samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 00h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Analyse sur la zone euro - Les marchés sont-ils responsables de la chute des gouvernements?

Paris — La crise de la dette en zone euro a donné un rôle prépondérant aux marchés accusés d'avoir eu la peau de plusieurs gouvernements, une pression jugée à la fois dangereuse pour la démocratie et légitime compte tenu de l'incurie de certains dirigeants.

Après le premier ministre grec Georges Papandréou, le chef de l'exécutif italien Silvio Berlusconi vient d'annoncer son départ, pris à la gorge par une situation financière incontrôlée et un déficit de confiance des marchés.

Mise sous tutelle, diktat, déni de démocratie, les marchés sont le coupable désigné pour certains, au point d'être accusés de faire et défaire les gouvernements en lieu et place des électeurs. Cette remise en cause du jeu démocratique est notamment relevée par une partie de la presse italienne qui soulignait jeudi que la démission de Silvio Berlusconi est d'abord le fait des «bulldozers des marchés».

Plusieurs économistes relativisent toutefois l'impact des investisseurs sur les gouvernements. «Si on veut soustraire les États au pouvoir des marchés, il faut arrêter de s'endetter. Ce pouvoir, on leur a donné en s'endettant massivement», explique Gunther Capelle-Blancard, professeur d'économie à l'université Paris I.

Et les pays endettés sont nombreux à avoir vu leur gouvernement déstabilisé, comme le Portugal ou l'Irlande. Même la France, notée triple A, voit le thème de la dette occuper une grande place dans le débat politique.

«Ce n'est pas que les marchés prennent de l'influence, c'est qu'on ne leur répond pas», juge Philippe Dessertine, professeur d'économie à l'Institut de Haute Finance.

Indicateurs

La meilleure preuve que les marchés ne jouent pas toujours contre les pays, est à chercher du côté des États-Unis, de l'Allemagne ou du Royaume-Uni,

qui se financent tous à bon compte, certes pour des raisons différentes. «On peut même dire que le marché leur redonne du pouvoir. En leur demandant des taux aussi bas pour prêter à ces pays, il leur donne une marge de manoeuvre importante», explique Philippe Brossard, économiste chez Macrorama.

Les marchés créanciers ne feraient donc que cibler les pays à risque et mal gérés, pointant du doigt le problème bien réel et non résolu de la dette, de peur de ne pas être remboursés. Du coup, «les marchés sont suspendus aux annonces politiques», rappelle M. Capelle-Blancard, alors que la désignation de gouvernements de transition, de coalition ou technocratiques, semble un peu apaiser la situation en Grèce et en Italie, parce ce qu'ils sont considérés comme les seuls à même de mettre en oeuvre les mesures que les marchés jugent indispensables pour sortir de la crise. Pourtant, «il y a quand même un souci. On ne voit plus très bien quelle est la légitimité de ces nouveaux gouvernements. Ce sera leur problème d'ailleurs», vis-à-vis des peuples, explique René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

Certains pays sont d'autant plus malmenés qu'ils ne bénéficient pas du parapluie européen, ce qui met en lumière une autre carence soulevée par les marchés, celle de la construction inachevée de l'Europe. La chute des gouvernements devient alors «un symptôme assez inquiétant qui illustre un des problèmes principaux de la zone euro, d'être un montage un peu kafkaïen», prévient M. Defossez.

L'Europe, par le biais de réunions au sommet ou de la Banque centrale européenne (BCE), n'a pas convaincu les marchés qu'elle était prête à se donner les moyens de ses ambitions, via par exemple plus de fédéralisme, pour combler le déficit démocratique des pays.

Du fait de ce manque de réponses européennes et nationales, le risque pour certains est de mettre en danger le fonctionnement démocratique. «C'est la démocratie qui doit se ressaisir. Le déni de crise, c'est tragique pour la démocratie parce que ça va faire un décalage comme dans les années 1930 entre les gouvernements et la population qui va accuser les marchés», prévient M. Dessertine.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Darwin666 - Inscrit
    13 novembre 2011 00 h 23
    Quel article!
    «Si on veut soustraire les États au pouvoir des marchés, il faut arrêter de s'endetter»

    Après avoir mis les États dans le trouble, le secteur financier fait la morale aux États! Et sans gêne en plus! Quelle arrogance!

    «C'est la démocratie qui doit se ressaisir»

    Pourquoi ne pas l'abolir et donner tous les pouvoir directement à la finance! Ces gens surpayés à nos frais n'ont vraiment aucune pudeur...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean-Pierre Martel - Abonné
    13 novembre 2011 08 h 34
    Pure incohérance
    Extrait : «Si on veut soustraire les États au pouvoir des marchés, il faut arrêter de s'endetter. Ce pouvoir, on leur a donné en s'endettant massivement»

    Il faudrait savoir ce qu'on veut. On ne peut pas demander aux Etats d'investir des centaines de milliards afin de sauver le système financier, de sauver de la faillite des géants industriels comme GM, stimuler l'économie et, dès que cela est fait, reprocher aux États de s'endetter.

    Une partie non-négligeable de la dette actuelle des gouvernements occidentaux provient des plans de relance économique réclamés à grands cris par les investisseurs qui craignaient un autre crash boursier comme celui de 1929.

    Conclusion : Oui au filet de sécurité étatique pour les investisseurs : non au filet de sécurité étatique pour le peuple. Réduisons les impôts aux riches et coupons dans les mesures sociales.

    Un tel discours a fait son temps. Nous sommes entrés dans l'âge des révoltes. Les économies occidentales sont en déclin (déficit commerciaux colossaux), les gouvernements sont forcés d'adopter des mesures d'austérité qui appauvrissent leur propre population, alors que les spéculateurs s'en donnent à coeur joie en sapant l'économie mondiale.

    (Comme complément de lecture : http://jpmartel.wordpress.com/2011/08/20/s’e )
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012