Analyse - Faut-il déjà préparer un troisième plan d'aide pour la Grèce?
Bruxelles — L'accord sur le plan d'aide record à la Grèce est un soulagement pour le court terme, mais la crise de la zone euro est encore loin d'être terminée, mettent en garde les analystes.
À l'issue d'une longue nuit studieuse, les ministres européens des Finances n'ont pas caché leur satisfaction d'avoir franchi cette «étape», «ce grand pas en avant» que représente le plan de sauvetage d'un potentiel de 237 milliards d'euros. Mais ils ont évité toute euphorie. «Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant définitif» dans la résolution de la crise, a ainsi déclaré le représentant des créanciers privés de la Grèce, Charles Dallara. Mais «je sens que cela s'inscrit dans un processus de changement» susceptible de «ramener la confiance dans la zone euro», a ajouté le président de l'Institut de la finance internationale (IIF).
Dans l'immédiat, l'accord «ferme la porte au scénario d'un défaut de paiement» de la Grèce, s'est félicité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui veut croire à un «nouveau départ» pour ce pays.
Plus circonspect, le gouverneur de la Banque nationale de Norvège, un pays qui a choisi de rester hors de l'UE, a souligné que le problème de la dette «n'avait pas disparu». «Je ne suis pas vraiment certain que nous ayons vu la dernière vague de turbulences en Europe», a averti Oeystein Olsen.
Pour les analystes, l'issue de la crise de la zone euro réside encore en bonne partie en Grèce, même si l'UE a pris soin de renforcer ses moyens de contrôler la mise en oeuvre du plan de sauvetage. «Le principal risque est lié aux élections anticipées, qui pourraient se tenir en avril. Les sondages d'intentions de vote indiquent que les partis du centre continuent à perdre du terrain [...] et que les autres en gagnent alors qu'aucun d'entre eux ne soutient le prochain programme» d'austérité, souligne Nick Verdi, de Barclays Capital.
Des experts craignent en outre que l'UE ne pèche par excès d'optimisme dans ses prévisions de croissance pour la Grèce «eu égard aux mesures d'austérité mises en oeuvre». «Cela signifie que l'objectif d'une réduction de la dette à 120 % du PIB à l'horizon 2020 sera difficile à atteindre», estime Fawad Razaqzada, de l'institut GFT. Il est donc possible que «la Grèce ait besoin d'un nouveau plan d'aide, plus tôt que tard».
Après un recul de l'ordre de 6 % en 2011, l'activité économique grecque devrait se replier d'environ 4,5 % cette année, indique Jane Foley, analyste chez Rabobank. «La hausse des prix du pétrole va encore aggraver les perspectives» pour la Grèce, qui va donc «continuer à lutter pour atteindre ses objectifs de réduction de la dette». Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a d'ailleurs laissé transparaître ses doutes en s'interrogeant sur les hypothèses sur lesquelles repose le plan de sauvetage, dont «on peut tout à fait discuter».
Déraillement
Car le plan d'aide à la Grèce peut encore dérailler et la dette grecque exploser pour atteindre des niveaux ingérables d'ici 2020, selon un rapport confidentiel rédigé par la troïka des créanciers internationaux du pays. Cette analyse de neuf pages datée du 15 février, auquel Reuters a eu accès lundi soir, met en doute la capacité d'Athènes à remettre ses finances publiques en ordre et prédit qu'il faudra à la Grèce un supplément d'aide si elle doit ramener sa dette à 120 % du PIB d'ici 2020.
Dans le cas contraire, la dette grecque pourrait exploser et atteindre de nouveau 160 % du PIB d'ici cette date, soit un retour à son niveau actuel, préviennent les experts. «Il y a une tension fondamentale entre les objectifs du plan [d'aide] de réduire la dette d'un côté et d'améliorer la compétitivité de l'autre, dans la mesure où la dévaluation interne requise pour restaurer la compétitivité de la Grèce conduira inévitablement à un ratio dette/PIB plus élevé à moyen terme», souligne le rapport.
«Compte tenu des risques, le programme grec restera exposé à des dérapages, la question de sa viabilité restant posée», poursuit le document. Les experts se disent particulièrement préoccupés par le fait qu'un report des réformes économiques structurelles très impopulaires et des privatisations réclamées à la Grèce pourrait aggraver la récession qui frappe le pays depuis cinq ans.
«Cela conduirait à infléchir vers le haut la trajectoire de la dette, au risque de la laisser à 160 % du PIB en 2020», préviennent-ils.
Plus optimiste, le premier ministre italien, Mario Monti, a déclaré ne «pas croire» à un nouvel appel à l'aide de la Grèce dans les prochains mois. «En deux ans, la Grèce a récupéré une partie de sa compétitivité perdue», selon lui.
Perte d'autonomie
Athènes doit cependant se préparer à céder une partie de son autonomie à l'Europe, qui va renforcer son contrôle, et à livrer un sprint jalonné d'ob-stacles pour faire voter une série de réformes et modifier la Constitution. «Beaucoup reste à faire, dans un avenir immédiat, pour réaliser toutes les actions nécessaires», a déclaré le premier ministre, Lucas Papadémos, à la presse à Bruxelles en qualifiant néanmoins la journée «d'historique».
«Et bien sûr pour mener à bien toutes les réformes prévues dans le nouveau programme économique grec» a-t-il ajouté.
De fait, à Bruxelles, le Commissaire européen, Ollie Rehn, a bien précisé que le geste «sans précédent» de solidarité financière de l'Europe s'accompagnait de «conditions rigoureuses» vis-à-vis de la Grèce.
Première condition, la Task Force dirigée par l'Allemand Hors Reichenbach qui avait été montée pour conseiller la Grèce sur la mise en place des réformes demandées, va être dotée d'un pouvoir de contrôle «sur l'application du programme économique» et devra assurer une présence «permanente» en Grèce, a indiqué M. Rehn.
Deuxième condition, le service de la dette grecque sera désormais assuré via le versement des fonds européens sur un compte bloqué. Ce qui empêchera Athènes d'utiliser l'aide européenne sur d'autres postes budgétaires, paiement des salaires des fonctionnaires ou des retraites par exemple, et contraindra le pays à accélérer les réformes d'économie budgétaire.
Tâche ardue dans un pays dont l'économie est étouffée par la récession depuis cinq ans. Tâche jugée impossible par certains analystes comme Jean Pisany-Ferry de l'institut Bruegel: «Beaucoup pensent que la Grèce ne va pas mettre en oeuvre l'austérité promise et finira soit par décider de sortir de l'euro soit par en être exclue après avoir fait défaut», dit-il dans une note datée du 20 février.
Enfin troisième demande, le Parlement doit dans les deux mois «introduire des dispositions légales permettant de garantir que les fonds européens seront en priorité affectés au service de la dette».
***
Avec Reuters
À l'issue d'une longue nuit studieuse, les ministres européens des Finances n'ont pas caché leur satisfaction d'avoir franchi cette «étape», «ce grand pas en avant» que représente le plan de sauvetage d'un potentiel de 237 milliards d'euros. Mais ils ont évité toute euphorie. «Je ne dirais pas qu'il s'agit d'un tournant définitif» dans la résolution de la crise, a ainsi déclaré le représentant des créanciers privés de la Grèce, Charles Dallara. Mais «je sens que cela s'inscrit dans un processus de changement» susceptible de «ramener la confiance dans la zone euro», a ajouté le président de l'Institut de la finance internationale (IIF).
Dans l'immédiat, l'accord «ferme la porte au scénario d'un défaut de paiement» de la Grèce, s'est félicité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui veut croire à un «nouveau départ» pour ce pays.
Plus circonspect, le gouverneur de la Banque nationale de Norvège, un pays qui a choisi de rester hors de l'UE, a souligné que le problème de la dette «n'avait pas disparu». «Je ne suis pas vraiment certain que nous ayons vu la dernière vague de turbulences en Europe», a averti Oeystein Olsen.
Pour les analystes, l'issue de la crise de la zone euro réside encore en bonne partie en Grèce, même si l'UE a pris soin de renforcer ses moyens de contrôler la mise en oeuvre du plan de sauvetage. «Le principal risque est lié aux élections anticipées, qui pourraient se tenir en avril. Les sondages d'intentions de vote indiquent que les partis du centre continuent à perdre du terrain [...] et que les autres en gagnent alors qu'aucun d'entre eux ne soutient le prochain programme» d'austérité, souligne Nick Verdi, de Barclays Capital.
Des experts craignent en outre que l'UE ne pèche par excès d'optimisme dans ses prévisions de croissance pour la Grèce «eu égard aux mesures d'austérité mises en oeuvre». «Cela signifie que l'objectif d'une réduction de la dette à 120 % du PIB à l'horizon 2020 sera difficile à atteindre», estime Fawad Razaqzada, de l'institut GFT. Il est donc possible que «la Grèce ait besoin d'un nouveau plan d'aide, plus tôt que tard».
Après un recul de l'ordre de 6 % en 2011, l'activité économique grecque devrait se replier d'environ 4,5 % cette année, indique Jane Foley, analyste chez Rabobank. «La hausse des prix du pétrole va encore aggraver les perspectives» pour la Grèce, qui va donc «continuer à lutter pour atteindre ses objectifs de réduction de la dette». Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a d'ailleurs laissé transparaître ses doutes en s'interrogeant sur les hypothèses sur lesquelles repose le plan de sauvetage, dont «on peut tout à fait discuter».
Déraillement
Car le plan d'aide à la Grèce peut encore dérailler et la dette grecque exploser pour atteindre des niveaux ingérables d'ici 2020, selon un rapport confidentiel rédigé par la troïka des créanciers internationaux du pays. Cette analyse de neuf pages datée du 15 février, auquel Reuters a eu accès lundi soir, met en doute la capacité d'Athènes à remettre ses finances publiques en ordre et prédit qu'il faudra à la Grèce un supplément d'aide si elle doit ramener sa dette à 120 % du PIB d'ici 2020.
Dans le cas contraire, la dette grecque pourrait exploser et atteindre de nouveau 160 % du PIB d'ici cette date, soit un retour à son niveau actuel, préviennent les experts. «Il y a une tension fondamentale entre les objectifs du plan [d'aide] de réduire la dette d'un côté et d'améliorer la compétitivité de l'autre, dans la mesure où la dévaluation interne requise pour restaurer la compétitivité de la Grèce conduira inévitablement à un ratio dette/PIB plus élevé à moyen terme», souligne le rapport.
«Compte tenu des risques, le programme grec restera exposé à des dérapages, la question de sa viabilité restant posée», poursuit le document. Les experts se disent particulièrement préoccupés par le fait qu'un report des réformes économiques structurelles très impopulaires et des privatisations réclamées à la Grèce pourrait aggraver la récession qui frappe le pays depuis cinq ans.
«Cela conduirait à infléchir vers le haut la trajectoire de la dette, au risque de la laisser à 160 % du PIB en 2020», préviennent-ils.
Plus optimiste, le premier ministre italien, Mario Monti, a déclaré ne «pas croire» à un nouvel appel à l'aide de la Grèce dans les prochains mois. «En deux ans, la Grèce a récupéré une partie de sa compétitivité perdue», selon lui.
Perte d'autonomie
Athènes doit cependant se préparer à céder une partie de son autonomie à l'Europe, qui va renforcer son contrôle, et à livrer un sprint jalonné d'ob-stacles pour faire voter une série de réformes et modifier la Constitution. «Beaucoup reste à faire, dans un avenir immédiat, pour réaliser toutes les actions nécessaires», a déclaré le premier ministre, Lucas Papadémos, à la presse à Bruxelles en qualifiant néanmoins la journée «d'historique».
«Et bien sûr pour mener à bien toutes les réformes prévues dans le nouveau programme économique grec» a-t-il ajouté.
De fait, à Bruxelles, le Commissaire européen, Ollie Rehn, a bien précisé que le geste «sans précédent» de solidarité financière de l'Europe s'accompagnait de «conditions rigoureuses» vis-à-vis de la Grèce.
Première condition, la Task Force dirigée par l'Allemand Hors Reichenbach qui avait été montée pour conseiller la Grèce sur la mise en place des réformes demandées, va être dotée d'un pouvoir de contrôle «sur l'application du programme économique» et devra assurer une présence «permanente» en Grèce, a indiqué M. Rehn.
Deuxième condition, le service de la dette grecque sera désormais assuré via le versement des fonds européens sur un compte bloqué. Ce qui empêchera Athènes d'utiliser l'aide européenne sur d'autres postes budgétaires, paiement des salaires des fonctionnaires ou des retraites par exemple, et contraindra le pays à accélérer les réformes d'économie budgétaire.
Tâche ardue dans un pays dont l'économie est étouffée par la récession depuis cinq ans. Tâche jugée impossible par certains analystes comme Jean Pisany-Ferry de l'institut Bruegel: «Beaucoup pensent que la Grèce ne va pas mettre en oeuvre l'austérité promise et finira soit par décider de sortir de l'euro soit par en être exclue après avoir fait défaut», dit-il dans une note datée du 20 février.
Enfin troisième demande, le Parlement doit dans les deux mois «introduire des dispositions légales permettant de garantir que les fonds européens seront en priorité affectés au service de la dette».
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Avec Reuters
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