giorgos Pipikakis, étudiant, l'un des rares jeunes interrogés à se dire au courant des événements de la nuit concernant son pays.
«La voie choisie par ce programme n'est pas la bonne», estime également Aspotolos Maliakos partagé entre tristesse de voir son pays enfoncé dans la dépression et sévérité vis-à-vis des comportements individuels. «Les Grecs ne savent pas travailler ensemble et avec les autres. Ils ne savent vivre que dans le chaos», observe ce retraité qui réside en Allemagne depuis 45 ans.
Cette appétence serait-elle en train de changer? La perspective d'un renforcement du pouvoir de contrôle des Européens «sur l'application du programme économique» élaboré pour le pays ne soulève pas d'indignation. Plutôt l'amertume, la peine, la résignation: «Bien sûr que j'aurais préféré un pays où il n'y ait pas de contrôle extérieur, ou tout fonctionne bien, où tout marche bien, mais ce n'est pas le cas, alors...», se convainc Tassos.
«À partir du moment où un pays a une constitution et des lois, il devrait exercer son propre contrôle, mais les Européens ont bien compris que les hommes politiques grecs sont incapables de discipline», déplore Maria Voutsina.
Et ce qui au final irrite le plus Giorgos, 48 ans, c'est que chacun de ces fonctionnaires européens «touchera certainement le même salaire que cent Grecs ensemble».
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