Perspectives - Convergence
Plusieurs pays en voie de développement affichent une si belle croissance économique qu'ils rattrapent à grands pas les pays riches. Ils ont désormais les moyens d'accorder plus d'attention à l'affaiblissement de la cohésion sociale dans leur société. Il n'en va pas seulement du principe. Il en va aussi de leurs chances de poursuivre sur leur lancée.
Plus de 83 pays ont affiché, au cours des dix dernières années, un taux de croissance économique par habitant équivalant à plus du double de celui des pays développés contre seulement 12 durant la décennie précédente, rapportait la semaine dernière un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces pays, que l'on qualifie de «convergents» parce que leur croissance leur permet de réduire l'écart qui les sépare des pays riches, se trouvent partout. Ils comptent évidemment dans leurs rangs la Chine, l'Inde et les autres vedettes des économies émergentes. Mais on y retrouve aussi de nombreux pays d'Afrique ainsi que la presque totalité des pays d'Asie et d'Amérique du Sud.
Qualifié de «basculement de la richesse», ce phénomène de rattrapage est bien entendu une bonne nouvelle pour l'humanité, note l'OCDE dans ce premier rapport annuel sur les Perspectives du développement mondial. Malheureusement, il ne s'accompagne généralement pas d'une amélioration équivalente, ou même très éloignée, du niveau d'éducation des populations ou de leur sentiment de bien-être, tel qu'il est mesuré par les sondages. Cela tiendrait, disent les auteurs, essentiellement au fait que cette expansion économique admirable s'est accompagnée d'une aggravation des inégalités, de l'exclusion de la société de pans entiers de la population, du chômage massif des jeunes et du maintien d'une forte proportion d'économie informelle — «autant de facteurs délétères pour la cohésion sociale».
Cette frustration populaire bouillirait particulièrement dans le coeur de la classe moyenne qui est en pleine explosion dans ces pays et qui se compare de plus en plus, avec envie, avec les classes moyennes des pays développés. Ce problème ne pourrait aller qu'en grandissant, la moitié des deux milliards de personnes disposant d'un revenu compris entre 10 $ US et 100 $ US par jour (définition de la classe moyenne) se trouvant déjà dans des pays convergents, ce nombre devant tripler d'ici 2030.
Avoir les moyens
Le meilleur moyen de relever le niveau de cohésion sociale, dit le rapport, est de mettre en place des politiques de santé, d'éducation ou encore de protection sociale permettant une véritable amélioration des conditions de vie de la population, une réduction de l'exclusion sociale et une meilleure mobilité vers le haut dans l'échelle socioéconomique. Plusieurs des pays convergents commencent d'ailleurs à avoir les moyens de s'offrir ce genre de programmes sociaux qu'on croyait autrefois réservés aux pays développés. Leurs recettes fiscales sont passées de l'équivalent de 20 % de leur produit intérieur brut (PIB), en 2000, à 27 %, en 2008.
Cette moyenne est encore loin de celle de 35 % des pays de l'OCDE, et l'on ne parle pas de l'écart en matière de PIB par habitant, mais tout de même. Il existe des façons moins chères, mais néanmoins efficaces, de mettre en place de premières politiques sociales. Le rapport cite l'exemple des prestations sociales versées aux familles pauvres du Brésil, d'Indonésie ou du Mexique à la condition qu'elles gardent leurs enfants à l'école. Il rappelle que plusieurs pays convergents entretiennent, d'autre part, des programmes extrêmement coûteux et fortement régressifs, comme les subventions aux carburants.
Ces réformes doivent être élaborées et mises en place dans un processus de participation populaire où toutes les parties prenantes auront voix au chapitre, dit-on sans doute à l'adresse des autocrates de Pékin, Moscou, Riyad ou Lagos. «Les mesures qui sont adoptées lors d'un tel processus [démocratique] sont considérées comme plus légitimes et recueillent davantage l'adhésion des citoyens, ce qui se révèle déterminant pour leur efficacité.»
Parce que si l'on doit faire tout cela, ce n'est pas seulement pour une question de principe, ou par grandeur d'âme. Une cohésion sociale qui s'effrite augmente les risques d'erreur des gouvernements et d'échec de leurs politiques. La frustration populaire qui en découle peut aussi tellement grossir qu'elle finit par explose en troubles sociaux, comme on l'a récemment vu avec les manifestations prodémocratiques en Thaïlande et le Printemps arabe, rappelle l'OCDE.
Ces facteurs apparaissent d'autant plus «cruciaux» que le contexte international s'annonce nettement moins favorable à la poursuite de leur croissance fulgurante, avec les pays riches qui n'arrivent toujours pas à s'arracher de leur morosité économique. Une prudente transition vers des cadres assurant une plus grande cohésion sociale, dit-on, «permettra de remédier à des inégalités ancrées, de développer un système de protection sociale plus inclusif, de créer un sentiment d'appartenance et, ainsi, de renforcer le potentiel d'une trajectoire de croissance durable».
On ne peut pas s'empêcher de penser que toutes ces histoires d'inégalités croissantes, d'insatisfaction de la classe moyenne, de mouvements de colère populaire et de besoin de refondation de la cohésion sociale pour assurer une croissance économique durable, ne vont pas sans rappeler certains côtés d'autres pays, plus riches ceux-là.
Plus de 83 pays ont affiché, au cours des dix dernières années, un taux de croissance économique par habitant équivalant à plus du double de celui des pays développés contre seulement 12 durant la décennie précédente, rapportait la semaine dernière un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ces pays, que l'on qualifie de «convergents» parce que leur croissance leur permet de réduire l'écart qui les sépare des pays riches, se trouvent partout. Ils comptent évidemment dans leurs rangs la Chine, l'Inde et les autres vedettes des économies émergentes. Mais on y retrouve aussi de nombreux pays d'Afrique ainsi que la presque totalité des pays d'Asie et d'Amérique du Sud.
Qualifié de «basculement de la richesse», ce phénomène de rattrapage est bien entendu une bonne nouvelle pour l'humanité, note l'OCDE dans ce premier rapport annuel sur les Perspectives du développement mondial. Malheureusement, il ne s'accompagne généralement pas d'une amélioration équivalente, ou même très éloignée, du niveau d'éducation des populations ou de leur sentiment de bien-être, tel qu'il est mesuré par les sondages. Cela tiendrait, disent les auteurs, essentiellement au fait que cette expansion économique admirable s'est accompagnée d'une aggravation des inégalités, de l'exclusion de la société de pans entiers de la population, du chômage massif des jeunes et du maintien d'une forte proportion d'économie informelle — «autant de facteurs délétères pour la cohésion sociale».
Cette frustration populaire bouillirait particulièrement dans le coeur de la classe moyenne qui est en pleine explosion dans ces pays et qui se compare de plus en plus, avec envie, avec les classes moyennes des pays développés. Ce problème ne pourrait aller qu'en grandissant, la moitié des deux milliards de personnes disposant d'un revenu compris entre 10 $ US et 100 $ US par jour (définition de la classe moyenne) se trouvant déjà dans des pays convergents, ce nombre devant tripler d'ici 2030.
Avoir les moyens
Le meilleur moyen de relever le niveau de cohésion sociale, dit le rapport, est de mettre en place des politiques de santé, d'éducation ou encore de protection sociale permettant une véritable amélioration des conditions de vie de la population, une réduction de l'exclusion sociale et une meilleure mobilité vers le haut dans l'échelle socioéconomique. Plusieurs des pays convergents commencent d'ailleurs à avoir les moyens de s'offrir ce genre de programmes sociaux qu'on croyait autrefois réservés aux pays développés. Leurs recettes fiscales sont passées de l'équivalent de 20 % de leur produit intérieur brut (PIB), en 2000, à 27 %, en 2008.
Cette moyenne est encore loin de celle de 35 % des pays de l'OCDE, et l'on ne parle pas de l'écart en matière de PIB par habitant, mais tout de même. Il existe des façons moins chères, mais néanmoins efficaces, de mettre en place de premières politiques sociales. Le rapport cite l'exemple des prestations sociales versées aux familles pauvres du Brésil, d'Indonésie ou du Mexique à la condition qu'elles gardent leurs enfants à l'école. Il rappelle que plusieurs pays convergents entretiennent, d'autre part, des programmes extrêmement coûteux et fortement régressifs, comme les subventions aux carburants.
Ces réformes doivent être élaborées et mises en place dans un processus de participation populaire où toutes les parties prenantes auront voix au chapitre, dit-on sans doute à l'adresse des autocrates de Pékin, Moscou, Riyad ou Lagos. «Les mesures qui sont adoptées lors d'un tel processus [démocratique] sont considérées comme plus légitimes et recueillent davantage l'adhésion des citoyens, ce qui se révèle déterminant pour leur efficacité.»
Parce que si l'on doit faire tout cela, ce n'est pas seulement pour une question de principe, ou par grandeur d'âme. Une cohésion sociale qui s'effrite augmente les risques d'erreur des gouvernements et d'échec de leurs politiques. La frustration populaire qui en découle peut aussi tellement grossir qu'elle finit par explose en troubles sociaux, comme on l'a récemment vu avec les manifestations prodémocratiques en Thaïlande et le Printemps arabe, rappelle l'OCDE.
Ces facteurs apparaissent d'autant plus «cruciaux» que le contexte international s'annonce nettement moins favorable à la poursuite de leur croissance fulgurante, avec les pays riches qui n'arrivent toujours pas à s'arracher de leur morosité économique. Une prudente transition vers des cadres assurant une plus grande cohésion sociale, dit-on, «permettra de remédier à des inégalités ancrées, de développer un système de protection sociale plus inclusif, de créer un sentiment d'appartenance et, ainsi, de renforcer le potentiel d'une trajectoire de croissance durable».
On ne peut pas s'empêcher de penser que toutes ces histoires d'inégalités croissantes, d'insatisfaction de la classe moyenne, de mouvements de colère populaire et de besoin de refondation de la cohésion sociale pour assurer une croissance économique durable, ne vont pas sans rappeler certains côtés d'autres pays, plus riches ceux-là.
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