La division de l'Europe - L'heure allemande
À la faveur du plan d'aide à la Grèce confectionné par les 17 nations qui partagent l'euro, celles-ci ont posé un geste à la portée immense: la division de l'Union européenne (UE) en deux blocs. Entre ceux qui ont adopté la monnaie unique et ceux, ils sont 10, qui n'en veulent pas ou qui ne sont pas encore membres de ce club monétaire. Dans la foulée de cette convulsion, la vieille Europe a un leader et un seul: l'Allemagne.
Au terme d'une bonne douzaine de sommets, de mille et une discussions avec ses partenaires de l'UE et de l'euro, la chancelière allemande, Angela Merkel, s'avère la grande victorieuse des rapports de force que la crise a suscités et aiguisés à l'extrême. Son triomphe, car il s'agit bel et bien d'un triomphe, a ceci de riche en enseignements qu'il a mis en relief une incroyable singularité: sa culture politique présente un contraste énorme avec celui de tous ses prédécesseurs. Parce qu'ils avaient connu la guerre, ces derniers avaient multiplié les actes de foi pro-européens et atlantistes. Parce qu'elle est née après la guerre et qui plus est en Allemagne de l'Est, Merkel n'a jamais cultivé les prévenances qu'avaient un Helmut Kohl ou un Helmut Schmidt pour ses voisins immédiats ou lointains. Par contre, elle a toujours collé à un principe commandant ses politiques, guidant ses gestes, à savoir protéger les intérêts du peuple allemand sans accorder considérations aux tempéraments des autres. D'où cette phrase lâchée au cours de récentes discussions: «Ceux qui payent imposent les règles.» Dieu sait si elle en a imposé.
Qu'on y songe: le Fonds européen de stabilité financière (FESF) s'adresse seulement aux 17 de la zone euro. Son président est un Allemand qui aura également la tâche d'élaborer un plan d'harmonisation fiscale. Et d'une. Et de deux, une gouvernance économique de la zone euro va être développée afin d'introduire la coordination budgétaire et autres dans les moeurs de la zone. Les mécanismes qui seront inhérents à ces nouvelles réalités vont être composés de manière à permettre aux 17 nations d'agir sans attendre la permission de Bruxelles, sans demander l'aval des 10 autres, dont le... Royaume-Uni! Tous ces chambardements supposent des modifications aux traités? Aucun problème. Le ministre allemand des Affaires étrangères l'a confié, Berlin va s'en occuper. Et Paris? Sarkozy, de dire en substance les mandarins allemands, est tellement obsédé par la préservation de la cote AAA qu'il a besoin de nous. Bref, le président français risque fort d'être renvoyé au rôle de figurant.
Au Royaume-Uni, on ne décolère pas, ainsi qu'en témoigne l'inflation d'articles consacrés à cette UE divisée en deux. Au sein du Parti conservateur, un groupe dit des 80, tous des députés eurosceptiques, vient d'être créé. Son slogan? «La nation d'abord». Son objectif? Obliger leur grand chef, le premier ministre David Cameron, à se lancer dans le rapatriement des pouvoirs accordés à Bruxelles au fil des années. Il devrait s'y atteler d'autant plus rapidement qu'il a bien compris que l'élargissement des pouvoirs alloués aux patrons de la structure inhérente à la zone euro va se traduire par un renforcement, à terme, de la zone en question et au détriment de ceux qui n'en sont pas. Signe de l'humeur morose qui plane sur Londres et ses environs, un sondage récent révèle que la majorité des Britanniques veulent que Cameron organise un référendum pour mieux glisser un vote pour le retrait pur et simple de l'UE. Bon. Personne ne peut nier le retour de l'hydre nationaliste sur le continent qui en a le plus souffert.
Au terme d'une bonne douzaine de sommets, de mille et une discussions avec ses partenaires de l'UE et de l'euro, la chancelière allemande, Angela Merkel, s'avère la grande victorieuse des rapports de force que la crise a suscités et aiguisés à l'extrême. Son triomphe, car il s'agit bel et bien d'un triomphe, a ceci de riche en enseignements qu'il a mis en relief une incroyable singularité: sa culture politique présente un contraste énorme avec celui de tous ses prédécesseurs. Parce qu'ils avaient connu la guerre, ces derniers avaient multiplié les actes de foi pro-européens et atlantistes. Parce qu'elle est née après la guerre et qui plus est en Allemagne de l'Est, Merkel n'a jamais cultivé les prévenances qu'avaient un Helmut Kohl ou un Helmut Schmidt pour ses voisins immédiats ou lointains. Par contre, elle a toujours collé à un principe commandant ses politiques, guidant ses gestes, à savoir protéger les intérêts du peuple allemand sans accorder considérations aux tempéraments des autres. D'où cette phrase lâchée au cours de récentes discussions: «Ceux qui payent imposent les règles.» Dieu sait si elle en a imposé.
Qu'on y songe: le Fonds européen de stabilité financière (FESF) s'adresse seulement aux 17 de la zone euro. Son président est un Allemand qui aura également la tâche d'élaborer un plan d'harmonisation fiscale. Et d'une. Et de deux, une gouvernance économique de la zone euro va être développée afin d'introduire la coordination budgétaire et autres dans les moeurs de la zone. Les mécanismes qui seront inhérents à ces nouvelles réalités vont être composés de manière à permettre aux 17 nations d'agir sans attendre la permission de Bruxelles, sans demander l'aval des 10 autres, dont le... Royaume-Uni! Tous ces chambardements supposent des modifications aux traités? Aucun problème. Le ministre allemand des Affaires étrangères l'a confié, Berlin va s'en occuper. Et Paris? Sarkozy, de dire en substance les mandarins allemands, est tellement obsédé par la préservation de la cote AAA qu'il a besoin de nous. Bref, le président français risque fort d'être renvoyé au rôle de figurant.
Au Royaume-Uni, on ne décolère pas, ainsi qu'en témoigne l'inflation d'articles consacrés à cette UE divisée en deux. Au sein du Parti conservateur, un groupe dit des 80, tous des députés eurosceptiques, vient d'être créé. Son slogan? «La nation d'abord». Son objectif? Obliger leur grand chef, le premier ministre David Cameron, à se lancer dans le rapatriement des pouvoirs accordés à Bruxelles au fil des années. Il devrait s'y atteler d'autant plus rapidement qu'il a bien compris que l'élargissement des pouvoirs alloués aux patrons de la structure inhérente à la zone euro va se traduire par un renforcement, à terme, de la zone en question et au détriment de ceux qui n'en sont pas. Signe de l'humeur morose qui plane sur Londres et ses environs, un sondage récent révèle que la majorité des Britanniques veulent que Cameron organise un référendum pour mieux glisser un vote pour le retrait pur et simple de l'UE. Bon. Personne ne peut nier le retour de l'hydre nationaliste sur le continent qui en a le plus souffert.
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