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    La crise de l'année: l'Europe et l'euro

    Les prochains moisseront cruciaux pour un continent qui entame 2012 dans l'incertitude

    L’euro ne valait plus hier que 1,29 dollar US pour la première fois depuis quinze mois.<br />
    Photo: Source: Agence France-Presse/STR L’euro ne valait plus hier que 1,29 dollar US pour la première fois depuis quinze mois.
    Cette série consacrée aux grands événements de 2011 se poursuivra jusqu'au 3 janvier, avec un nouveau texte mis en ligne à chaque jour.
    Si la terre a commencé à trembler en 2010, c'est en 2011 que les secousses les plus violentes se sont fait sentir. Annus horribilis pour l'Europe, pour l'euro. Aux prises avec des pays dont les finances publiques titubent sans fin — Grèce, Italie, etc. — et des marchés qui perdent confiance, l'Europe cherche plus que jamais des moyens d'endiguer sa crise. Ce qui, jusqu'ici, a essentiellement donné lieu à deux choses: on a passé le chapeau et amassé des centaines de milliards pour soutenir les pays membres qui en auraient besoin, et on a annoncé dans ces mêmes pays des plans d'austérité si rudes qu'ils ont mené au soulèvement des populations et fait craindre un nouveau ralentissement.

    «L'année 2011 doit être l'année de la confiance retrouvée dans l'euro», a dit en début d'année la chancelière allemande Angela Merkel. On aura plutôt parlé de l'éclatement de l'euro. Certains, comme le président de la Banque centrale européenne, évoquent à cet égard une «spéculation morbide». Chose certaine, à l'aube de 2012, le climat n'est pas empreint d'espoir. Comme le disait le mois dernier l'économiste Joseph Stiglitz, prix Nobel de l'économie en 2001, «il y a une probabilité significative que l'Europe vivra une récession». Et voilà qu'hier l'euro a touché un creux de 15 mois face au dollar américain.

    Cette perspective de récession n'est souhaitable pour personne. Pour l'économie canadienne, dont celle du Québec, l'Europe est un partenaire de taille: en 2009, selon les données fédérales, les échanges commerciaux bilatéraux se sont élevés à rien de moins que 87 milliards. L'investissement direct étranger en provenance du continent européen au Canada se chiffrait à 187 milliards, soit le tiers. Il représentait aussi le quart des revenus de l'industrie aéronautique canadienne, soit 4,7 milliards.

    «Toutes proportions gardées, l'Europe fait face à une crise énorme», dit Thierry Warin, économiste et professeur agrégé à la Polytechnique. Les économies des pays riches sont très intégrées, et personne n'a intérêt à ce que l'Europe se mette à fléchir. Il ne chiffre qu'à 2 % de probabilité la fin de l'euro, mais il se dit tout de même pessimiste.

    «Je suis pessimiste à propos de la volatilité, de la fébrilité des marchés, sur les conséquences que ça aura sur la consommation mondiale», dit M. Warin. Le coeur de l'Europe, c'est un bassin de 500 millions de personnes, de consommateurs. «On peut remettre en cause les doctrines plus tard, mais aujourd'hui, on est dans une voiture et il ne faut pas en changer. Il ne faudrait pas que la voiture ralentisse, parce que ça aurait un impact sur la croissance mondiale, sur les exportations vers l'Europe.»

    Le plus récent chapitre s'est écrit il y a tout juste trois semaines. Réunis dans le cadre d'un énième «sommet de la dernière chance», les 17 membres de la zone euro, dont le couple franco-allemand formé de Mme Merkel et du président Nicolas Sarkozy, ont accepté l'idée d'un projet de pacte de rigueur budgétaire. Date butoir: mars 2012. En parallèle, ils ont convenu d'un nouveau montant de 200 milliards qui transitera par le Fonds monétaire international pour aider les États chancelants, groupe dont font partie l'Italie et l'Espagne.

    Depuis la création de la zone euro, les pays doivent s'abstenir de traîner un endettement public supérieur à 60 % du produit intérieur brut et d'enregistrer un déficit budgétaire excédant 3 % du PIB, sans quoi ils font face à des sanctions. Or, puisque ces sanctions doivent au préalable récolter l'appui d'une majorité d'États, la règle n'a jamais joué.

    «Si on avait appliqué les sanctions prévues dans le Traité sur l'Union européenne, la crise actuelle n'aurait probablement pas lieu», affirme Diane Éthier, professeure au département de sciences politiques de l'Université de Montréal.

    Le projet de nouveau pacte prévoit lui aussi des sanctions, automatiques cette fois. Mais il est question de permettre à un pays de demander une exemption si une majorité d'États est d'accord. «Je suis très sceptique que le nouveau traité puisse résoudre le problème», dit Mme Éthier. «Les sanctions n'ont pas été appliquées dans le passé, alors pourquoi le seraient-elles à l'avenir? Si les sanctions peuvent être bloquées grâce à un vote, ça veut dire qu'encore une fois, les considérations politiques vont pouvoir entrer en ligne de compte.»

    Grosse année 2012

    Les prochains mois seront cruciaux. Prenons le cas de l'Italie, qui vient de se doter d'un plan d'austérité de 30 milliards d'euros (40 milliards $). En 2012, le pays doit refinancer environ 300 milliards de dette qui vient à échéance, dont 113 milliards d'ici la fin mars. En gros, elle doit se tourner vers les marchés obligataires. Qui achètera? Et à quel taux d'intérêt?

    Il y a aussi le rôle de la Banque centrale européenne, dont le mandat est de veiller au contrôle de l'inflation. Elle achète déjà des obligations sur le marché secondaire. Mais devrait-elle devenir davantage un prêteur de dernier recours directement auprès des pays? Si oui, pour qui? Pour l'instant, son nouveau président, Mario Draghi, fait valoir que la Banque doit se concentrer sur l'inflation et préserver sa crédibilité. En outre, les lois ne lui permettent pas de faire autre chose que ce qu'elle fait déjà.

    Revenons à l'Europe et à ce qui l'attend. Le 13 décembre, à la suite du dernier sommet, le président de l'Union européenne s'est amené sur Facebook. «Le jour où la crise sera derrière nous, on verra ce qu'on a réalisé en 2010 et 2011 et on dira: "Ces années difficiles, décisives, on a changé profondément l'Union."», a écrit Herman Van Rompuy. «Ce qu'on considère aujourd'hui comme une annus horribilis sera une annus mirabilis.» Défi énorme.

    ***

    Crises de 2011: les finalistes

    Crise des «C» (construction, collusion, corruption). Que dire de l'année qui vient de s'écouler, traversée de bord en bord par des allégations de corruption, d'érosion des institutions québécoises et de pratiques suspectes dans l'octroi de contrats de travaux publics? Ajoutez le rapport Duchesneau et une commission d'enquête publique, et on s'en reparle fin 2012. Et fin 2013.

    Crise du plafond de la dette à Washington. Pendant des semaines, les républicains ont refusé d'autoriser Barack Obama à relever le plafond de la dette (un processus jadis quasi automatique), y attachant la condition qu'il réduise de manière significative le déficit budgétaire américain. Un comité spécial bipartisan a été mis en place pour discuter de compressions. Et a échoué, évidemment.

    Crise (ou plutôt l'affaire de) Bertrand Cantat. En avril, on apprend que le chanteur français Bertrand Cantat — condamné en 2003 pour homicide involontaire sur la personne de Marie Trintignant — va monter sur les planches du TNM et du CNA à l'occasion du Cycle des femmes, mis en scène par Wajdi Mouawad. Scandale et controverse. Quelques semaines plus tard, on annonce qu'il n'en fera pas partie.

    Crise des prix alimentaires. Bien que les prix aient explosé en 2010, on ne peut passer à côté de ce développement spectaculaire et dévastateur dans les pays moins nantis. Aux sources du printemps arabe, il a contribué à bouleverser la donne géopolitique. Rien de moins.

    Crise cardiaque de Kim Jong-il. En une fraction de seconde, la face de la Corée du Nord a changé. Exit le père excentrique aux commandes d'un pays refermé comme nul autre, en état de catastrophe permanente. Et voici, en remplacement, son fils Kim Jung-un, dont on ne connaît pratiquement rien. Si ce n'est, apparemment, qu'il aurait étudié en Suisse et serait fou du basketball.
     
     
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