samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 00h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Études - Manufacturiers en mal d'amour

Portrait d'une industrie plus dynamique qu'il n'y paraît à première vue

<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Incomprise du public, des gouvernements et parfois de ses propres entreprises elles-mêmes, l'industrie manufacturière n'est pas ce secteur dépassé et condamné de notre économie que l'on croit, rapporte une étude. Il pourrait même encore devenir un plus grand moteur de croissance, d'innovation et de répartition de la richesse si on lui faisait un peu plus attention.

«La première chose qui nous frappe, lorsqu'on se penche sérieusement sur le secteur manufacturier québécois, c'est comment il ne ressemble pas à cette image que l'on a d'un monde peuplé de vieilles usines poussiéreuses où se fait du travail à la chaîne, alors qu'en fait, c'est notre secteur le plus innovant, avec presque la moitié de toutes nos dépenses en recherche et développement», dit Charles-Étienne Daoust, conseiller principal chez Deloitte et l'un des auteurs d'un rapport de 200 pages sur le secteur de la fabrication au Québec dévoilé jeudi.

Les récentes annonces de fermeture au Québec des usines de Mabe, de Papiers White Birch ou encore d'Electrolux n'ont rien fait pour changer cette image de secteur en déclin.

Il faut aussi admettre que les dix dernières années ont été particulièrement difficiles avec la forte appréciation du dollar canadien, la montée de la concurrence des économies émergentes, l'augmentation des coûts de fabrication ou encore la morosité persistante des principaux marchés d'exportation en Europe, mais surtout aux États-Unis. Après avoir crû, à la faveur des traités de libre-échange, de 19,5 % à 23,6 % durant les années 90, la part du secteur manufacturier dans l'économie québécoise avait chuté à 16,3 % en 2010. Ce poids relatif pourrait n'être que de 13,5 % dès 2015 et 11,1 % en 2025, si la tendance se maintient, craint Deloitte.

Cet inconnu mal aimé

Le Québec n'est pas le seul dans cette situation. Le secteur de la fabrication a dégringolé dans tous les pays industrialisés au point de ne plus représenter que 12 % de l'économie américaine et 11 % de l'économie britannique.

Les gouvernements et les entreprises ont longtemps pensé qu'on pouvait laisser partir vers d'autres cieux l'étape de fabrication des biens et se garder les étapes à plus grande valeur ajoutée comme la recherche et le développement, la conception et le marketing. On voit aujourd'hui ces activités de recherche et de conception partir à leur tour parce qu'on réalise que la meilleure façon d'imaginer et d'inventer de nouveaux produits est de garder les deux pieds bien ancrés dans la réalité du plancher de production.

On oublie parfois combien les emplois du secteur de la fabrication sont généralement mieux payés que les autres (salaires

35 % plus élevés que la moyenne) et s'accompagnent d'emplois indirects (300 000 au Québec en 2010 pour 493 000 emplois directs). «Des chercheurs britanniques en parlent comme d'un bon moyen de contrer le problème de la montée des inégalités», rapporte Charles-Étienne Daoust. On ne sait pas toujours non plus qu'il compte pour 48 % des dépenses totales en recherche et développement du Québec et pour 88 % de ses exportations totales.

Changement de cap

Plusieurs gouvernements occidentaux — poussés par l'impératif de relancer leurs économies anémiques — ont fait de la relance de leurs secteurs manufacturiers une priorité. «Le président Obama a plus souvent mentionné le mot "manufacturier" durant son dernier discours sur l'État de l'Union que n'importe quel autre mot, que ce soit "santé", "économie" ou "Afghanistan"», observe le consultant de Deloitte.

Ces efforts seront aidés par la prise de conscience, de la part des entreprises, que les délocalisations ne les servent peut-être pas si bien lorsqu'on prend le temps de comptabiliser l'ensemble des coûts, dont ceux du transport, de la variation des taux de change, des efforts supplémentaires qu'elles exigent, sans parler de la hausse des salaires en Chine. La redécouverte des avantages de rester à proximité de la clientèle, d'être plus flexible et réactif pourrait ouvrir une nouvelle ère de «relocalisation», rapporte l'étude.

Deloitte invite les entreprises québécoises à chercher leur main-d'oeuvre bon marché moins loin, notamment au Mexique, mais aussi, pourquoi pas, dans les États du sud des États-Unis, réputés pour la main-d'oeuvre abondante et leurs lois antisyndicales.

Gouvernements interventionnistes demandés

La défense, et pourquoi pas la renaissance du secteur manufacturier aura besoin de l'aide de gouvernements prêts à se montrer plus interventionnistes qu'ils ne l'on été récemment, dit l'étude. Après tout, «le véritable avantage de la Chine» n'est pas le niveau de ses salaires, mais «son environnement d'affaires généreux» fait de hautes barrières commerciales et ed «gigantesques subventions». Deloitte propose, à tout le moins, de baisser les impôts sur les sociétés, d'accorder des crédits d'impôt pour l'innovation dans la commercialisation et d'amorcer un retour vers des politiques d'achat exigeant du contenu local dans les grands appels d'offres publics.

«Tout le monde le fait, d'une manière ou d'une autre. Pourquoi serait-on les seuls à regarder passer la parade?!», s'exclame Charles-Étiennes Daoust.

Ces changements pourraient être intégrés au prochain plan manufacturier que Québec doit adopter cette année. Cette nouvelle stratégie devra être plus claire que la précédente et devra être aussi large que possible. «Ça ne peut pas être seulement l'affaire du gouvernement. On a besoin de la participation et de l'effort de tout le monde», dit le consultant.

L'un des plus importants défis sera de trouver la main-d'oeuvre qualifiée qui manque partout, mais qui semble particulièrement effarouchée par l'image d'industrie en déclin qui colle au secteur manufacturier. «Un sondage a révélé que 81 % des étudiants universitaires ne se voyaient pas faire carrière dans le secteur manufacturier, se désole Charles-Étienne Daoust. C'est fou parce que ce secteur semble offrir, pourtant, tout ce que les jeunes recherchent: de l'innovation, la création de choses concrètes, un secteur tourné vers l'international... On ne réussira jamais si on ne réussit pas à changer cette perception-là.»

***

Des pistes de solution, selon Deloitte

Stimuler l'innovation et optimiser la productivité: abaissement de l'impôt des sociétés compensé par une augmentation des impôts personnels et des taxes de vente.


Réussir l'internationalisation des entreprises: négocier davantage d'accords commerciaux avec les économies émergentes.


Resserrer les liens entre le secteur financier et les fabricants: plus grande ouverture du secteur financier à la réalité manufacturière et plus grande ouverture des fabricants à d'autres options comme le capital-action.


Accélérer la croissance des entreprises: exiger du contenu local dans les grands appels d'offres publics et donner aux PME l'accès aux appels d'offres des grandes entreprises locales.


Favoriser l'accès à la main-d'oeuvre et à la relève: accélérer la reconnaissance des qualifications professionnelles et miser davantage sur la requalification des travailleurs.


Offrir un environnement d'affaires concurrentiel et favorisant la compétitivité: offrir un environnement réglementaire stable et léger et définir une politique manufacturière claire et porteuse.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • vivrafon - Abonné
    11 février 2012 07 h 17
    Bravo
    Excellent résumé de la situation. En dépit du faste et du ''glamour'' que suscitent les emplois du secteur tertiaire et quaternaire, c'est le secteur manufacturier qui assure le fondement de l'ensemble de l’économie d'un pays ( a moins d'avoir beaucoup d'attraits pour les touristes ou favoriser les abris fiscaux).

    L'industrie est créatrices de produits (que l'on souhaite le plus transformés possibles) donc de richesses. Sans cette base, tout s'écroule. Le gouvernement doit procurer un rôle d'appui, c'est essentiel pour jouer selon les mêmes règles que les autres pays, les compétiteurs.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Notsag - Abonné
    11 février 2012 11 h 25
    Jovialisme?
    En titre: "Portrait d'une industrie plus dynamique qu'il n'y paraît à première vue"

    Dans le texte, on apprend que dans les derniers 10 ans, le secteur manufacturier a décru de 23.6% à 16.3%.

    Plus dynamique que ça, tu meurs!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • armand guindon - Inscrit
    11 février 2012 11 h 46
    La Transformation
    D'où l'intérêt de ne pas seulement vendre nos matières premières mais de les transformer aussi.Il faut mettre l'intérêt sur cette facette de l'économie pour
    que le plus de gens puissent en bénéficier.Créer plus d'emplois.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Notsag - Abonné
    11 février 2012 12 h 49
    Contradiction par rapport au credo drettiste
    La solution de Deloitte: "abaissement de l'impôt des sociétés compensé par une augmentation des impôts personnels et des taxes de vente."

    Selon les drettistes, il n'est nullement nécessaire de compenser l'abaissement de l'impôt des sociétés par une augmentation des impôts personnels et des taxes de vente.

    Selon eux, en réduisant l'impôt sur les sociétés, l'argent ainsi libéré servira aux sociétés à créer de nouveaux emplois. L'impôt payé par ces nouveaux emplois vont plus que compenser la perte de revenu sur les impôts sur les société. Même que le gouvernement sera en surplus.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Notsag - Abonné
    11 février 2012 13 h 22
    Opération gommage
    La Presse parle de ce rapport également. Voici un extrait:
    ===============
    "Si les États-Unis décident de rapatrier des activités manufacturières, le Québec pourrait-il en souffrir? C'est ce qu'on peut penser après ce qui est arrivé avec Electrolux, attirée au Tennessee à grand renfort de subventions. C'est ce qui va se passer avec le fabricant d'électroménagers Mabe, un fournisseur de GE qui veut rapatrier une partie de la fabrication dans ses usines américaines.

    Louis Duhamel (Deloitte), lui, dit tant mieux. «S'il y a un retour du manufacturier en Amérique du Nord, on va en profiter», dit-il. Malgré le taux de change. «On a nos forces qui ne sont pas les mêmes que celles des Américains.»"
    ==================

    Les américains se réfugient donc dans le protectionniste. Deloitte dit "Bravo!". Toutefois, l'idée de suggérer au Canada de faire de même ne semble pas effleurer son esprit.

    C'est assez incroyable. Demandez autour de vous pourquoi le secteur manufacturier est en train de disparaître au Québec, et ailleurs. Pour la majorité du monde, c'est évident que la mondialisation est en cause.

    Deloitte a produit un rapport de 200 pages pour gommer cette réalité. Selon eux, il faut simplement s'ajuster. Cela veut dire aligner nos conditions sur ceux du Bangladesh.

    Selon eux, il nous faut donc choisir entre "devenir plus pauvre" ou "devenir encore plus pauvre"

    C'est pas jojo comme choix. N'y a-t-il vraiment pas d'autres alternatives possible?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Darwin666 - Inscrit
    11 février 2012 23 h 08
    Belle pub..
    Aucun esprit critique, juste les beaux côtés. Ben non, les emplois pénibles ça n'existe pas...

    «La défense, et pourquoi pas la renaissance du secteur manufacturier aura besoin de l'aide de gouvernements prêts à se montrer plus interventionnistes qu'ils ne l'on été récemment»

    Le Québec est déjà l'endroit au monde où on subventionne le plus ce secteur! Pensons aux emplois dans les alumineries qui sont subventionnés jusqu'à 600 000 $ par emploi (lu dans le le Devoir...).

    «salaires 35 % plus élevés que la moyenne»

    On voit ça à l'Alcan où on veut remplacer les salariés bien payés par des sous-traitants mal payés. En passant, les sous-traitants sont-il compatabilisés dans le manufacturier ou dans les services?

    Finalement, Deloitte n'est pas un organisme de charité. Cela aurait été intéressant de connaître le commanditaire.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Chroniques
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012