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Réforme de la retraite - Revoir l'architecture de la sécurité du revenu

Diane Bellemare - Fellow associée au CIRANO  3 février 2012  Actualités économiques
Les régimes fédéraux sont indispensables pour empêcher ceux qui n’ont pas de régimes complémentaires de tomber dans la pauvreté.<br />
Photo : Agence Reuters Miro Kuzmanovic
Les régimes fédéraux sont indispensables pour empêcher ceux qui n’ont pas de régimes complémentaires de tomber dans la pauvreté.
Le vieillissement de la population, les départs imminents à la retraite de nombreux baby-boomers, une espérance de vie toujours croissante et la volonté du gouvernement fédéral d'équilibrer son budget sont autant d'éléments qui ont amené le premier ministre du Canada, Stephen Harper, à proposer, à Davos, une réforme du programme de Sécurité de la vieillesse (SV) et du Supplément de revenu garanti (SRG) «afin d'en assurer la viabilité pour la prochaine génération, sans pénaliser les prestataires actuels». Que faut-il en penser?

Précisons que l'architecture de notre système actuel de sécurité du revenu à la retraite, conçue à la fin des années 60, prévoit trois étages. Le premier vise à assurer un revenu minimum. Il est constitué de la Sécurité de la vieillesse et du Supplément du revenu garanti, des régimes financés par les revenus généraux du fédéral qui s'additionnent au Régime de rentes du Québec (RRQ) ou au Régime de pensions du Canada (RPC).

La SV, adoptée en 1952, verse aujourd'hui à tout citoyen canadien de 65 ans et plus une pension de 6500 $. Le Supplément, en vigueur depuis 1967 et prévu comme une mesure temporaire, prévoit une aide non imposable aux personnes âgées à faible revenu. Les régimes publics contributifs, le RRQ et le RPC, deux régimes équivalents adoptés en 1966, complètent le premier étage du système.

Le deuxième est composé des régimes complémentaires de retraite, soit les régimes à prestations ou à cotisations déterminées. Selon le plan originel, ces régimes d'entreprise devaient être la pièce majeure pour la protection du niveau de vie des personnes en emploi. Enfin, l'épargne individuelle (par exemple les REER) constitue le troisième étage.

Nécessaire réforme

Même s'il a réussi à réduire fortement la pauvreté chez les personnes âgées au cours des dernières décennies et même si la lutte contre la pauvreté chez les personnes âgées demeure une priorité collective, ce système doit être réformé pour permettre aux jeunes d'avoir de meilleurs revenus à la retraite tout en protégeant les retraités actuels et futurs. Les réformes dans ce domaine sont toujours longues à implanter, souvent plus de 30 ans, car les pièces du système sont interdépendantes. C'est pourquoi il faut en débattre maintenant.

Pourquoi une réforme? D'abord, parce que les revenus générés par le RRQ et le RPC sont insuffisants. À 65 ans, une personne qui a travaillé toute sa vie peut espérer une pension maximale de 11 520 $, ou 960 $ par mois. Mais dans les faits, très peu de gens ont droit au maximum. En 2008, la pension moyenne du RRQ était d'environ 5400 $, ce qui est très maigre. C'est pourquoi près de la moitié des retraités québécois et 34 % des Canadiens reçoivent le Supplément, devenu incontournable. Aussi, la faiblesse du RRQ-RPC crée certaines iniquités. Notamment entre les travailleurs à bas salaire et les personnes qui n'ont pas travaillé.

Ces dernières voient leur revenu augmenter à l'âge de 65 ans à un niveau qui s'approche des revenus de retraite des travailleurs à faibles revenus, et ce, parce que le taux de remplacement du RRQ-RPC (25 %) est trop faible. Il est également inéquitable pour les travailleurs autonomes à faible revenu qui contribuent doublement au régime. En somme, le RRQ-RPC produit une pension publique démesurément faible en comparaison de celles des régimes publics similaires dans le monde. Dans ce contexte, les régimes fédéraux sont indispensables pour empêcher ceux qui n'ont pas de régimes complémentaires de tomber dans la pauvreté.

Iniquités

Il faut revoir le système parce que les régimes complémentaires de retraite sont en crise. Même si plusieurs futurs retraités en bénéficieront, cette source de revenus se tarira car la participation à ces régimes (mesurée en proportion des emplois) est en baisse. En 2010, seulement 38,6 % des personnes employées au Québec et 35,3 % au Canada cotisent à de tels régimes. Ils ne disparaîtront pas complètement, mais ils se transformeront progressivement en régimes à cotisations déterminées qui s'apparentent davantage à des REER.

Les jeunes générations ne pourront donc plus compter sur de bons régimes complémentaires à prestations déterminées. Il faut dire que les entreprises privées éprouvent d'énormes difficultés à en assurer la viabilité. Ils sont devenus des boulets pour celles qui doivent concurrencer des entreprises étrangères qui n'ont souvent pas à soutenir le même fardeau. En revanche, les régimes complémentaires du secteur public n'ont pas les mêmes contraintes que celles du secteur privé. Ils sont garantis en partie par les taxes et les impôts.

D'où des iniquités perçues croissantes dans la population: pourquoi un fonctionnaire recevrait-il une «telle» pension alors que le travailleur d'une entreprise privée voit sa pension menacée, voire réduite à cause des problèmes financiers de son employeur? Et que dire des travailleurs qui ne participent à aucun régime d'entreprise et des travailleurs autonomes qui se désolent en se comparant aux retraités du secteur public?

Utopie de l'épargne personnelle


Si les jeunes ne peuvent plus compter sur les régimes complémentaires, ils ne pourront pas plus s'appuyer sur leur épargne personnelle. En effet, il est utopique de penser que l'épargne individuelle (via les REER ou autre instrument) pourrait devenir pour tous les individus le pilier du système de la sécurité économique à la retraite. Elle peut tout au plus constituer un complément. L'importance du nombre de personnes âgées qui reçoivent le Supplément en témoigne. Dans le contexte actuel où de nombreuses familles ont de la difficulté à joindre les deux bouts, comment peut-on penser qu'elles réussiront à mettre suffisamment d'argent de côté?

Avec la faiblesse des taux de rendement sur l'épargne, qui sont à peu près nuls, il faudrait épargner annuellement des proportions gigantesques de ces revenus pour espérer des revenus de retraite décents. Si certains réussissent à le faire, ce n'est pas le cas de la majorité. Les gouvernements peuvent bien tenter d'obliger les gens à épargner pour la retraite, mais leurs dettes privées augmenteront. Par ailleurs, régulièrement, les aléas des marchés financiers ainsi que les risques d'inflation viennent fragiliser et amputer la valeur réelle des épargnes en vue de la retraite.

Créer de nouveaux problèmes


Dans ce contexte de crise annoncée, le gouvernement fédéral ne peut modifier les paramètres de la Sécurité de vieillesse et du Supplément sans créer d'autres problèmes. S'il repousse l'âge normal de la retraite de 65 à 67 ans, il devra le faire très lentement et surtout, il devra s'assurer qu'il y a des emplois disponibles pour les personnes âgées qui désirent travailler, sinon elles pourraient se retrouver à l'aide sociale. Or, actuellement, au Canada, 3,3 chômeurs recherchent activement du travail pour chaque poste vacant (c'est 6,1 au Québec).

Le gouvernement pourrait décider de réduire le seuil de revenu à partir duquel, depuis 1989, il récupère par l'impôt la SV pour les personnes qui ont un revenu supérieur à 70 000 $. Il pourrait aussi décider d'abandonner l'indexation de la Sécurité à la vieillesse. Mais toutes ces économies seront faibles ou, si elles sont importantes, c'est qu'elles pourraient compromettre les gains réalisés en matière de lutte contre la pauvreté chez les personnes âgées.

En fait, les réformes au chapitre de la SV et du SRG, si réformes il devait y avoir, doivent suivre et non précéder une révision du système. Il faut le répéter, le problème fondamental pour les jeunes, c'est la faiblesse du régime public contributif, le RRQ-RPC, et la faiblesse des régimes complémentaires. Ce n'est pas l'équilibre budgétaire que l'on peut atteindre de bien d'autres manières.

***

Diane Bellemare - Fellow associée au CIRANO
 
 
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  • celljack - Inscrit
    3 février 2012 08 h 35
    Les lois naturelles
    Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
    Jonglez avec des chiffres, faites couler de l'encre, ça ne changera rien!

    Personnellement, ne ne compte ni sur le gouvernement, ni sur le système financier pour assurer mes vieux jours. Je travaillerai pour ma survie jusqu'au dernier moment et c'est ainsi que je conserverai ma dignité dans la pauvreté comme dans l'abondance.

    C'est comme ça que ça s'est toujours passé depuis 10 000 ans de civilisations humaines. En fait, il n'y a que 3 ou 4 générations dans toute l'histoire de l'humanité qui ont eu droit à des retraites et ce, seulement sur une faible portion des pays de la planète.
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  • Gilles Delisle - Abonné
    3 février 2012 08 h 54
    Revoir les contributions des entreprises au fonds de retraite des employés
    Plutôt que de changer le régime de pensions pour tout le pays, peut-être que les gouvernements auraient dû s'assurer que toutes les entreprises du pays, qu'elles soient privées ou publiques, contribuent obligatoirement à un fonds de retraite de leurs employés, supervisées et contrôlées par les gouvernements, afin qu'aucune de ces entreprises ne puissent prendre congé de contribution, comme plusieurs l'ont fait, et sans partir avec le magot, comme plusieurs l'ont fait également. Peut-être qu'à ce moment-là, on n'en serait pas rendu à repenser les régimes publics de tout le monde pour compenser les erreurs et vols des propriétaires d'entreprises sur le dos de leurs employés.
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  • nathalieg - Inscrit
    3 février 2012 10 h 16
    Une bonne portion des baby-boomers sont déjà à la retraite!
    Le baby boom est défini par une augmentation du taux annuel de naissance pour 1000 habitants. Au Canada, l'amélioration des conditions économiques pendant la deuxième guerre a entraînée la remontée du taux de naissance.
    En 1937 on a 20 naissances / 1000 habitants.
    En 1939 on a 23 naissances / 1000 habitants.
    En 1945 on a 27 naissances / 1000 habitants.
    En 1958 on a 26 naissances / 1000 habitants.
    Après 1959, le taux redescend.
    Donc les baby-boomers du Canada seraient nés entre 1940 et 1960. Ils ont aujourd'hui entre 72 et 52 ans.
    Dans les pays nord-européens, le pic de la natalité a été plus tard, moins prononcé mais plus long (bébés nés entre 1945 et 1970).

    Si on considère le fait que depuis une dixaine d'année beaucoup de personnes syndiquées ou non ont pris leur retraite à l'âge de 55 ans (pensons aux infirmières parti avec une belle retraite en or), donc oui ça fait déjà un bon bout de temps que les baby-boomers sont à leur retaite.
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  • alain dallaire - Inscrit
    3 février 2012 11 h 24
    Bien hate de voir la suite . J'attend les explication de Madame Marois
    Je suis allé voir le programme du parti Québécois.
    Surprise.
    4.1 Une économie qui se donne les moyens de réussir

    h) Révisera les politiques et les régimes de rente pour assurer des revenus décents à l’ensemble des futurs retraités

    Il manque une petite chose a leur politique il me semble

    Les allocations de retraites devraient être équitables pour tous.

    Dans combien de temps Madame Marois veut appliquer cette nouvelle règle ?
    Dans 10 ans ?
    Révisera Quoi ? Augmentation des cotisations du RRQ ?
    L’employeur va-t-il contribuer?
    Ca va tu toucher tout Les régimes de retraite en général ?
    Madame Marois va t’elle faire le ménage dans sa cour.
    Les députés sont morts de rire avec leur fond pension doré.. Ont devrait augmenter leur salaire au lieu de leur donne une pension a vie.
    Parce qu’une fois qu’ils sont défait ou démissionne les dépenses sont terminer.

    Pourquoi qu'un contribuable moyen devrait paye par des taxes directe et indirect pour tout ce monde privilégié?(Hydro,Municipalité,Gouvernement)
    Quand dans 90 % des cas il n'a pas les moyens de ce paye un REER qu'il ramasse seul sans la contribution de l’employeur ?

    Pourquoi que Madame Marois n’en parle pas ?
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  • alain dallaire - Inscrit
    3 février 2012 12 h 12
    En passant
    Madame Diane Bellemare Votre article est réfléchis et intelligents.
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  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    3 février 2012 17 h 56
    Régime public facultatif
    En réponse au Fédéral, agissons ici au Québec.

    Pour remplacer les régimes privés à cotisations déterminées qui ne garantissent aucun rendement prévisible, et pour procurer un régime de retraite à ceux qui n’en ont pas (employés sans régime de retraite, travailleurs autonomes, personnes sans revenus de travail, etc), on pourrait mettre sur pied le Régime suivant.

    Il s’agirait d’un Régime public facultatif semblable au RRQ, géré par une régie étatique, qui recueillerait les cotisations des employés, des employeurs, des travailleurs autonomes, et de toute autre personne voulant investir dans sa retraite.

    Les sommes déposées dans ce Régime serviraient à établir des droits de rente au participant, rente indexée et calculée actuariellement selon l’âge de la personne au moment des cotisations et selon l’âge de la personne au moment de la retraite.

    Alors que le taux de cotisation d'équilibre au RRQ se situe désormais à 11,02 %, il est carrément irresponsable de le maintenir à 9,9 %. Les responsables de ce manque de vision économique doivent être durement fustigés.

    Le RRQ public doit être aménagé ou complémenté pour assurer à chaque Québécois un revenu de retraite acceptable sans s’en remettre au secteur privé, où de terribles magouilles se sont produites. Ce qu'il faut, c'est bonifier et élargir le Régime des rentes du Québec (RRQ), et non pas ouvrir les portes aux rapaces. C'est une question d'efficacité et de prudence.

    Une autre bonne idée: la mise sur pied d’un régime volontaire d'épargne-retraite REER public administré par la Régie des rentes du Québec (RRQ).
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  • parade21 - Abonné
    3 février 2012 22 h 09
    Prendre le problème dans son ensemble
    D’un côté, exiger moins d’impôt aux plus fortunés et aux entreprises, et ce, depuis de nombreuses années. Diminuer les taxes à la consommation. Favoriser les abris fiscaux. Fuite de capitaux vers les paradis fiscaux. Réduire la taille de l’État. Cesser de réglementer le secteur financier et provoquer la crise de 2008. Juste pour la Caisse de dépôt, une perte de 40 milliards.

    De l’autre côté, augmenter les frais de scolarités. Introduire une taxe santé de 200.00 $. Augmenter les tarifs d’électricité. Et maintenant, aller fouiller dans le secteur de la sécurité du revenu des personnes âgées et dans les régimes de retraite des employés de l’État qu’ils ont payé toute leur vie de travail durant.

    Mme Bellemarre, vous et vos amis avez bien compris que vous n’aviez qu’à vous pencher pour regarnir vos coffres maintenant vides. Il suffisait d’y penser. Prendre aux pauvres et à la classe moyenne à même leurs pensions de vieillesse et leurs régimes de retraite pour regarnir votre bourse. Et pour cela, vous assurer que vos gouvernements-chambre de commerce allaient prendre les décisions politiques allant dans le sens de vos intérêts. Mme Bellemarre, le Roi est nu. Et je sens la tempête sociale venir. Elle approche de vos côtes. Courez vous barricader.
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  •  
  • Jean_Yves - Abonné
    4 février 2012 12 h 30
    @ parade,
    Toujours 100% la faute des autres, jamais resonsable de rien?
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  • alain dallaire - Inscrit
    4 février 2012 15 h 37
    Je ne sais plus quoi faire pour réveillée le monde politique
    J’ai écris .Mais pas de réponse.

    On dirait que le sujet est tabou ?
    Les libéraux ont créé des comités pour étudier la question (pour encore retarder le processus)

    Le Parti Québécois est muet comme une carpe.


    Si il y a une personne qui a une idée pour faire avancée les choses je suis intéresser a la connaitre.

    Suite aux réponses à l'article on peut constater le manque d'intérêt pour un sujet qui touche pourtant tous les québécois.

    J’ai beaucoup de misère à comprendre ca.
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