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Le printemps de Valence - «Vos enfants, vos ennemis?»

Les adultes se joignent aux étudiants qui se sont fait matraquer pour avoir manifesté contre les coupes budgétaires

À Madrid, les aînés se sont joints aux plus jeunes afin de manifester leur colère devant la brutalité policière. Sur cette pancarte, on peut lire: «Vos enfants, vos ennemis?», en réaction à une déclaration du chef de la police de Valence dont les hommes ont violemment réprimé une manifestation étudiante.<br />
Photo : Agence Reuters Juan Medina
À Madrid, les aînés se sont joints aux plus jeunes afin de manifester leur colère devant la brutalité policière. Sur cette pancarte, on peut lire: «Vos enfants, vos ennemis?», en réaction à une déclaration du chef de la police de Valence dont les hommes ont violemment réprimé une manifestation étudiante.
Valence — «Il n'y a pas d'eau, pas de gaz, pas de lumière»: à Valence, dans la région la plus endettée d'Espagne, étudiants et parents s'indignent des coupes budgétaires qui frappent l'éducation, provoquant un malaise grandissant qui a dégénéré lundi en violences.

Hier, plusieurs milliers de manifestants, lycéens, parents ou étudiants se sont une nouvelle fois rassemblés dans cette ville de l'est de l'Espagne, criant «ce sont nos armes», en brandissant des livres. Leur cible: la pénurie grandissante dans les établissements scolaires, mais aussi les violences policières de la veille.

Déjà, ils ont baptisé leur mouvement «la primavera valenciana», le «printemps de Valence», et dans la soirée, la mobilisation a fait tache d'huile à travers l'Espagne.

À Madrid, les manifestants, de tous âges, étaient environ 2000 sur la place de la Puerta del Sol, portant des pancartes avec les mots «Nous sommes tous de Valence», ou «Tes enfants, tes ennemis?», rappelant les propos du chef de la police de Valance, qui avait traité lundi soir les manifestants «d'ennemis».

«Je suis venu parce que je suis affolé par les images que j'ai vues hier, pour protester contre les coupes et aussi comme Valencien, parce que nous appartenons à une des régions où il y a eu le plus de gaspillage et de corruption, tellement que l'on ne peut plus payer l'éducation», remarquait Carlos Cordoba, un journaliste de 34 ans originaire de Valence.

«La mairie devrait donner des subventions aux collèges, mais ne donne plus rien. Il n'y a pas d'eau, pas de gaz, pas de lumière. Nous devons faire nous-mêmes les photocopies à la maison», témoignait à Valence Diego Gutierrez, un lycéen de 17 ans du collège Lluis Vives, l'un des établissements touchés par les pénuries, devenu le point de départ des manifestations désormais quotidiennes. «Et quand nous sortons de classe, les policiers nous frappent. [Hier], ils couraient partout en nous frappant», a-t-il ajouté.

Une autre collégienne de 17 ans, Leire Albiach, témoigne: le chauffage à l'école n'est allumé «que les deux premières heures de la journée».

La région de Valence, sur la Méditerranée, est l'une de celles qui ont profité à plein des années de la frénésie immobilière en Espagne, bâtissant à tout-va, multipliant les infrastructures parfois démesurées, voire inutiles, à grand renfort d'argent public. Citée alors en exemple de développement, la région est aujourd'hui sous les projecteurs pour de tout autres raisons: son ex-président Francisco Camps récemment blanchi dans un procès pour corruption, ou sa dette publique de 20,5 milliards d'euros, soit 19,9 % de son PIB, la proportion la plus élevée du pays.

Pour redresser ses comptes, le gouvernement régional a annoncé le 5 janvier des augmentations d'impôts et des coupes dans les entreprises publiques, les dépenses sanitaires et le secteur de l'éducation, pour 1,1 milliard d'euros. La protestation sociale ne s'est pas fait attendre, avant de dégénérer lundi en scènes de violences, lorsque les policiers antiémeutes ont frappé à coups de matraque ou traîné à terre de jeunes manifestants, certains le visage en sang.

Devant l'indignation qui gagne le pays, le chef du gouvernement conservateur, Mariano Rajoy, a défendu hier l'action des forces de l'ordre. «Tout le monde a le droit de manifester [...] Mais tout le monde doit comprendre [...] que la police et les forces de l'ordre ont un rôle à remplir», a-t-il déclaré depuis Londres, en appelant à l'apaisement.

Pas de quoi calmer la colère des manifestants dans les rues de Valence. «C'est une barbarie. Nos enfants sont agressés jour après jour par la police seulement parce qu'ils expriment leur droit à manifester pour une éducation publique de qualité», a lancé Maria José Navarro, présidente de la fédération de parents d'élèves.
 
 
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