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La bataille du yogourt se transporte devant les tribunaux

Agropur et Agrifoods tentent de conserver le droit de fabriquer les produits Yoplait au Canada

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Photo : Agence France-Presse Justin Sullivan

Aliments Ultima fait tout pour ne pas perdre la licence qui lui permet de fabriquer les produits Yoplait au Canada. Or Yoplait, qui a récemment acquis l'entreprise québécoise Liberté, semble déterminé à faire cavalier seul.


Ultima et Yoplait ont donc convenu de porter leur différend devant la Cour internationale d'arbitrage de Paris, a révélé hier Pierre Claprood, chef de la direction d'Agropur, qui est coactionnaire d'Ultima avec la coopérative albertaine Agrifoods. Une décision est attendue plus tard cette année.

Il reste qu'Ultima croit de moins en moins probable le maintien de ses liens d'affaires avec Yoplait, qui remontent à plus de 40 ans. Ultima se prépare donc à lancer sa propre marque de yogourt à compter de septembre 2013, date de la fin de la licence de Yoplait.

Jusqu'ici, Agropur a investi plus de 10 millions dans cet ambitieux projet. Ces dépenses ont fait reculer les profits d'Ultima en dépit d'une hausse de 1,5 % des ventes en 2011.

Il ne sera pas facile pour Ultima de faire sa place dans ce marché de plus de 1 milliard de dollars aux côtés des géants Danone, Yoplait et Parmalat. Yoplait détient actuellement 30 % du marché canadien, derrière Danone mais devant Parmalat. Au Québec, Yoplait est premier avec environ 40 % des ventes. Yoplait appartient con-jointement à l'américain General Mills et au français Sodiaal.

«Si on a 30 % de parts de marché [avec Yoplait], il y a des chances qu'on n'ait pas nécessairement 30 % en commençant [avec une nouvelle marque]», a admis M. Claprood en marge de l'assemblée annuelle d'Agropur, tenue hier à Montréal.

C'est sans compter l'arrivée récente au Canada d'un important fabricant américain de yogourt, Chobani, qui a obtenu d'Ottawa un permis spécial d'importation de 12 mois le temps de construire une usine en Ontario. «C'est un peu injuste pour les transformateurs qui sont déjà présents au Canada», a déploré Serge Riendeau, président du conseil d'administration d'Agropur.

Malgré tout, Ultima n'entend pas procéder à des mises à pied à son usine de Granby, du moins pour l'instant. «On ne prévoit pas de pertes d'emplois en ce moment, mais il pourrait y avoir des ralentissements par bouts, c'est sûr», a indiqué Pierre Claprood, qui prendra sa retraite à la fin du mois après huit ans à la tête d'Agropur.

Au cours de son exercice 2011, qui a pris fin le 31 octobre, la coopérative québécoise a enregistré des excédents avant ristournes (profits nets) de 164,8 millions, en hausse de 8,9 % par rapport aux 151,3 millions dégagés en 2010. Le chiffre d'affaires a atteint 3,65 milliards, en progression de 9,1 %.

Libre-échange


Agropur continue de suivre de près les négociations qui doivent mener à la conclusion d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne. La direction de la coopérative s'inquiète plus particulièrement d'un éventuel élargissement de l'accès des producteurs européens au marché canadien, qui aurait pour effet de réduire la quantité de lait à transformer dans le pays, aux dépens d'Agropur et des autres fabricants locaux. La coopérative craint aussi de perdre le droit d'utiliser des appellations comme «feta» et «brie», qui sont protégées en Europe, mais pas au Canada. «Mais les négociateurs [canadiens] nous rassurent en nous disant que notre système n'est pas en jeu», a tenu à préciser M. Riendeau.

Encore une fois cette année, Agropur concentrera beaucoup d'efforts aux États-Unis, d'où provient désormais le quart de ses revenus. La coopérative a plusieurs projets d'agrandissement de ses usines américaines de feta, de provolone et de cheddar. Elle cherche aussi à mettre la main sur un producteur de fromages fins, un domaine en forte croissance. Le marché des acquisitions dans le secteur laitier aux États-Unis est toutefois «relativement tranquille» depuis plusieurs mois, les entreprises hésitant à se mettre en vente.

«Quand on parle aux entreprises, surtout celles contrôlées par des familles, elles nous disent: ''Quand bien même tu nous donnerais 100 millions, qu'est-ce qu'on va faire avec? On va l'investir à 1 % d'intérêt à la banque? Aussi bien de garder la business!''», a illustré Pierre Claprood.

Ce dernier sera remplacé au poste de chef de la direction par Robert Coallier à compter du 27 février.
 
 
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