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    Montréal, ville de biodiversité

    «Dans une ville, si on ne bétonne pas tout, la vie reprend vite ses droits!»

    19 novembre 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    La biodiversité montréalaise n’est pas que l’affaire du mont Royal et autres parcs-nature. Les rues de la métropole en plein été en sont de bons exemples.<br />
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La biodiversité montréalaise n’est pas que l’affaire du mont Royal et autres parcs-nature. Les rues de la métropole en plein été en sont de bons exemples.
    Montréal n'est pas dénué de biodiversité parce que, contrairement à certaines villes de banlieue, on y protège une bonne partie du territoire. Et pour preuve, Luc Brouillet raconte ce qui se passe sur le site même de son université: de l'Université de Montréal comme un hommage à la biodivesité.

    La biodiversité se porte bien à Montréal, rapporte Luc Brouillet, professeur titulaire au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal. À preuve, le campus de l'UdeM connaît un véritable «bouillonnement de vie» avec notamment l'introduction de trois ruches sur le toit d'un pavillon, autour duquel des communautés végétales offrent une flore indigène diversifiée. En outre, des faucons pèlerins nichent sur la tour du pavillon principal, et on observe une population de salamandres dans l'érablière qui borde le boulevard Édouard-Montpetit.

    «Les salamandres sont très sensibles à la pollution, rappelle M. Brouillet. Lorsqu'on en trouve dans un environnement, c'est un signe de santé.» La population de salamandres cendrées illustre en fait ce qui se passe lorsqu'on laisse un habitat se développer naturellement.

    Des espaces verts

    Le biologiste souligne que l'Université de Montréal occupe 65 hectares sur les flancs du mont Royal et que les deux tiers en sont des espaces verts. De surcroît, dans sa nouvelle politique de développement du campus, l'université a décidé de ne pas développer d'autres espaces sur le mont Royal, pour plutôt aller du côté de la gare de triage d'Outremont. «Cela a par exemple permis que l'ancienne piste de ski laissée en friche, derrière le stade de football, soit recolonisée par toutes sortes d'espèces indigènes, indique M. Brouillet. Cela crée un habitat spécial pour les coléoptères et les papillons qu'on ne retrouve pas ailleurs sur la montagne.»

    M. Brouillet, qui travaille au Centre sur la biodiversité de l'Université de Montréal, logé au Jardin botanique, enseigne la classification des plantes. Il est en outre le conservateur de l'herbier Marie-Victorin. «Je suis responsable de voir à ce que la collection soit maintenue à long terme — donc sa conservation physique — et de voir aussi à son utilisation par les scientifiques et le public intéressé à contribuer aux connaissances scientifiques. L'herbier est un outil qui continue d'être enrichi, poursuit-il. La base de la collection est bien entendu celle qu'avait constituée Marie-Victorin et qu'il avait léguée à son décès, mais elle a plus que doublé depuis ce temps.»

    Une ville riche de ses lieux naturels

    Montréal n'est pas dénué de biodiversité, poursuit le biologiste, parce que, contrairement à certaines villes de banlieue, on y protège une bonne partie du territoire. «Dans une ville, fait-il remarquer, il reste toujours des recoins qui ne sont pas développés et qui vont donc demeurer à l'état naturel. Toutefois, ce qu'il y a de particulier à Montréal, c'est qu'il y a eu un réel effort pour développer une série de parcs naturels en milieu urbain — comme le boisé de Saraguay — et qui ont été protégés spécifiquement pour maintenir la biodiversité originale. On retrouve même des ratons laveurs et des moufettes dans ces parcs-nature.»

    Un autre exemple spectaculaire de la biodiversité montréalaise: les «mannes» qui envahissent les rives du Saint-Laurent au printemps. «L'éclosion de ce que les gens appelles des "mannes" — des éphémères — ne fait aucun dommage à quiconque, si ce n'est que d'être parfois un peu embêtante, lance en riant le biologiste. C'est l'une des caractéristiques importantes du fleuve, puisque les éphémères nourrissent les poissons. Ça fait partie de la biodiversité montréalaise.»

    Parfois même, les plantes et les animaux survivent dans des endroits inusités. «Je me promène souvent le long du canal de Lachine, raconte M. Brouillet, et j'observe énormément d'espèces dans toutes sortes d'anfractuosités — il y a une étonnante diversité! En certains endroits, les arbres poussent spontanément, dont des peupliers. Beaucoup d'endroits n'auraient pas d'ombre si ce n'était de la pousse spontanée des arbres à Montréal. La biodiversité occupe donc toujours sa place.»

    Autre phénomène remarquable: les araignées qui vivent sur le pourtour des gratte-ciels au centre-ville. Il est en effet étonnant de voir la quantité de celles qui prolifèrent aux dixième ou vingtième étages. «Les araignées étant des prédateurs, rappelle Luc Brouillet, c'est dire que, s'il y en a en hauteur, c'est qu'il y a aussi des insectes!»

    Il souligne ainsi que, pour les insectes et les oiseaux, nos édifices sont tout bonnement des falaises habitables. «Pour le faucon pèlerin installé sur la tour de l'université, c'est une falaise!, commente-t-il. On peut tout aussi bien mettre une ruche sur le toit d'un édifice de dix étages et les abeilles trouveront des fleurs partout dans la ville. Pour tout animal, ce qui importe, c'est qu'il y ait de la vie alentour pour s'alimenter.»

    Aider la biodiversité... sans même le savoir

    «Je vous dirais qu'une ville n'est pas nécessairement le meilleur endroit pour la biodiversité, poursuit Luc Brouillet. Toutefois, le simple fait de cultiver de petits potagers favorise la biodiversité. En effet, aux côtés des plantes que nous introduisons s'installent un cortège de plantes indigènes, des insectes (notamment les pollinisateurs), des papillons et des oiseaux, etc.»

    Si on considère le Plateau Mont-Royal sous l'angle de la biodiversité, enchaîne-t-il, on observe de belles rangées d'arbres le long des rues, alors que les résidants font souvent de beaux efforts pour planter des fleurs, des arbustes et d'autres plantes. «Voilà qui remplit un rôle important en créant des interactions positives, résume M. Brouillet. Il y a des rues à Montréal où il est vraiment agréable de se promener parce qu'on a le plaisir d'avoir des fleurs tout le temps!»

    Autre exemple: la rue Amherst, une rue qui était plutôt moche entre la rue Sherbrooke et le boulevard René-Lévesque, mais que l'administration municipale a améliorée en installant simplement des bacs avec des arbres. «C'est assez extraordinaire, estime Luc Brouillet, la rue n'est déjà plus stérile.»

    «Il y a aussi plein d'herbes le long des rues, la moindre fissure en recèle. Je suis toujours émerveillé de voir ce qui pousse dans le ciment, de dire ce spécialiste de la classification des plantes. Dans une ville, si on ne bétonne pas tout, si on donne un peu d'espace, la vie reprend vite ses droits!»

    ***

    Collaborateur du Devoir
    La biodiversité montréalaise n’est pas que l’affaire du mont Royal et autres parcs-nature. Les rues de la métropole en plein été en sont de bons exemples.<br />
Alan DeSousa<br />












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