Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    40 milliards de barils de pétrole à Anticosti

    Hydro-Québec a cédé ses permis d'exploration au privé en 2008

    Le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti pourrait dépasser les 40 milliards de barils de pétrole, selon ce qui ressort des plus récentes évaluations indépendantes réalisées pour deux entreprises privées qui contrôlent la majorité des permis d’exploration sur l’île. Une ressource dont l’ampleur, si elle est confirmée, pourrait valoir des centaines de milliards de dollars.

    L’entreprise Junex a ainsi fait savoir hier que le sous-sol de ses cinq permis pourrait contenir pas moins de 12,2 milliards de barils, selon la «meilleure estimation» inscrite dans un rapport produit par Netherland, Sewell and Associates Inc. (NSAI), une firme d’ingénierie basée au Texas. Ces données encourageantes, quoique très préliminaires, s’ajoutent à celles publiées en juin dernier par Pétrolia. Cette entreprise — qui a mis la main en 2008 sur des permis détenus par Hydro-Québec — estime que le potentiel pétrolier situé sur ses permis pourrait dépasser les 30 milliards de barils. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà affirmé au Devoir le président de Pétrolia, André Proulx, le sous-sol d’Anticosti pourrait bien contenir «le potentiel pétrolier terrestre le plus élevé au Québec».

    Au total, la meilleure estimation disponible fait donc état d’un potentiel de plus de 40 milliards de barils. Les investissements nécessaires pour en connaître plus sur le sous-sol d’Anticosti se chiffreront toutefois en dizaines de millions de dollars. Mais la ressource contrôlée entièrement par le secteur privé pourrait valoir des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars.

    Dans ce contexte, le président et chef de la direction de Junex, Jean-Yves Lavoie, a réitéré hier que l’entreprise priorisera l’île d’Anticosti au cours des années à venir. «Nous sommes très encouragés par l’évaluation de NSAI qui établit à 12,2 milliards de barils le pétrole original en place sur nos permis d’Anticosti, illustrant ainsi le fort potentiel de nos projets», a-t-il ajouté par voie de communiqué. La pétrolière devrait donc mener davantage de travaux d’exploration en 2012. M. Lavoie a notamment évoqué la possibilité de procéder à des opérations de fracturation hydraulique sur un puits déjà foré. L’entreprise devrait également réaliser de nouveaux forages afin de préciser davantage le potentiel en or noir de la plus grande île de la province. Junex contrôle 94 403 hectares de permis sur Anticosti. Il lui en coûte 9440 $ par année — 10 ¢ l’hectare — pour conserver ses droits d’exploration, acquis en octobre 2007.

    Des décennies d’exploration

    Junex et Pétrolia ne se retrouvent pas en terrain totalement méconnu sur l’île d’Anticosti. Plusieurs travaux y ont été menés au fil des années, notamment par Shell, mais aussi par la Société québécoise d’initiatives pétrolières (SOQUIP). Cette société d’État fondée en 1969 avait pour mandat de rechercher des hydrocarbures dont l’État québécois pourrait tirer des revenus.

    Sans oublier les travaux menés par la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec. En février dernier, Le Devoir a révélé que la société d’État y a investi 9,8 millions de dollars en exploration pétrolière entre 2002 et 2007. Aucun montant n’a été investi par la suite. Mais au début de 2008, elle a cédé ses droits sur les 35 permis (6300 km2) qu’elle détenait à l’entreprise Pétrolia en échange d’une «redevance prioritaire» jamais rendue publique. Trois ans plus tard, le potentiel pétrolier de l’île semble très intéressant, au point d’attirer des millions de dollars en investissements.

    Chez Hydro-Québec, on a toutefois affirmé hier que les travaux menés entre 2002 et 2007 n’ont pas été concluants. «Les travaux d’exploration gazière et pétrolière traditionnels auxquels Hydro-Québec a participé il y a plusieurs années à l’île d’Anticosti n’indiquaient pas de potentiel commercialement exploitable. En 2005, l’entreprise a choisi de réorienter ses actions sur les énergies renouvelables en laissant le risque à des entreprises dont c’est la mission», a-t-on fait valoir par courriel.

    Fait à noter, avant de céder au secteur privé l’ensemble des permis d’exploration gazière et pétrolière qu’elle possédait, Hydro-Québec prévoyait investir plus de 330 millions de dollars entre 2002 et 2010 afin d’évaluer le potentiel en énergies fossiles du sous-sol québécois. Les libéraux ont toutefois mis fin aux activités de la division Pétrole et gaz de la société d’État.

    Plusieurs anciens employés d’Hydro-Québec et de la SOQUIP travaillent maintenant pour les entreprises privées qui contrôlent les permis d’exploration pétrolière sur Anticosti et en Gaspésie. L’ancien p.-d.g. d’Hydro-Québec, André Caillé, siège au conseil d’administration de Junex depuis juin 2008. Jean-Yves Lavoie, cofondateur de Junex, a travaillé à la SOQUIP de 1974 à 1980 à titre d’ingénieur pétrolier. Un autre membre du conseil d’administration, Jacques Aubert, a été membre de la haute direction puis président de la SOQUIP à la fin des années 1990. Le chef des opérations de Junex, Peter Dorrins, a occupé le poste de chef (exploration) de la division Pétrole et gaz d’Hydro-Québec de 2003 à 2006.

    Junex a inscrit trois lobbyistes au registre québécois le 16 septembre dernier. Quant à Pétrolia, elle a actuellement neuf lobbyistes qui sont inscrits. Un de ceux-ci a agi comme géophysicien pour Hydro-Québec Pétrole et gaz de septembre 2003 à février 2006. Un autre y a été chef géologue avant de se joindre à Pétrolia.

    ***
    Note: La version Web de ce texte a été modifiée après publication afin de rectifier certains faits.
    - Le Devoir














    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.