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Pour une «séparation» sans douleur

«Qu'est-ce que je vais faire après?»

Yvon Laprade   28 septembre 2011  Actualités économiques
Que l’on ait mis sur pied une chocolaterie ou tout autre entreprise, la délicate question de la retraite se pose inévitablement un jour à l’entrepreneur qui n’a pas toujours pris le temps de s’y préparer. Et il ne faut pas négliger l’aspect émotif de ce rendez-vous. Il est pourtant possible d’envisager une «séparation» sans douleur. Pour l’entreprise, comme pour celui qui la quitte.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Que l’on ait mis sur pied une chocolaterie ou tout autre entreprise, la délicate question de la retraite se pose inévitablement un jour à l’entrepreneur qui n’a pas toujours pris le temps de s’y préparer. Et il ne faut pas négliger l’aspect émotif de ce rendez-vous. Il est pourtant possible d’envisager une «séparation» sans douleur. Pour l’entreprise, comme pour celui qui la quitte.
Depuis le 7 septembre, Le Devoir présente tous les mercredis, pour une période de huit semaines, une page dédiée aux PME et à la réflexion sur la question de la relève au sein de ces entreprises. La prochaine décennie verra nombre de ces propriétaires d'entreprise atteindre l'âge de la retraite. Cette réalité pose le défi de la continuité pour ce qui a longtemps constitué le cœur de l'économie québécoise. Relève, succession, taux de survie de l'entreprise familiale, financement et transfert harmonieux deviennent autant d'enjeux critiques en cette période charnière, où le modèle même de l'entrepreneuriat doit faire face au test des générations.

C'est ce genre de questions que posent bon nombre d'entrepreneurs lorsqu'ils amorcent une démarche qui mènera à la vente de leur PME. L'angoisse de la retraite est bien présente chez ces dirigeants. Mathieu Gauvin, qui se spécialise dans les transactions et le financement d'entreprises depuis 25 ans, en est pleinement conscient.

Selon Mathieu Gauvin, associé chez RSM Richter Chamberland, plus les entrepreneurs attendent avant de préparer leur retraite — et la vente de leur entreprise —, plus la décision est difficile et plus la transition risque de se compliquer. «L'entrepreneur rendu dans la soixantaine est davantage porté à se demander ce qu'il va faire de ses temps libres quand il aura finalisé la vente de son entreprise», observe-t-il lors de ses consultations.

La peur de l'oisiveté expliquerait en partie pourquoi les chefs d'entreprise repoussent leur décision. «La question financière (le profit qui sera touché de la vente) demeure un élément important qui pèse dans la balance, mais l'aspect émotif prédomine très souvent. C'est difficile de vendre l'entreprise au sein de laquelle on a passé sa vie», dit Mathieu Gauvin.

Une fois le choc émotif absorbé, l'entrepreneur devra décider comment et à qui il vendra, et à quel prix. Conservera-t-il une participation financière? Cette option peut s'avérer un choix éclairé, dans la mesure où le propriétaire voudra conserver des liens financiers et de gestion. Or, les entrepreneurs ont du mal à se détacher totalement de leur entreprise, constate l'associé chez RSM Richter Chamberland. «Dans leur tête, ils sont propriétaires à 100 % de leur PME ou ils ne le sont pas du tout. C'est là que nous tentons de les amener à trouver des solutions de compromis. Il faut être imaginatifs», dit-il.

L'entreprise qu'il vendra sera aussi son unique coussin financier en vue de la retraite. Impossible, dans les circonstances, d'éviter la question touchant la fiscalité. La création d'une fiducie familiale sera alors considérée, entre autres options. «Le fractionnement des revenus, c'est une façon de voir les choses, mais il y a un risque à tout transférer dans une fiducie. Il faut pouvoir disposer d'assez d'argent pour maintenir un train de vie raisonnable. Il faut trouver un juste équilibre», tient à préciser l'associé chez RSM Richter Chamberland.

Ce «juste équilibre» est parfois difficile à trouver, compte tenu des besoins des entrepreneurs le jour où ils prennent leur retraite. Encore là, tout dépend des montants dont ils disposeront après avoir conclu le marché avec le ou les acheteurs.

Par exemple, un entrepreneur âgé de 60 ans qui récoltera 1 million lors de la vente de son entreprise, et qui espère toucher un revenu annuel brut de 120 000 $, aura épuisé son capital à 72 ans sur la base d'un taux de rendement de 4 % et d'une inflation de 2 %, comme l'explique dans un tableau éclairant Nathalie-Anne Croft dans son guide «Choisir son associé ou sa relève». Comme quoi toucher le million ne rend pas tous les entrepreneurs millionnaires.

De son côté, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) continue de faire pression pour que le seuil de cette exemption soit rehaussé et pour que les modalités de transfert, sur le plan fiscal, soient plus avantageuses lorsque ce sont des membres de la famille qui achètent l'entreprise. La Loi sur l'impôt permet une exemption de 750 000 $ sur le gain de capital.

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