Université de Sherbrooke - « Aujourd'hui, les gens sont fiers d'être membres d'une coopérative »
L'IRECUS est l'instigateur du réseau uniRcoop, regroupant 22 universités dans 15 pays d'Amérique latine et d'Amérique du Sud
Les coopératives et les mutuelles sont des entreprises qui se distinguent des entreprises traditionnelles à cause de la philosophie particulière qui les anime. Cette distinction fait en sorte que l'on doit former et soutenir leurs gestionnaires différemment. Et c'est justement le mandat de l'Institut de recherche et d'éducation pour les coopératives et les mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS).
«Pour l'entreprise privée traditionnelle, les personnes sont des moyens de réaliser le maximum de profits afin d'accroître le plus possible l'avoir des actionnaires, explique Michel Lafleur, directeur de l'IRECUS. Par contre, pour les coopératives et les mutuelles, l'argent n'est pas la finalité mais plutôt le moyen qui permet de servir les personnes, c'est-à-dire leurs membres et leurs communautés.»
Mais que l'argent ne soit pas une finalité ne veut pas dire qu'une coopérative ou une mutuelle peut se permettre d'être mal gérée. «Les coopératives et les mutuelles ne sont peut-être pas des entreprises comme les autres, mais comme les autres, elles sont des entreprises.»
Un institut bien particulier
L'IRECUS ne date pas d'hier, sa fondation remonte à 1976. «La création d'un pareil institut est due à l'initiative de professeurs d'économie de l'Université de Sherbrooke, qui constataient le peu de recherche qui se faisait alors dans le domaine des coopératives et des mutuelles. C'est le mouvement coopératif québécois qui en a assuré le financement et qui a permis sa fondation.»
Les premières années de l'IRECUS ont surtout permis de mieux circonscrire et comprendre les particularités inhérentes à ce que l'on appelle le paradigme coopératif. «Une fois ce paradigme bien compris, l'IRECUS a voulu mettre en place un outil pour en permettre l'application au quotidien.» Cela a mené à la création en 1981 du programme de maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives et des mutuelles, encore aujourd'hui le seul programme de maîtrise sur le sujet au Canada. «Dans les facultés d'administration des universités comme dans les écoles de gestion, le seul et unique modèle de gestion étudié est celui de l'entreprise privée traditionnelle. Cette approche ne permet pas aux futurs gestionnaires de se familiariser avec le modèle coopératif, d'où l'importance de notre programme.»
Le financement de l'IRECUS se fait par le biais des subventions de recherche obtenues, soit des organismes subventionneurs habituels, comme le CRSH, ou soit de dotations privées. Depuis 2009, l'IRECUS possède aussi une chaire de recherche dotée d'un budget de 1 000 000 $ sur cinq ans fourni par le mouvement coopératif québécois.
Deux cadres de recherche
Les projets de recherche menés par les chercheurs de l'IRECUS se font soit sur le plan national, donc au Québec, soit sur le plan international. Sur le plan national, les projets de recherche portent principalement sur la formation d'outils de gestion adaptés à l'identité et à la réalité des coopératives et des mutuelles. Plusieurs de ces projets de recherche sont menés de concert avec des chercheurs d'autres universités et en partenariat avec des organismes impliqués dans le mouvement coopératif. Par exemple, l'IRECUS s'est penché sur la performance économique des territoires et sur la place de la coopération dans la construction de ces territoires.
Sur le plan international, l'IRECUS a surtout cherché à créer des alliances avec d'autres universités. Déjà, l'IRECUS a signé des ententes avec l'Université de Rennes 2 et l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. L'IRECUS est aussi l'instigateur du réseau uniRcoop qui a permis de rapprocher 22 universités dans 15 pays d'Amérique latine et d'Amérique du Sud.
Parmi les projets de recherche internationaux qui méritent attention, notons celui qui a permis le rapprochement entre les Inuits et les Ayamaras de l'Altiplano chilien. «C'est notre partenaire chilien, l'Université du Chili à Santiago, qui a eu l'idée de ce projet, parce qu'il avait constaté que les Ayamaras s'intéressaient au modèle coopératif pour se donner des services et ainsi assurer leur développement. Nous les avons donc mis en contact avec la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec. Inuits et Ayamaras ont donc pu se rencontrer, et malgré les différences culturelles évidentes, il y a eu un réel rapprochement et les Ayamaras ont pu profiter de l'expérience des Inuits. Ce fut un projet humain extraordinaire.» Mais qui malheureusement est aujourd'hui sur la glace, comme d'autres projets internationaux de l'IRECUS, faute de financement. «Depuis l'arrivée du gouvernement Harper à Ottawa, il devient de plus en plus difficile de trouver du financement pour des projets internationaux.»
Enseignement et formation
Le volet enseignement prend par contre de l'expansion. En septembre 2012, l'IRECUS offrira aux cadres en exercice une maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives et des mutuelles. Ce programme à temps partiel sera offert au campus Longueuil. L'IRECUS travaille aussi à la mise en place d'une certification à l'intention des administrateurs et des agents de développement des coopératives et des mutuelles. «L'IRECUS donne beaucoup de formation en entreprise et ces formations rejoignent 2000 personnes par année. La certification serait une façon d'attester qu'elles ont bien suivi ces formations.»
Quant à la maîtrise à temps plein à Sherbrooke, bien que le candidat doive détenir un baccalauréat pour s'y inscrire, il n'est pas nécessaire que ce dernier soit en administration ou en gestion. «Nous cherchons à attirer des candidats de tous les horizons. Et pour ceux qui n'ont aucune notion de gestion, on a mis en place une courte propédeutique.» Qui plus est, le programme gagne en popularité. «Le Sommet économique sous Lucien Bouchard a mis l'économie sociale au goût du jour et depuis une dizaine d'années, on sent un intérêt plus grand pour le domaine. Aujourd'hui, les gens sont fiers d'être membres d'une coopérative.»
***
Collaborateur du Devoir
«Pour l'entreprise privée traditionnelle, les personnes sont des moyens de réaliser le maximum de profits afin d'accroître le plus possible l'avoir des actionnaires, explique Michel Lafleur, directeur de l'IRECUS. Par contre, pour les coopératives et les mutuelles, l'argent n'est pas la finalité mais plutôt le moyen qui permet de servir les personnes, c'est-à-dire leurs membres et leurs communautés.»
Mais que l'argent ne soit pas une finalité ne veut pas dire qu'une coopérative ou une mutuelle peut se permettre d'être mal gérée. «Les coopératives et les mutuelles ne sont peut-être pas des entreprises comme les autres, mais comme les autres, elles sont des entreprises.»
Un institut bien particulier
L'IRECUS ne date pas d'hier, sa fondation remonte à 1976. «La création d'un pareil institut est due à l'initiative de professeurs d'économie de l'Université de Sherbrooke, qui constataient le peu de recherche qui se faisait alors dans le domaine des coopératives et des mutuelles. C'est le mouvement coopératif québécois qui en a assuré le financement et qui a permis sa fondation.»
Les premières années de l'IRECUS ont surtout permis de mieux circonscrire et comprendre les particularités inhérentes à ce que l'on appelle le paradigme coopératif. «Une fois ce paradigme bien compris, l'IRECUS a voulu mettre en place un outil pour en permettre l'application au quotidien.» Cela a mené à la création en 1981 du programme de maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives et des mutuelles, encore aujourd'hui le seul programme de maîtrise sur le sujet au Canada. «Dans les facultés d'administration des universités comme dans les écoles de gestion, le seul et unique modèle de gestion étudié est celui de l'entreprise privée traditionnelle. Cette approche ne permet pas aux futurs gestionnaires de se familiariser avec le modèle coopératif, d'où l'importance de notre programme.»
Le financement de l'IRECUS se fait par le biais des subventions de recherche obtenues, soit des organismes subventionneurs habituels, comme le CRSH, ou soit de dotations privées. Depuis 2009, l'IRECUS possède aussi une chaire de recherche dotée d'un budget de 1 000 000 $ sur cinq ans fourni par le mouvement coopératif québécois.
Deux cadres de recherche
Les projets de recherche menés par les chercheurs de l'IRECUS se font soit sur le plan national, donc au Québec, soit sur le plan international. Sur le plan national, les projets de recherche portent principalement sur la formation d'outils de gestion adaptés à l'identité et à la réalité des coopératives et des mutuelles. Plusieurs de ces projets de recherche sont menés de concert avec des chercheurs d'autres universités et en partenariat avec des organismes impliqués dans le mouvement coopératif. Par exemple, l'IRECUS s'est penché sur la performance économique des territoires et sur la place de la coopération dans la construction de ces territoires.
Sur le plan international, l'IRECUS a surtout cherché à créer des alliances avec d'autres universités. Déjà, l'IRECUS a signé des ententes avec l'Université de Rennes 2 et l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. L'IRECUS est aussi l'instigateur du réseau uniRcoop qui a permis de rapprocher 22 universités dans 15 pays d'Amérique latine et d'Amérique du Sud.
Parmi les projets de recherche internationaux qui méritent attention, notons celui qui a permis le rapprochement entre les Inuits et les Ayamaras de l'Altiplano chilien. «C'est notre partenaire chilien, l'Université du Chili à Santiago, qui a eu l'idée de ce projet, parce qu'il avait constaté que les Ayamaras s'intéressaient au modèle coopératif pour se donner des services et ainsi assurer leur développement. Nous les avons donc mis en contact avec la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec. Inuits et Ayamaras ont donc pu se rencontrer, et malgré les différences culturelles évidentes, il y a eu un réel rapprochement et les Ayamaras ont pu profiter de l'expérience des Inuits. Ce fut un projet humain extraordinaire.» Mais qui malheureusement est aujourd'hui sur la glace, comme d'autres projets internationaux de l'IRECUS, faute de financement. «Depuis l'arrivée du gouvernement Harper à Ottawa, il devient de plus en plus difficile de trouver du financement pour des projets internationaux.»
Enseignement et formation
Le volet enseignement prend par contre de l'expansion. En septembre 2012, l'IRECUS offrira aux cadres en exercice une maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives et des mutuelles. Ce programme à temps partiel sera offert au campus Longueuil. L'IRECUS travaille aussi à la mise en place d'une certification à l'intention des administrateurs et des agents de développement des coopératives et des mutuelles. «L'IRECUS donne beaucoup de formation en entreprise et ces formations rejoignent 2000 personnes par année. La certification serait une façon d'attester qu'elles ont bien suivi ces formations.»
Quant à la maîtrise à temps plein à Sherbrooke, bien que le candidat doive détenir un baccalauréat pour s'y inscrire, il n'est pas nécessaire que ce dernier soit en administration ou en gestion. «Nous cherchons à attirer des candidats de tous les horizons. Et pour ceux qui n'ont aucune notion de gestion, on a mis en place une courte propédeutique.» Qui plus est, le programme gagne en popularité. «Le Sommet économique sous Lucien Bouchard a mis l'économie sociale au goût du jour et depuis une dizaine d'années, on sent un intérêt plus grand pour le domaine. Aujourd'hui, les gens sont fiers d'être membres d'une coopérative.»
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Collaborateur du Devoir







