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    Crise économique de 2008 - Comment éviter la prochaine crise financière?

    19 novembre 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    La crise économique de 2008 a entraîné une importante chute des cours au New York Stock Exchange et à d’autres Bourses du monde entier.<br />
    Photo: Agence Reuters Shannon Stapleton La crise économique de 2008 a entraîné une importante chute des cours au New York Stock Exchange et à d’autres Bourses du monde entier.
    «Nous devons désormais nous orienter vers une économie de décroissance»Avec Learning From the Global Financial Crisis: Creatively, Reliably, and Sustainably, coédité en collaboration avec Matt Statler et à paraître bientôt aux Presses de l'Université Stanford, Paul Shrivastava, de l'Université Concordia, tire une leçon de la dernière crise financière qui nous a tous touchés. Pourtant, des «signaux d'alarme» permettaient de la prévoir.

    À l'été 2008, alors que personne ne s'y attendait, s'amorce la seconde crise économique en importance en un siècle. En fait, corrige Paul Shrivastava, spécialiste en gestion de crises, «l'une des leçons qu'on peut retirer de cette crise financière, c'est que jamais une crise ne survient sans qu'apparaissent des signes avant-coureurs». Ce qui expliquerait qu'une crise semble toujours prendre le monde par surprise, poursuit-il, c'est qu'on a tendance à faire fi de ces signaux, notamment par refus de voir la réalité des faits. «Cependant, dit-il, si on apprenait à repérer les signaux d'alarme et, surtout, à réagir à ceux-ci, on pourrait éviter la prochaine crise.»

    Voilà d'ailleurs l'objet de l'ouvrage Learning From the Global Financial Crisis: Creatively, Reliably, and Sustainably, qu'il coédite en collaboration avec Matt Statler, aux Presses de l'Université Stanford.

    L'idée de produire un livre sur les leçons qu'on pourrait tirer de la crise financière mondiale vient de ce que Paul Shrivastava se consacre à l'étude des différents types de crises. «Lorsque nous avons vu surgir la crise de 2008, nous avons compris deux choses, dit-il. D'abord, que cette crise ressemble beaucoup aux autres crises que nous étudions et, ensuite, qu'il y a à tirer de cette crise des leçons auxquelles ne portent pas attention les experts de la finance et de l'économie.»

    «Nous avons donc rassemblé un groupe d'experts provenant de champs autres que la finance et l'économie et nous leur avons demandé, en fonction de leur domaine, de dire quelles leçons éclairantes on pourrait tirer de la crise.»

    Science et art


    Né à Bhopal, en Inde, en 1951, Paul Shrivastava dirige le Centre David-O'Brien sur les entreprises viables à l'École d'administration John-Molson de l'Université Concordia. Il est incidemment l'auteur du livre Bhopal, Anatomy of a Crisis publié en 1987.

    Il poursuit une démarche pour le moins originale, alliant science et art, afin d'observer les relations étroites qui lient l'homme, la nature et la technologie. «Mes travaux de recherche se font suivant deux approches, explique-t-il, des recherches scientifiques et des recherches esthétiques, car je crois que l'approche scientifique ne peut à elle seule relever les défis auxquels on fait face. Dans le cadre de mes travaux, je recours à différentes formes d'art — musique, peinture, sculpture, danse, poésie, etc. — afin d'explorer les liens qui unissent les hommes et la nature.»

    Dans le cadre de leur ouvrage From the Global Financial Crisis, les deux universitaires ont donc demandé à divers spécialistes de «jeter un éclairage particulier» sur ce que pourrait être un système économique viable, sensé et plus apte à faire face à de nouvelles crises. L'ouvrage présente divers outils diagnostiques, en plus d'analyser certaines suppositions sur lesquelles se fondent souvent les gestionnaires et qui sont erronées. «Nous dressons le véritable portrait de ce qui se passe sur les marchés, ce qui devrait nous aider à voir venir la crise, au lieu de la subir», résume Paul Shrivastava.

    Une planète viable, même avec neuf milliards


    L'une des grandes leçons qu'illustre la crise économique actuelle — traitée dans plusieurs chapitres de l'ouvrage — est le fait qu'une croissance économique soutenue, telle qu'on la pratique depuis un siècle, n'est plus soutenable. «Nous devons désormais nous orienter vers une économie de décroissance, soutient M. Shrivastava. Nous devons accepter l'idée que nous sommes sur le point d'atteindre les limites écologiques et d'équité sociale de la planète, c'est-à-dire que les gens ne tolèrent plus de vivre dans un monde où 2 % de la population du globe (nous) consomme 20 % des ressources mondiales et où de 800 à 900 millions de personnes n'ont pas de quoi manger. Nous devons nous habituer à vivre dans un monde en décroissance, autant en tant que système économique que comme objectif à poursuivre.»

    «Nous devons trouver le moyen de "décroître" sans toutefois affecter notre qualité de vie», poursuit-il. Et c'est là que sa démarche inédite prend tout son sens. Paul Shrivastava considère en effet que, pour y parvenir, nous avons besoin de croître spirituellement, émotionnellement et en relations avec les autres. «Nous devons changer notre conception du travail, dit-il, afin de développer un esprit communautaire. Nous nous devons d'apprendre à nous satisfaire sans avoir constamment besoin de consommer des biens matériels. C'est là la seule façon de parvenir à vivre sur une planète habitée par neuf milliards d'individus.»

    Selon M. Shrivastava, les choses commencent à changer, notamment dans le monde économique. «Je vois les entreprises à l'avant-garde de leur domaine adopter des pratiques responsables envers l'environnement, l'économie et la société, dit-il. Quant à celles qui continuent de nier ces réalités, elles finiront par disparaître. Mais, bien sûr, les choses ne bougent pas aussi rapidement qu'on l'aimerait...»

    Néanmoins, le chercheur-penseur est raisonnablement optimiste. «Ce serait difficile d'être tout à fait optimiste, puisque les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont dantesques, dit-il. Par contre, être pessimiste ne mène à rien. J'essaie donc d'adopter un optimisme raisonnable et équilibré.»

    Ce qui importe avant tout, poursuit-il, c'est que chacun de nous fasse ce qu'il peut pour améliorer le monde dans lequel nous vivons. «Souvent, les gens se sentent désemparés et se disent: "Les problèmes sont si grands et moi je suis si petit que je ne puis rien faire pour changer quoi que ce soit." Or je pense qu'au contraire on se doit de faire preuve de courage et de s'engager à améliorer son entourage — la vie autour de soi, dans sa collectivité et au travail. Faites simplement ce que vous pouvez pour améliorer les choses, au lieu de tout abandonner et de laisser les choses suivre leur cours.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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