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Libre opinion - L'agence S&P : un gendarme d'opérette

Michel Nadeau - Directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP)  9 février 2012  Actualités économiques
Avec la gravité d'un magister impitoyable, l'agence de notation Standard & Poor's envoyait, il y a six mois cette semaine, un solide coup de semonce au gouvernement américain.

Les experts de S&P ont voulu écrire l'histoire en retirant les trois A à la cote du crédit considérée comme la plus sûre de la planète.

Et le choeur des stratèges, y compris Bill Gross, le gourou de la plus grande firme de gestion obligataire américaine PIMCO, implorait les investisseurs de délaisser les titres de l'oncle Sam et même de les vendre à découvert. Plusieurs courtiers proposaient à leurs clients d'aller chercher refuge dans des titres plus tendance comme les entreprises d'énergie propre ou les petites sociétés chinoises.

Encore une fois, S&P a joué le rôle de gendarme d'opérette en sonnant la charge une fois la bataille passée. L'indice Barclay's des obligations de plus de 20 ans du Trésor américain a affiché un rendement de 33,84 % en 2011, la meilleure performance de tous les véhicules financiers (ce résultat vient d'une baisse des taux de 1,44 %: une diminution de 1 % fait augmenter de 18 % la valeur d'une obligation de 30 ans).

Avoir une vue à long terme sur les obligations était la stratégie gagnante en 2011! Les titres américains pour une échéance de 10 ans ont baissé de 2,56 % à 1,88 % entre août et fin décembre. Ce mouvement de 68 % fut identique à celui du Canada (repli de 70 %) qui n'a pourtant pas reçu l'opprobre de l'agence new-yorkaise. L'écart entre les obligations américaines et les valeurs similaires allemandes est passé de 15 % avant le début d'août à seulement 5 %. La valeur relative du crédit américain s'est améliorée. Qui a été pénalisé par S&P?

La panique provoquée par S&P en août dernier n'a pas eu d'effet réel; l'ensemble du crédit s'est amélioré en raison de la crise financière européenne. Les chiffres très positifs de l'emploi aux États-Unis de vendredi dernier montrent que les prophètes qui voyaient dans leur boule une chute brutale de l'économie américaine ont publié un avis mortuaire précoce.

Les agences de notation apportent des manchettes spectaculaires aux chaînes d'information continue. Mais le marché bouge au-delà de ces analyses prétendument objectives. Les investisseurs cherchent un rapport raisonnable entre le rendement et le risque disponibles. Malheureusement, le petit épargnant se fait souvent prendre par ces prétendus oracles qui regardent le risque dans le rétroviseur des bilans passés.

On cherche ainsi à déplacer le troupeau des investisseurs prêts à boire à la première source venue. Au fait, l'ensemble des titres des entreprises d'énergie propre et des petites compagnies chinoises ont perdu en 2011 respectivement 44,6 % et 38,3 %. Donc, ceux qui n'ont pas écouté les grands prêtres du crédit et sont demeurés investis en obligations ont mieux fait de plus de 70 % que les acheteurs de la saveur du mois. Sacré oncle Sam!!!

***

Michel Nadeau - Directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques (IGOPP)
 
 
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  • Bernard Terreault - Abonné
    9 février 2012 14 h 01
    Petits épargnants
    Dommage, mais le petit épargnant, et même le moyen épargnant (instruit, ayant un bon emploi ou professionnel à son proptre compte) ne peut plus se fier à personne ou à aucune institution en finances. Il deviendra ultra prudent et se méfiera des investissements le moindrement risqués (après Nortel, RIM, les technos, l'immobilier et les banques US, est-ce que ça pourrait être Bell ou la TD?).
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  • Michel Richard - Inscrit
    9 février 2012 14 h 48
    Ben voyons
    La note de crédit n'est pas une prévision du cours de quelque titre que ce soit. Ce n'est pas une recommendation d'acheter ou de vendre.
    Et il y a bien plus que le risque de crédit qui a un impact sur le cours d'une obligation. Vous le savez bien !
    Vous semblez opposer un "gendarme d'opérette en sonnant la charge une fois la bataille passée" donc quelqu'un qui ramasse des pots cassés, avec la performance fortement positive des obligations américaines après la décote, ce qui impliquerait qu'il n'y a pas eu de bataille; pas de défaite en tout cas. Puis vous mélangez le jugement représenté par une cote de crédit avec les recommendations d'un gestionnaire de fonds (Bill Gross).
    C'est très facile de critiquer les agences de crédit. Et il n'y a pas de doute qu'elles ont pleinement mérité beaucoup des critiques qu'on leur a adressées. Mais les cotes de crédit sont un jugement sur les perspectives à long terme d'un débiteur, et les AAA sont rares, et AA( ) demeure une excellente cote de crédit. Regardez la dette du gouvernement américain, dites moi que sa taille ne jette pas un tout petit doute dans l'esprit d'un investisseur raisonnable. Rappelez vous le théatre politique qui a précédé le rehaussement de la limite de la dette l'été dernier, avouez que le défaut (même si sans doute temporaire) n'était pas totalement exclu.
    C'est facile de jouer au gérant d'estrade, c'est tout ce que je veux vous dire.
    Je n'ai aucun lien avec une agence de crédit ou une autre.
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