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Le Québec n'échappe pas à la morosité économique

Perte de 30 500 emplois et le taux de chômage monte à 8 %

De nombreux Québécois ne passeront pas un Noël très joyeux.<br />
Photo : Agence Reuters François Lenoir
De nombreux Québécois ne passeront pas un Noël très joyeux.
Les publicités clinquantes invitant les citoyens à consommer toujours davantage en prévision du temps des Fêtes ne changent rien à la réalité. Le Québec n'échappe pas à la profonde morosité économique qui frappe plusieurs régions du monde. À preuve, la province a perdu 30 500 emplois le mois dernier dans un second recul mensuel. Cette chute s'est aussi manifestée pour l'ensemble du Canada, alors que certains analystes prévoient que l'incertitude continuera de freiner l'emploi au cours des prochains mois.

Les pertes de 30 500 emplois font ainsi suite à une autre perte de 13 300 emplois en octobre et à une stagnation en septembre. Sur trois mois, le Québec a donc vu disparaître 43 800 emplois. Au cours de la même période, le chômage est passé de 7,3 % à 8 %. Le recul observé en novembre au Québec a en effet fait grimper le taux de chômage à 8 %, en hausse de 0,3 point de pourcentage, selon ce qu'indique l'Enquête sur la population active publiée hier par Statistique Canada. Étant donné la baisse observée ce mois-ci, l'emploi dans la province est à peu près au même niveau qu'en novembre 2010.

L'essentiel du repli constaté dans la province est survenu dans le commerce de gros et de détail, qui a encaissé des pertes de 27 700 emplois. L'information, la culture et les loisirs, ainsi que l'agriculture se partagent la plus grande part des autres pertes enregistrées.

Selon Joëlle Noreau, économiste chez Desjardins, le Québec n'échappe pas au climat de «morosité» qui frappe notamment l'Europe et à l'incertitude qui perdure du côté américain. Ce contexte, explique-t-elle, est peu propice à l'investissement pour les entreprises, qui sont alors tentées de freiner leurs projets de croissance de la production ou des exportations. «Ce genre de climat génère de l'inertie», souligne l'économiste, rappelant aussi que le climat d'incertitude perdure depuis maintenant six mois. Mais elle estime toutefois que l'emploi pourrait enregistrer un rebond en décembre puisque les données sur la population active sont caractérisées par une très grande «volatilité».

Quoi qu'il en soit, précise-t-elle dans une note économique publiée hier, «l'indice précurseur Desjardins annonçait une période plus difficile sur le plan économique cet automne et l'évolution du marché du travail ces deux derniers mois lui donne raison».

L'inquiétude des Québécois

Ces données somme toute peu réjouissantes sur l'emploi sont publiées une semaine après un sondage réalisé pour Le Devoir et qui faisait état de la grande inquiétude des Québécois à l'égard de l'économie de la province. Pas moins de 81 % des Québécois se disent «très préoccupés» ou «assez préoccupés» par l'état de l'économie. Ils sont aussi préoccupés par l'état de l'économie canadienne dans une proportion de 76 %.

Les Québécois sont d'ailleurs majoritairement très critiques de l'action du gouvernement de Jean Charest dans le domaine économique. Même si les libéraux ont été élus en promettant d'avoir «les deux mains sur le volant», 58 % des citoyens de la province sont convaincus que le gouvernement ne déploie pas suffisamment d'efforts et d'énergie pour «stimuler l'économie et la création d'emplois».

Recul canadien

Dans l'ensemble du pays, le recul de l'emploi s'élève à 18 600 emplois en novembre, après un mois d'octobre qui a vu la disparition de 54 000 postes. En conséquence, le taux de chômage a augmenté de 0,1 point de pourcentage au Canada, pour atteindre 7,4 %. Selon Statistique Canada, les pertes d'emploi observées en novembre ont eu lieu principalement dans le secteur des services. Novembre marque aussi le cinquième mois consécutif pendant lequel aucun nouvel emploi n'a été créé; depuis juin, ce sont plutôt 10 000 postes qui se sont volatilisés.

«Visiblement, la détérioration des conditions économiques mondiales et canadiennes incite les entreprises à la prudence et freine par conséquent l'évolution de l'emploi au pays, observe Benoit Durocher, économiste chez Desjardins. La présence de nombreuses incertitudes continuera de freiner l'emploi au cours des prochains mois. Il est donc possible que le taux de chômage augmente encore légèrement.»

L'état de santé du marché du travail semble suivre de près l'effondrement de la confiance des consommateurs et des entreprises constaté depuis la fin de juillet, quand la crise budgétaire européenne a commencé à matraquer les places boursières. Une crise politique aux États-Unis a de plus entraîné une revue à la baisse de la cote de solvabilité du pays.

La Banque du Canada et d'autres intervenants ont prévenu que le Canada doit s'attendre, au mieux, à une croissance économique timide pendant le quatrième trimestre de 2011 et au début de 2012 — une situation qui pourrait être encore pire si la crise européenne se transforme en crise mondiale.
 
 
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