Microfinance et microcrédit - DID maintient ses interventions et s'adapte aux transformations
«Des solutions innovantes pourraient même être pertinentes chez nous»
En dépit de la crise dans le secteur de la microfinance, Développement international Desjardins (DID) poursuit sur sa lancée des années 1970 dans le déploiement de l'expertise du Mouvement à l'étranger. Les institutions de proximité qu'il accompagne fournissent des appuis financiers spécialisés de plusieurs ordres (épargne, crédit, assurance, transferts de fonds, technologies de support et autres services) à quelque 8,5 millions de familles et d'entreprises à travers le monde.
En juin dernier, DID prenait fermement position en citant en exemple les bonnes pratiques de gestion qu'il préconise depuis plus de 40 ans à titre d'organisme à but non lucratif; du même coup, il incitait ses bail-leurs et partenaires à maintenir le cap sur la finalité de la microfinance: l'accroissement de l'accès aux services financiers pour tous. Il y a quelques mois, un virage important survenait sur le plan de l'investissement au moment où le Fonds Desjardins pour la finance inclusive était créé; il est doté d'une enveloppe de départ de 5 M$ qui pourra atteindre les 10 M$ à terme; celle-ci servira, entre autres, à mettre sur pied des centres financiers pour les entrepreneurs.
Pendant ce temps, Microcrédit Desjardins lançait au Québec un nouveau produit de solidarité offert en partenariat avec les organismes membres du Réseau québécois de crédit communautaire. De là découle cette question posée à France Michaud, responsable des communications chez DID: est-il possible de tracer un parallèle entre les pratiques de Desjardins au Québec et à l'étranger en matière de microfinance ou de microcrédit? «Il existe beaucoup de ressemblances. Notre travail s'effectue largement en s'inspirant des méthodologies et des produits Desjardins, dès le point de départ. Il en va ainsi sur le plan de la professionnalisation, où toutes nos interventions visent à former les agents de crédit et à conférer un caractère professionnel à toutes les opérations; il en va de même ici et c'est une composante importante de ces ressemblances.»
Réalités des terres étrangères
Elle invite toutefois à prendre bonne note que les interventions s'effectuent hors Québec: «On travaille dans des pays où, premièrement, le cadre légal est souvent déficient et où n'existent parfois pas les lois ou la législation nécessaires en vigueur pour supporter les coopératives; il en résulte qu'une partie de notre travail vise aussi à appuyer les gouvernements pour procéder dans le sens de l'adoption de telles mesures. Entre-temps, on incite les caisses qu'on appuie pour qu'elles fassent preuve de rigueur et qu'elles exercent un contrôle interne resserré dans l'attente de l'existence de procédures externes.»
Mme Michaud pose de plus ce constat: «Dans les pays en développement, les gens n'ont pas de voiture et ils ne peuvent pas se déplacer pour se rendre à la caisse à deux rues de là où ils habitent. Toute la question de l'accessibilité est importante et il est intéressant de voir qu'il en découle souvent des innovations qu'on ne voit pas ici.»
Elle fournit un exemple: «Il y a le produit "AMIO" (Application mobile d'information sur les opérations), qui est en fait un outil portable utilisé avec un micro-ordinateur et qui sert à lui seul à informatiser complètement une caisse, ce qui est beaucoup moins coûteux qu'un système informatique complet; avec le support de l'Internet, une petite caisse rurale peut importer les logiciels transactionnels sans avoir besoin de tout un système complet. Pour leur part, les agents de crédit peuvent se déplacer avec le petit outil et effectuer les transactions informatisées sur place avec les commerçants du marché ou avec les membres d'une communauté dans un petit village éloigné.»
Elle apporte ce point de vue: «Quand on fait des affaires dans des contextes plus difficiles qui comportent des contraintes, cela pousse vers des solutions innovantes qui pourraient même être pertinentes chez nous.» En fait, toutes les technologies cellulaires ont la cote partout dans le monde et elles font bon ménage avec l'AMIO dans l'acheminement des transactions à partir de tous lieux.
Une évolution en mode accéléré
L'année 2011 a été marquée, encore une fois, par les transformations majeures qui se poursuivent dans l'aide au développement, ce qui n'échappe pas à Développement international Desjardins (DID), qui a été un témoin privilégié des changements encourus dans cette sphère d'activités, où il s'affaire depuis plus de 40 ans.
France Michaud indique ce qui se passe vraiment actuellement dans des pays étrangers gravitant dans le rayon d'action de cet organisme: «Du côté de nos partenaires, qui sont eux-mêmes les institutions financières qu'on soutient dans les pays en développement ou émergents, il y a un réel progrès, et souvent, ils évoluent plus vite encore que l'a fait ici le Mouvement Desjardins, parce qu'ils bénéficient d'une sorte de cours de transfert; en ce sens qu'ils ne répètent pas les mêmes erreurs qu'on a pu commettre ici dans le passé.»
Elle cite le Burkina Faso à titre de modèle du genre: «Si je prends l'exemple du réseau des caisses là-bas, en 1970, on en mettait certaines en place, on commençait à introduire des produits et tout cela; au fil des années, les caisses se sont multipliées, elles se sont regroupées en réseau et il y a maintenant une fédération et des unions régionales; au bout d'un certain autre temps, les gens se sont rendu compte qu'il fallait améliorer l'efficacité, restructurer le réseau et qu'ils devaient procéder à de la reconfiguration et de l'informatisation.»
DID s'adapte en conséquence: «On doit toujours rester à la fine pointe des changements et demeurer à l'affût des transformations. Si on avait maintenu notre expertise seulement dans la mise en place de caisses de base, on serait complètement dépassés aujourd'hui. On doit être en mesure d'évoluer au même rythme que nos partenaires; c'est la première des choses.»
Deuxièmement, elle fait observer que DID est étroitement et constamment associé à des bailleurs de fonds publics dont les exigences augmentent sans cesse: «Souvent, les mandats raccourcissent et on dispose de moins de marge de manoeuvre, ce qui nous rend la tâche plus difficile pour avoir une vision à long terme, parce qu'il faut bien reconnaître que mettre en place un réseau de caisses, c'est une opération qui ne se fait pas du jour au lendemain en raison des relations de longue durée et soutenues qu'il importe d'établir avec nos partenaires; c'est un des enjeux auxquels on fait face.»
***
Collaborateur du Devoir
En juin dernier, DID prenait fermement position en citant en exemple les bonnes pratiques de gestion qu'il préconise depuis plus de 40 ans à titre d'organisme à but non lucratif; du même coup, il incitait ses bail-leurs et partenaires à maintenir le cap sur la finalité de la microfinance: l'accroissement de l'accès aux services financiers pour tous. Il y a quelques mois, un virage important survenait sur le plan de l'investissement au moment où le Fonds Desjardins pour la finance inclusive était créé; il est doté d'une enveloppe de départ de 5 M$ qui pourra atteindre les 10 M$ à terme; celle-ci servira, entre autres, à mettre sur pied des centres financiers pour les entrepreneurs.
Pendant ce temps, Microcrédit Desjardins lançait au Québec un nouveau produit de solidarité offert en partenariat avec les organismes membres du Réseau québécois de crédit communautaire. De là découle cette question posée à France Michaud, responsable des communications chez DID: est-il possible de tracer un parallèle entre les pratiques de Desjardins au Québec et à l'étranger en matière de microfinance ou de microcrédit? «Il existe beaucoup de ressemblances. Notre travail s'effectue largement en s'inspirant des méthodologies et des produits Desjardins, dès le point de départ. Il en va ainsi sur le plan de la professionnalisation, où toutes nos interventions visent à former les agents de crédit et à conférer un caractère professionnel à toutes les opérations; il en va de même ici et c'est une composante importante de ces ressemblances.»
Réalités des terres étrangères
Elle invite toutefois à prendre bonne note que les interventions s'effectuent hors Québec: «On travaille dans des pays où, premièrement, le cadre légal est souvent déficient et où n'existent parfois pas les lois ou la législation nécessaires en vigueur pour supporter les coopératives; il en résulte qu'une partie de notre travail vise aussi à appuyer les gouvernements pour procéder dans le sens de l'adoption de telles mesures. Entre-temps, on incite les caisses qu'on appuie pour qu'elles fassent preuve de rigueur et qu'elles exercent un contrôle interne resserré dans l'attente de l'existence de procédures externes.»
Mme Michaud pose de plus ce constat: «Dans les pays en développement, les gens n'ont pas de voiture et ils ne peuvent pas se déplacer pour se rendre à la caisse à deux rues de là où ils habitent. Toute la question de l'accessibilité est importante et il est intéressant de voir qu'il en découle souvent des innovations qu'on ne voit pas ici.»
Elle fournit un exemple: «Il y a le produit "AMIO" (Application mobile d'information sur les opérations), qui est en fait un outil portable utilisé avec un micro-ordinateur et qui sert à lui seul à informatiser complètement une caisse, ce qui est beaucoup moins coûteux qu'un système informatique complet; avec le support de l'Internet, une petite caisse rurale peut importer les logiciels transactionnels sans avoir besoin de tout un système complet. Pour leur part, les agents de crédit peuvent se déplacer avec le petit outil et effectuer les transactions informatisées sur place avec les commerçants du marché ou avec les membres d'une communauté dans un petit village éloigné.»
Elle apporte ce point de vue: «Quand on fait des affaires dans des contextes plus difficiles qui comportent des contraintes, cela pousse vers des solutions innovantes qui pourraient même être pertinentes chez nous.» En fait, toutes les technologies cellulaires ont la cote partout dans le monde et elles font bon ménage avec l'AMIO dans l'acheminement des transactions à partir de tous lieux.
Une évolution en mode accéléré
L'année 2011 a été marquée, encore une fois, par les transformations majeures qui se poursuivent dans l'aide au développement, ce qui n'échappe pas à Développement international Desjardins (DID), qui a été un témoin privilégié des changements encourus dans cette sphère d'activités, où il s'affaire depuis plus de 40 ans.
France Michaud indique ce qui se passe vraiment actuellement dans des pays étrangers gravitant dans le rayon d'action de cet organisme: «Du côté de nos partenaires, qui sont eux-mêmes les institutions financières qu'on soutient dans les pays en développement ou émergents, il y a un réel progrès, et souvent, ils évoluent plus vite encore que l'a fait ici le Mouvement Desjardins, parce qu'ils bénéficient d'une sorte de cours de transfert; en ce sens qu'ils ne répètent pas les mêmes erreurs qu'on a pu commettre ici dans le passé.»
Elle cite le Burkina Faso à titre de modèle du genre: «Si je prends l'exemple du réseau des caisses là-bas, en 1970, on en mettait certaines en place, on commençait à introduire des produits et tout cela; au fil des années, les caisses se sont multipliées, elles se sont regroupées en réseau et il y a maintenant une fédération et des unions régionales; au bout d'un certain autre temps, les gens se sont rendu compte qu'il fallait améliorer l'efficacité, restructurer le réseau et qu'ils devaient procéder à de la reconfiguration et de l'informatisation.»
DID s'adapte en conséquence: «On doit toujours rester à la fine pointe des changements et demeurer à l'affût des transformations. Si on avait maintenu notre expertise seulement dans la mise en place de caisses de base, on serait complètement dépassés aujourd'hui. On doit être en mesure d'évoluer au même rythme que nos partenaires; c'est la première des choses.»
Deuxièmement, elle fait observer que DID est étroitement et constamment associé à des bailleurs de fonds publics dont les exigences augmentent sans cesse: «Souvent, les mandats raccourcissent et on dispose de moins de marge de manoeuvre, ce qui nous rend la tâche plus difficile pour avoir une vision à long terme, parce qu'il faut bien reconnaître que mettre en place un réseau de caisses, c'est une opération qui ne se fait pas du jour au lendemain en raison des relations de longue durée et soutenues qu'il importe d'établir avec nos partenaires; c'est un des enjeux auxquels on fait face.»
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Collaborateur du Devoir







