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    Industrie minière - «Il faudra ajouter un volet de transformation du minerai»

    On ne peut concevoir une industrie n'ayant aucun impact écologique

    5 novembre 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Le territoire du Nord du Québec a un immense potentiel minier.<br />
    Photo: Source: IOC Le territoire du Nord du Québec a un immense potentiel minier.
    Le dossier du Devoir sur le Plan Nord
    «Ce qui s'en vient avec le Plan Nord et le développement minier du Nord, c'est un développement économique extrêmement important pour l'ensemble des entreprises québécoises, estime Réal Daigneault, professeur de géologie à l'Université du Québec à Chicoutimi. Nous savons que le territoire du Nord du Québec a un immense potentiel minier, ne serait-ce qu'à cause de sa superficie. Il y a un besoin énorme de métaux dans le monde et nous, nous avons des ressources considérables dans le Nord.»

    Ainsi, MDN, l'une des entreprises d'exploration minière citées en exemple dans le Plan Nord, a mis au jour un gisement de niobium et de tantale à cent kilomètres au nord-ouest du Lac-Saint-Jean.

    Il s'agit, note Serge Bureau, président de MDN (anciennement Mines du Nord), de deux métaux stratégiques. «Le niobium sert entre autres comme additif pour renforcer l'acier, dit-il. Pour le même poids, l'acier est beaucoup plus fort si on y ajoute du niobium. C'est important pour l'industrie automotrice — auto, avion, etc. — qui cherche sans cesse à réduire le poids de ses véhicules. Quant au tantale, c'est l'un des principaux conducteurs électriques à l'intérieur des téléphones cellulaires, des ordinateurs et des consoles de jeu vidéo. C'est aussi la poudre blanche que l'on retrouve à l'intérieur des coussins gonflables des autos.»

    Aux dires de M. Bureau, son projet s'inscrit tout à fait dans les objectifs du Plan Nord, qui visent à favoriser le développement des ressources naturelles du Québec. «Je ne vous cacherai pas, dit-il, que l'un des avantages du Plan Nord, c'est de prévoir des investissements de la part du gouvernement pour la construction des infrastructures», telles que des routes, des réseaux électriques et même, éventuellement, des voies ferrées.

    «Toutefois, poursuit Réal Daigneault, il s'agit maintenant de trouver l'équilibre afin que ce développement se fasse en respectant l'environnement, avec la composante d'acceptabilité sociale, qui va maintenant de pair avec tout développement.»

    Réal Daigneault, qui dirige à la fois le CONSOREM — un partenariat de recherche appliquée rassemblant les entreprises d'exploration minière, des universités et des agences gouvernementales — ainsi que le Centre d'études sur les ressources minérales, avoue sans peine que, par le passé, l'industrie minière «avait des pratiques peu recommandables».

    «Toutefois, n'oublions pas que ces comportements reflétaient la mentalité de l'époque, rappelle-t-il, la planète était alors perçue par tout le monde comme étant vaste et on pouvait jeter tous ses déchets sans égard! C'était la philosophie du temps et l'industrie minière ne faisait pas exception.»

    «Par contre, poursuit-il, je constate qu'elle a maintenant adopté des pratiques qui ne sont pas du tout celles du passé. Les entrepreneurs — et je puis en parler puisque je les côtoie régulièrement — ont énormément évolué. Ils sont maintenant non seulement conscients de la nécessité de préserver l'environnement, mais ils veulent réellement minimiser les impacts de leurs activités.»

    Bien entendu, on ne peut concevoir une industrie minière n'ayant aucun impact écologique. «Ce serait comme d'imaginer construire une autoroute entre le Saguenay et Québec qui n'aurait aucun impact écologique», lance M. Daigneault. Or, souligne-t-il, l'élargissement de l'autoroute qui traverse le Parc des Laurentides a nécessité qu'on déplace un volume de roches qui représente des centaines de mines. «Évidemment, personne n'a remis cela en question, puisque tout le monde y a vu son bénéfice...»

    Serge Bureau donne l'exem-ple de son projet. «Notre mine sera en surface, dit-il. Sur le site lui-même, nous allons devoir déboiser, construire une usine de concentration pour le métal, ainsi qu'accumuler les résidus miniers — tout cela en respectant les lois écologiques du Québec.» Il précise que la fosse minière, à ciel ouvert, s'étendra sur deux kilomètres par 500 mètres de largeur, autour de laquelle se trouveront l'usine de concentration et le parc à rejets. «Le parc à rejets sera, à la fin de l'exploitation de la mine, une montagne de sable que l'on aura réhabilitée progressivement. On n'attendra pas la fin de la mine pour commencer à réhabiliter les secteurs dont on n'aura plus besoin. Ils seront reboisés au fur et à mesure...»

    L'oubliée: l'industrie de la transformation?

    En contre partie, enchaîne-t-il, la mine créera 150 emplois durant vingt ans d'exploitation, et ses revenus totaux, évalués à un milliard, généreront des taxes et impôts. «Ces vingt années d'exploitation seront suffisamment longues pour permettre le développement d'une industrie de soutien à la mine, ajoute-t-il. C'est pourquoi les gens de Dolbeau, de Mistassini, de Gérardville voient ce projet comme une belle diversification de leur économie et un ajout à la mine Niobeq qui existe déjà. Si tout va bien, nous prévoyons entrer en production dès 2015.»

    De son côté, Réal Daigneault considère qu'étant donné que le développement minier du Nord s'échelonnera sur des décennies, «il s'agit pour nous de bien asseoir notre économie basée sur l'exploitation des ressources minières, dit-il. Je pense que, pour aller plus loin, il faudra ajouter un volet transformation du minerai — et je ne suis pas le premier à le dire.»

    En particulier, le minerai de fer se prête très bien à la transformation, dit-il. «Le fer est probablement le minerai le plus abondant — et de loin! — dans le Nord. Et c'est vraiment la substance la plus importante en matière d'investissements, indique le professeur de géologie. Il m'apparaît donc essentiel qu'un plan de développement du Nord doive inclure un volet de transformation, ce qui ajoutera une dimension au développement économique. Il me semble aussi qu'on obtiendrait de la sorte une meilleure acceptabilité sociale du processus d'extraction en y ajoutant une composante de transformation. Et je trouve, comme bien d'autres, qu'on n'en parle pas suffisamment.»

    ***

    Collaborateur au Devoir












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