Perspectives - Résolutions pour la nouvelle année
L'année qui commence s'annonce difficile sur le front économique. Ce contexte se prêtera à tous les raccourcis intellectuels et autres chasses aux boucs émissaires. Mais les problèmes en cause sont tellement nombreux, tellement sérieux et tellement complexes qu'on devrait se promettre d'essayer de ne pas se laisser entraîner sur ces fausses pistes.
Bon, d'accord, l'expert en question n'est pas spécialement reconnu pour son optimisme, au point où il a même été surnommé «Docteur catastrophe», mais Nouriel Roubini a quand même été l'un des rares à prédire la crise financière de 2008. Les prédictions que l'économiste de l'Université de New York faisait le mois dernier pour l'année qui commence n'étaient, de toute manière, pas tellement différentes de celles de la majorité de ses confrères. «Les perspectives pour l'économie globale en 2012 sont clai-res, mais elles ne sont pas gaies, écrivait-il dans un article destiné aux journaux. Récession en Europe, croissance anémique au mieux aux États-Unis, un ralentissement ponctuel en Chine et dans la plupart des économies émergentes. [...] Pour paraphraser Bette Davis dans le film Ève: "Attachez vos ceintures, ça va secouer".»
Le célèbre rabat-joie n'a rien dit sur le Canada, sinon que les pays exportateurs de matières premières allaient aussi trinquer à cause de la baisse de la demande mondiale. L'économiste de la Banque de Montréal, Sherry Cooper, a ajouté, vendredi, qu'une faible productivité et la force du dollar canadien allaient aussi plomber les exportations de nos manufacturiers au moment même où ils sont de plus en plus exposés à la concurrence des produits bon marché, provenant non pas de la Chine, mais des usines «dégraissées» et antisyndicales américaines. Si on ajoute à cela le vrai début des politiques d'austérité des gouvernements et le retour sur terre des ménages surendettés, on peut s'attendre à ce que le Canada soit secoué aussi.
Cette situation ne devrait pas tellement nous surprendre. On savait dès le début qu'il est toujours beaucoup plus long de se remettre d'une crise financière que de toute autre crise économique. Ces périodes de morosité prolongée ont toutefois l'art de mettre les nerfs à rude épreuve et de ne pas toujours faire ressortir le meilleur de nous-mêmes.
L'Histoire a montré que c'est souvent dans ces occasions qu'on accuse les plus faibles et les plus vulnérables de leurs propres malheurs et même de celui des autres. Il est alors question d'assistés sociaux qui abuseraient du système, d'immigrants qui seraient trop nombreux ou, à une autre échelle, de pays entiers qui ne seraient que des ramassis de paresseux et de fraudeurs.
Ce ne sont pas les seuls raccourcis intellectuels dans lesquels on peut tomber. Le magistral échec du modèle du tout-au-marché en 2008 a incité certains à verser dans une forme d'anticapitalisme primaire qu'on n'avait pas entendu depuis des lustres. Notre lenteur à trouver des modèles alternatifs, la tendance des gouvernements aux abois à revenir aux anciennes recettes et le retour d'une attitude suffisante et impénitente des grands capitalistes responsables de la crise n'aident en rien à l'affaire. Mais qu'on accuse les riches, les pauvres, les politiciens incompétents, les membres d'un obscur complot, les Chinois ou n'importe qui d'autre à part soi-même, c'est toujours le règne des préjugés, des explications toutes faites et des solutions faciles.
Oser
Il faut dire que, de l'endettement des gouvernements à la financiarisation de l'économie, en passant par l'augmentation des inégalités, les changements technologiques, la mondialisation, le vieillissement de la population ou encore les changements climatiques, les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont tout aussi sérieux qu'horriblement complexes. Il est tentant — et sans doute rassurant — de penser pouvoir y apporter des réponses simples et déjà prêtes.
Remarquez, beaucoup de grands experts étaient tombés dans le même piège à la veille de la Grande Récession. On voudrait que les experts, les élus, les chefs d'entreprise, ainsi que nous tous, simples citoyens, arrivions à faire mieux les prochains mois et les prochaines années. Que nous osions au moins envisager plus d'une piste de solution. Que nous acceptions d'en débattre ouvertement et intelligemment sans nous sauver à toutes jambes dès que l'une d'elles semble un peu trop compliquée ou inhabituelle.
Dani Rodrik, professeur d'économie politique à l'Université Harvard, a par exemple remis en cause, le mois dernier, la nécessité de poursuivre un modèle unique sur la scène internationale. Les États-Unis, l'Europe et le Japon avaient jusqu'à tout récemment des règles financières, des normes du travail et des programmes sociaux très différents, sans que cela les empêche de cohabiter et d'atteindre des niveaux de développement comparables, a-t-il plaidé.
Les fameux pays scandinaves offrent un autre exemple intéressant. Ils n'ont pas hésité à remodeler en profondeur leurs social-démocraties quand elles ont rencontré des difficultés, et ils n'y ont pas perdu leur âme pour autant. On avait collectivement convenu des principes et objectifs qu'on voulait maintenir, puis on n'a pas eu peur d'adopter de nouveaux moyens pour atteindre les mêmes buts.
Souhaitons-nous la même disposition d'esprit.
Bon, d'accord, l'expert en question n'est pas spécialement reconnu pour son optimisme, au point où il a même été surnommé «Docteur catastrophe», mais Nouriel Roubini a quand même été l'un des rares à prédire la crise financière de 2008. Les prédictions que l'économiste de l'Université de New York faisait le mois dernier pour l'année qui commence n'étaient, de toute manière, pas tellement différentes de celles de la majorité de ses confrères. «Les perspectives pour l'économie globale en 2012 sont clai-res, mais elles ne sont pas gaies, écrivait-il dans un article destiné aux journaux. Récession en Europe, croissance anémique au mieux aux États-Unis, un ralentissement ponctuel en Chine et dans la plupart des économies émergentes. [...] Pour paraphraser Bette Davis dans le film Ève: "Attachez vos ceintures, ça va secouer".»
Le célèbre rabat-joie n'a rien dit sur le Canada, sinon que les pays exportateurs de matières premières allaient aussi trinquer à cause de la baisse de la demande mondiale. L'économiste de la Banque de Montréal, Sherry Cooper, a ajouté, vendredi, qu'une faible productivité et la force du dollar canadien allaient aussi plomber les exportations de nos manufacturiers au moment même où ils sont de plus en plus exposés à la concurrence des produits bon marché, provenant non pas de la Chine, mais des usines «dégraissées» et antisyndicales américaines. Si on ajoute à cela le vrai début des politiques d'austérité des gouvernements et le retour sur terre des ménages surendettés, on peut s'attendre à ce que le Canada soit secoué aussi.
Cette situation ne devrait pas tellement nous surprendre. On savait dès le début qu'il est toujours beaucoup plus long de se remettre d'une crise financière que de toute autre crise économique. Ces périodes de morosité prolongée ont toutefois l'art de mettre les nerfs à rude épreuve et de ne pas toujours faire ressortir le meilleur de nous-mêmes.
L'Histoire a montré que c'est souvent dans ces occasions qu'on accuse les plus faibles et les plus vulnérables de leurs propres malheurs et même de celui des autres. Il est alors question d'assistés sociaux qui abuseraient du système, d'immigrants qui seraient trop nombreux ou, à une autre échelle, de pays entiers qui ne seraient que des ramassis de paresseux et de fraudeurs.
Ce ne sont pas les seuls raccourcis intellectuels dans lesquels on peut tomber. Le magistral échec du modèle du tout-au-marché en 2008 a incité certains à verser dans une forme d'anticapitalisme primaire qu'on n'avait pas entendu depuis des lustres. Notre lenteur à trouver des modèles alternatifs, la tendance des gouvernements aux abois à revenir aux anciennes recettes et le retour d'une attitude suffisante et impénitente des grands capitalistes responsables de la crise n'aident en rien à l'affaire. Mais qu'on accuse les riches, les pauvres, les politiciens incompétents, les membres d'un obscur complot, les Chinois ou n'importe qui d'autre à part soi-même, c'est toujours le règne des préjugés, des explications toutes faites et des solutions faciles.
Oser
Il faut dire que, de l'endettement des gouvernements à la financiarisation de l'économie, en passant par l'augmentation des inégalités, les changements technologiques, la mondialisation, le vieillissement de la population ou encore les changements climatiques, les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont tout aussi sérieux qu'horriblement complexes. Il est tentant — et sans doute rassurant — de penser pouvoir y apporter des réponses simples et déjà prêtes.
Remarquez, beaucoup de grands experts étaient tombés dans le même piège à la veille de la Grande Récession. On voudrait que les experts, les élus, les chefs d'entreprise, ainsi que nous tous, simples citoyens, arrivions à faire mieux les prochains mois et les prochaines années. Que nous osions au moins envisager plus d'une piste de solution. Que nous acceptions d'en débattre ouvertement et intelligemment sans nous sauver à toutes jambes dès que l'une d'elles semble un peu trop compliquée ou inhabituelle.
Dani Rodrik, professeur d'économie politique à l'Université Harvard, a par exemple remis en cause, le mois dernier, la nécessité de poursuivre un modèle unique sur la scène internationale. Les États-Unis, l'Europe et le Japon avaient jusqu'à tout récemment des règles financières, des normes du travail et des programmes sociaux très différents, sans que cela les empêche de cohabiter et d'atteindre des niveaux de développement comparables, a-t-il plaidé.
Les fameux pays scandinaves offrent un autre exemple intéressant. Ils n'ont pas hésité à remodeler en profondeur leurs social-démocraties quand elles ont rencontré des difficultés, et ils n'y ont pas perdu leur âme pour autant. On avait collectivement convenu des principes et objectifs qu'on voulait maintenir, puis on n'a pas eu peur d'adopter de nouveaux moyens pour atteindre les mêmes buts.
Souhaitons-nous la même disposition d'esprit.
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