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    La responsabilité sociale est payante!

    «Une entreprise qui ajoute la protection de l'environnement à ses activités sera nécessairement plus rentable à long terme»

    1 octobre 2011 |Claude Lafleur | Actualités économiques
    Photo: Newscom
    Tout investisseur doit désormais tenir compte des risques extrafinanciers auxquels s'exposent les entreprises dans lesquelles il songe à investir. Citons simplement le cas de la société BP, aux actionnaires de laquelle la destruction d'une plate-forme pétrolière dans le golfe du Mexique a coûté des milliards de dollars, ou encore le fiasco des gaz de schiste, comme exemples de sous-évaluation des risques sociaux qui guettent certains projets.

    «On se doit d'intégrer les risques écologiques, sociaux et de gouvernance dans l'analyse qu'on fait des entreprises dans lesquelles on investit», note Olivier Gamache, président directeur-général du Groupe Investissement Responsable Inc.

    «L'investissement responsable, poursuit-il, c'est un changement de paradigme, une prise de responsabilité de la part des actionnaires et des investisseurs qui sont, après tout, les propriétaires ultimes des entreprises.»

    «Les grands enjeux de l'investissement responsable sont mondiaux, enchaîne Colette Harvey, membre du conseil d'administration de l'Association pour l'investissement responsable (AIR). Il s'agit d'enjeux liés à la protection de l'environnement, à la répartition de la richesse, à l'eau qu'on utilise... Il y a aussi des enjeux sociaux, comme le respect des droits humains, ici comme ailleurs, etc. C'est ainsi que, par le biais de l'investissement socialement responsable, ces enjeux sont désormais intégrés dans la sphère financière.»

    Colette Harvey est en outre conseillère principale en finance socialement responsable à la Caisse d'économie solidaire Desjardins. «Je travaille donc au quotidien dans ce domaine», dit-elle avec fierté.

    Dix fois plus d'actifs

    L'AIR a été fondée en 1989, à l'époque où on commençait à se préoccuper de l'investissement socialement responsable au Canada, rapporte Mme Harvey. L'association compte actuellement 400 membres, principalement des firmes de gestion de placements qui offrent des produits et services en investissement socialement responsable, de même que des fondations, des caisses de retraite, des organisations à but non lucratif ainsi que des conseillers et des planificateurs financiers, etc. Chaque année, l'association organise un congrès dans une ville canadienne, et le prochain aura lieu à Montréal en juin 2012.

    L'AIR étudie et quantifie la progression de cette façon d'investir. «La première enquête que nous avons menée remonte à 2002, rapporte Colette Harvey. À l'époque, on a estimé qu'il y avait pour 50 milliards d'actifs au Canada gérés selon différents critères d'investissement socialement responsable, alors que notre enquête 2010 les chiffre à 531 milliards. On peut aussi dire que la proportion de ce type d'investissement représentait en 2002 3 % du total des actifs canadiens, alors qu'elle atteint maintenant 19 %.»

    La troisième marche

    Il y a différentes formes d'investissement socialement responsable, dont l'investissement éthique. Il s'agit d'exclure certains secteurs d'activité pour des raisons morales. «Les exclusions les plus courantes, relate Mme Harvey, sont le tabac, l'armement et souvent le nucléaire. Certains excluent aussi l'alcool et les jeux de hasard. Nous appelons cette façon de faire du tamisage négatif ou de la sélection négative.»

    Il y a également la sélection positive qui vise à choisir les entreprises ayant le meilleur bilan social et écologique, peu importe leur secteur d'activité. «Cela peut se faire selon une centaine de critères — et même jusqu'à deux cents», précise Mme Harvey.

    C'est précisément ce que fait depuis dix ans le Groupe Investissement Responsable, d'Olivier Gamache. «Nous accompagnons les investisseurs et les gestionnaires de portefeuille dans l'intégration des enjeux écologiques, sociaux et de bonne gouvernance, dit-il. On a donc développé des modèles d'évaluation des entreprises basés sur différents critères afin d'aider les investisseurs et les gestionnaires à intégrer les risques extrafinanciers dans leurs analyses de risques traditionnels.»

    «Si on imagine qu'on monte des marches en matière d'investissement socialement responsable, poursuit Colette Harvey, je dirais que la sélection négative a été la première marche, la sélection positive, la deuxième, alors que la troisième marche est ce qu'on appelle l'engagement d'actionnaire.»

    Il s'agit cette fois, en tant qu'actionnaire d'une entreprise, d'utiliser son droit de vote pour apporter des propositions aux assemblées d'actionnaires sur des enjeux tels que la pollution, le consentement des populations ou la rémunération abusive des dirigeants.

    Pour Olivier Gamache, l'engagement d'actionnaire commence par un dialogue entre actionnaires et dirigeants d'entreprise. «C'est l'une des activités au coeur de notre entreprise, dit-il. Nous guidons les actionnaires à propos d'un ensemble d'enjeux en leur fournissant des recommandations. Évidemment, personne ne veut nuire à l'entreprise dans laquelle il investit mais, lorsque le dialogue devient tendu, les investisseurs peuvent toujours déposer des résolutions en assemblée générale...»

    Des entreprises nécessairement plus rentables


    La grande stratégie en matière d'investissements, poursuit Mme Harvey, consiste dorénavant à tenir compte de tous les risques auxquels s'exposent les entreprises. «Il s'agit maintenant de considérer les risques écologiques, sociaux et de gouvernance au même titre que les risques financiers», dit-elle.

    «Lorsque vous êtes actionnaire, résume-t-elle, vous voulez non seulement que l'entreprise prospère et fasse des profits, mais, en même temps, vous voulez qu'elle survive dans le milieu — sur la planète — dans lequel elle est implantée!»

    Quant à savoir s'il est plus rentable d'investir de façon socialement responsable, Colette Harvey avance ceci: «Disons qu'on considère généralement que, si une entreprise ajoute la protection de l'environnement à ses activités, elle sera nécessairement plus rentable à long terme.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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