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Euro: vers un échec retentissant

Guillaume Nolin - Étudiant en sciences économiques  15 septembre 2011  Actualités économiques
Tout l'indique: l'euro et la gouvernance économique européenne tels que nous les connaissons ne survivront pas plus de quelques semaines. La crise qui couve dans la région depuis près de deux ans ne cesse de s'exacerber malgré les tentatives répétées des chefs politiques de l'endiguer. Les dernières dépêches confirment que l'Allemagne se prépare à acculer la Grèce à la faillite et à l'exclusion de la zone euro.

Les nouvelles italiennes, espagnoles, portugaises et irlandaises ne sont guère meilleures et les marchés financiers commencent à douter de la stabilité des institutions financières du coeur de la zone euro, notamment en France. Les mouvements de capitaux s'intensifient, d'abord hors de la périphérie européenne et ensuite hors de la zone euro, vers les États-Unis, la Suisse et le Japon. Mais comment en sommes-nous arrivés là?

Le péché originel de la zone euro (et la source de tous les problèmes subséquents) aura été d'assumer que les économies disparates des nations d'Europe pourraient «converger», c'est-à-dire combler les grands écarts qui séparaient leurs taux d'inflation et de productivité. C'est plutôt l'inverse qui s'est produit: l'écart entre la périphérie (les «infâmes» PIIGS) et le coeur industriel de l'Europe (essentiellement l'Allemagne, les Pays-Bas et la Finlande) s'est creusé: les premiers accusant de profonds déficits commerciaux et une explosion des coûts de main-d'oeuvre et les seconds finançant indirectement ces déficits à même leurs propres surplus commerciaux tout en réprimant leurs coûts de main-d'oeuvre.

Mécanisme de redressement

La croissance exponentielle de l'endettement tant public que privé en périphérie de l'euro n'est que le corollaire de ce déséquilibre profond de productivité en zone euro. Il serait réducteur de voir en cette crise une condamnation de l'oisiveté méditerranéenne (le Grec moyen travaille plus d'heures que l'Allemand moyen) ou du manque de rigueur gouvernementale (l'Espagne a affiché plusieurs surplus budgétaires avant la crise, l'Irlande était un pays très peu endetté).

Ce qui complique la situation des pays de la zone euro, c'est qu'ils n'ont plus accès au meilleur mécanisme de redressement de la compétitivité, la dévaluation de leur monnaie. Ce même mécanisme avait permis au Canada d'alléger le fardeau de sa dette (en dollars canadiens) tout en redressant sa compétitivité dans les années 1990. C'est également la dévaluation de la livre sterling qui a permis au Royaume-Uni d'échapper à la crise européenne malgré ses déficits budgétaires colossaux. Complètement dépourvues de ce mécanisme et prises dans le même carcan monétaire que la superpuissance allemande, les économies de la périphérie ne peuvent se redresser qu'en réduisant leurs coûts de main-d'oeuvre. L'inconvénient majeur de ce qu'on appelle la «dévaluation interne», c'est qu'elle alourdirait encore davantage la dette déjà très lourde des ménages et des gouvernements. L'Europe s'est engagée dans une impasse.

Un plan qui a échoué

Il ne reste essentiellement que deux options plutôt indigestes à l'Europe: établir un équivalent européen au programme de péréquation canadienne ou se servir de la Banque centrale européenne (BCE) pour racheter la dette des pays en péril, en violation de sa charte. La première option impliquerait de multiplier le budget de l'Union européenne, et la seconde mènerait probablement à une inflation accrue. Rien n'assurerait toutefois que ces options permettraient enfin à la zone euro de régler le problème sous-jacent de la divergence des économies nationales. La semaine dernière, la démission de l'économiste allemand Jürgen Stark de la BCE a officialisé que le coeur de l'Europe n'avait pas l'intention de s'engager dans ces voies. Il ne reste maintenant plus qu'une seule solution: alléger le poids absolu des dettes, de manière ordonnée ou non.

Au début de cette crise, les dirigeants européens ont fait le pari qu'en s'achetant du temps, ils pourraient préparer le terrain d'un véritable fédéralisme européen (avec péréquation) ou du moins se préparer à la restructuration de la dette des pays de la périphérie. Il semble que le grand plan du fédéralisme européen a échoué. Grâce à des plans d'aide limités couplés à des plans d'austérité, les dirigeants européens ont gagné un peu de temps, mais au prix d'une hostilité politique de plus en plus grande des populations européennes. Ce temps aurait pu être investi à solidifier les assises du système financier européen, histoire de la capitonner suffisamment pour qu'il résiste à une crise.

Si on doit se fier aux marchés et aux exhortations récentes de Christine Lagarde quant à la capitalisation des banques, rien n'est moins sûr. La possibilité d'une crise semblable à la crise asiatique de 1997 ou à la crise argentine de 2001 est bien réelle. Cette fois toutefois, ce n'est pas une devise liée au dollar américain qui est en jeu, mais l'union monétaire elle-même. Si les dirigeants européens se montrent une fois de plus incapables d'être à la hauteur de leurs responsabilités, un échec retentissant de l'euro est à prévoir.

***

Guillaume Nolin - Étudiant en sciences économiques
 
 
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  • Georges Paquet - Abonné
    15 septembre 2011 07 h 24
    Avec un très gros si...
    Excellent analyse, qui énumère bien les étapes de cette crise, économique et financière, mais qui arrive à une conclusion politique. Les dirigeants européens seront-ils capablesd'être à la hauteur du défi qu'ils affrontent. Vaste question...

    À mon avis, ils y arriveront. Le plan d'austérité grec devra être plus rigoureux et surtout être appliqué. Tous/tous les Grecs devront payer leur part d'impôts et de redevances. (Si les dirigeants grecs avaient donnée les bons chiffres -sur l.état des finances publiques, dettes et recette fiscales- aux dirigeants européens avant que leur pays ne soit admis dans la zone euro, on n'en serait pas là.

    La solution existe. Le président de la Commission l'a évoquée. Créer des "eurobonds". des obligations européennes. Il faudra du temps. Mais il s'agira d'aller vers plus d'Europe, pas vers moins d'Europe. Une Europe fédérale, comme la tendance l'a toujours indiqué.

    Entre-temps, les dirigeants allemands, français et autres fourniront à la Grèce les liquidités qui devraient lui permettre de payer ses dettes en attendant que les recettes internes augmentent et que le plan d'urgence devienne permanent.
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  • François Dugal - Abonné
    15 septembre 2011 08 h 05
    Question impertinente
    Si l'euro est un échec,comment se fait-il que le solide dollar canadien se transige à 0,73 € ?
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  • Guillaume Nolin - Abonné
    15 septembre 2011 09 h 08
    @François Dugal
    On peut très bien imaginer un scénario où les pays de la périphérie européenne seraient exclus de la zone euro, laissant le coeur industriel à l'intérieur. L'euro serait alors probablement propulsé à des sommets, mais ça ne serait pas un signe de santé pour l'union monétaire.
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  • Loraine King - Inscrite
    15 septembre 2011 10 h 38
    @François Dugal
    S'il vous faut aujourd'hui 1,36 $ canadien pour acheter un euro, vous aurez besoin de 7,77 krones norvégiens pour acheter un euro. Mais cela ne veut pas dire que l'économie norvégienne et la structure politique de la Norvège soient en péril par rapport à la zone euro, au contraire.
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  • Alain Deloin - Inscrit
    15 septembre 2011 10 h 40
    Excellente analyse !
    Tiens maintenant on trouve le meilleur dans les contributions des lecteurs.Bravo.

    J'ajoute un petit effet amusant: l'Allemagne vertueuse a enregistré près de 1000 Mds d'euro d'excédents commerciaux dans la zone depuis sa création. Et les caisses de la Buba sont quasiment vides. Quelques dizaines de Mds de réserve. Où est donc passée la différence? Et bien les balances des paiements des différents pays de la zone sont toutes déficitaires et les déficits ne cessent de se creuser depuis 10 ans. Personne ne voit parce que la balance des paiements de la zone est équilibrée par les excédents allemands. Des Grecs, des Espagnols roulent en Mercedes avec de l’argent qui a été prêté par de grandes banques allemandes. Qui en échange ont dans leurs bilans des tonnes de « junk bonds » qui ne valent plus que la valeur du papier sur lequel ils ont été imprimés. D’où la crise grave de la dette actuelle… voilà un système vicieux à somme nulle, qui ne fait en aucun cas grossir le gâteau, Si l'on ajoute la force de l'euro (un gros Mark) et la perte de competitivite des PIGS F en dehors de la zone, hors Allemagne, la croissance est atone en période d’expansion mondiale.

    Un tel système n’est pas viable et ne peut que s’effondrer. Je suis moins optimiste que vous, l’euro sera encore là dans quelques semaines et même dans quelques mois. Comptez sur nos politiques pour s’obstiner pendant encore des mois à essayer de sauver le malade. Contrairement à M. Paquet je pense qu’il n’y a plus rien à faire pour sauver la zone.

    Quant à la «force» de l’euro par rapport au $ canadien c’est encore la seule solution que la BCE ait trouvée sous prétexte de lutte contre l’inflation: maintenir un taux directeur élevé pour rendre la zone attractive et éviter une fuite massive de capitaux qui porterait l’estocade. Et puis nos amis chinois qui soutiennent le cours pour éviter une perte de compétitivité de leurs productio
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  • Bernard Terreault - Abonné
    15 septembre 2011 13 h 49
    Evidences pas politiquement correctes
    L'auteur dit en mots savants ce que je savais depuis des mois. Non seulement des politiciens mais bien des chroniqueurs n'osent dire ces évidences pas politiquement correctes. Ou bien les riches d'Europe du Nord se décident à payer le prix du fédéralisme, et il EST élevé, ou bien ils mettent dehors les pauvres. Le prix du fédéralisme : je lisais hier que le revenu moyen des gens du Mississipi (l'état US le plus pauvre) n'était que la MOITIÉ de celui des gens du Delaware (le plus riche). Mais cela est compensé en partie par divers programmes d'aide fédéraux aux personnes (food stamps, Medicaid, etc.), et des dépenses fédérales d'infrastructures (bases militaires, etc.). Je ne connais pas les chiffres précis au Canada, mais je ne serais pas surpris que la ratio entre l'Ile-du-Price-Édouard et l'Alberta soit aussi catastrophique. De même pour Grèce et Portugal vs. Allemagne et Norvège. Lors de mes participations à certains comités fédéraux j'ai constaté la réelle empathie que les Canadians ont pour les provinces pauvres de l'Atlantique, et je soupçonne que, de même, les Américains des états riches considèrent ceux des états plus pauvres comme de vrais Américains eux aussi. Même si ces derniers ne contribuent pas autant à la richese du pays, ils font plus que leur part, entre autres, en s'enrôlant en grand nombre dans l'Armée. Je doute qu'existe une telle sympathie en Europe (passé les beaux discours à la Malraux sur "la Grèce, source de la culture européenne").
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  • Nelson - Inscrit
    15 septembre 2011 15 h 13
    Considérant les effets nefastes, le chemin approprié semble celui de la des-europisation...et la démondialisation.
    Parce que mettre ensembles des économies et réalités disparates, ça ne marche pas.

    La Grèce, Espagne, Irlande et Portugal ne sont pas compétitifs face à l'Allemagne, la France et l'Angleterre.

    Et nos salaires et fiscalité ne sont pas compétitives face à celles des pays émergentes.

    Pire, la Chine a une divise très sous-évalué.

    Ce qu'est bons pour certains capitalistes internationaux que jouent avec les coûts au niveau mondiale, et placent nos industries aux meilleur endroits pour eux, c'est n'est pas bons pour les peuples.

    En plus, ça nous fera perdre à nous, le G7, la suprématie économique et militaire mondiale...avec tous les conséquences à prévoir.
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  • Loraine King - Inscrite
    15 septembre 2011 16 h 20
    L'Espagne
    Selon l'auteur "l'Espagne a affiché plusieurs surplus budgétaires avant la crise".

    Mais qu'a fait l'Espagne de ces excédents ? Je m'y rends justement dans quelques jours et, ayant beaucoup lu sur le pays, je m'attends à voir non seulement le Prado et l'Alhambra mais une multitude de nouvelles infrastructures. Qu'on pense à Séville, son Expo, son nouvel aéroport ultra-moderne, sa nouvelle gare; à Madrid, on a creusé des tunnels pour la circulation routière un peu partout pour redonner l'élégance aux places publiques; un système de TGV de la plus haute qualité couvre presque tout le pays...

    Lorsque l'économie roule bien, c'est le temps de payer ses dettes, ce que plusieurs pays n'ont pas fait. Ceci n'est venu qu'envenimer la situation européenne car le problème est plus fondamental et relié, selon moi, à la structure politique de l'Union européenne.

    En passant, je me fais offrir toutes sortes de bons rabais en Angleterre si je paye en stirling plutôt qu'avec ma carte de crédit, et on prend bien soin de m'expliquer qu'en plus je n'aurai pas à payer la TVA de 20%. L'économie au noir se répand semble-t-il en Europe.
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  • Democrite101 - Inscrit
    17 septembre 2011 13 h 37
    6 mesures d'Héraclès pour vaincre le Cyclope


    Félicitations aux commentateurs. Vous avez bien identifié problèmes et solutions. Voici les miennes:

    1. Un fédéralisme centralisé, avec la discipline allemande...

    2. Mettre policièrement au pas l'incurie et malhonnêteté grecques.

    3. Dévaluer l'euro de 15%.

    4. Renégocier toutes les dettes souveraines à 40% de leur valeur d'émission.

    5. Appliquer à la lettre les ratios d'endettement souverain prévus aux traités (Maastricht et autres).

    6. Faire accepter ces mesures par la gauche en échange des gains futurs consacrés aux mesures sociales.

    Jacques Légaré, professeur (retraité) d'économique
    ----------------
    .
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  • Georges Paquet - Abonné
    18 septembre 2011 07 h 04
    L'Union européenne ne doit pas, et ne peut pas reculer...
    Aucun traité ne prévoit l'exlusion d'un pays de la zone euro. Prenant l'exemple d'aujourd'hui, il n'y a que les Grecs qui pourraient décider de s'exclure eux-mêmes de cette zone, au prix d'une catastropne économique et sociale pour leur pays..

    Lea Allemands se disent heureux à 76% d'appartenir à l'Union européenne et à la zone euro.

    Bien sur, on se souvient qu'en 2005 les socialistes français avaient appelé à voter non a un projet de Constitution européenne, puisqu'ils avaient, disaient-ils, un plan "B" que personne n'a jamais vu depuis. Un peu plus tard, le nouveau Président français et les chefs d'État et de gouvernement ont mis au point le Traité de Lisbonne qui fait à peu près la même chose que le projet de Constitution de 2005, et que tous les pays membres ont adopté en décembre 2009.
    Le Traité de Lisbonne contient tous les outils qui permettent de poursuivre l'intégration européenne. Mais puisqu'il s'agit d'ujn gros navire, il faut du temps pour que les avancée soient visibles. Mais le cap est fixé. Les citoyens de tous les pays membres ont désormais la nationalité européenne et un passeport européen. Ils peuvent avoir recours à une Cour suprême européenne. Le Parlement européen, élu au suffrage universel, a désormais plus de pouvoir. Lle Service extérieur de l'Union européenne se met en place et formule déjà des position communes sur la scène mondiale. Il remplace effectivement les services diplomatiques nationaux. L'UE a déjà un siège à l'ONU et parle au nom de tous ses membres, dans ce forum autant que dans l'OMC, et elle a le pouvoir de signer des ententes et des traités engagent tous ses membres.

    La poursuite systématique d'une union économique et monétaire date des années '70. L'euro est déjà une monnaie d'échange et de de réserve dans plusieurs domaines.

    On ne peut pas imaginer les Européens provoquer eux-mêmes le cataclysme que représenterait la destruction de tout ce qu'ils ont mis en pla
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