samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 00h05
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Perspectives - La fausse note du CPQ

Le Conseil du patronat accorde un «C» (pour cancre, probablement) au bilan québécois de la prospérité. Mais que vaut une telle note lorsque l'exercice consiste, essentiellement, à ramener la définition de la prospérité d'un État à sa capacité à créer un environnement favorable au développement des affaires? La crise de 2008, en plaçant le collectif au chevet de ses entreprises et institutions financières, a tôt fait de démontrer le côté réducteur de cette approche. D'autant que les économies ayant le mieux résisté à cette crise sont celles qui ont su se doter d'adoucisseurs empruntant à un capitalisme redistributif, plus socialisant.

Qu'est-ce qui importe? Le Québec, avec sa note C accordée pour une deuxième année, faisant moins bien que l'Ontario dans le classement du Conseil du patronat du Québec? Ou cette capacité affichée par le Québec à bien tenir le coup (mieux que l'Ontario) et à récupérer rapidement (plus vite qu'en Ontario) les emplois perdus lors de la Grande Récession? Le CPQ peut bien distribuer les bulletins de la prospérité comme bon lui semble, tant que l'exercice se limitera finalement à mesurer «là où il fait bon exploiter une entreprise», il se voudra peu convaincant.

Il faut dire, également, que la cuvée 2011 du Bulletin de la prospérité du CPQ tombe plutôt mal. Au même moment, l'Organisation de coopération et de développement économiques (une organisation que l'on peut qualifier de droite) met en garde les États contre le réflexe des entreprises de vouloir récupérer, par l'abus, la montagne de pertes fiscales accumulées lors de la crise de 2008. Des centaines de milliards de dollars de pertes fiscales subies lors de la crise vont ainsi être récupérées, souvent par des entreprises n'ayant pas subi ces pertes, pour être appliquées en réduction (lire en annulation) des bénéfices futurs. Et ce, à un moment où les États croulant sous le poids de leur déficit public se retrouvent en soif d'entrées fiscales. L'OCDE a sonné l'alarme, avertissant les États du risque que les entreprises multiplient les tactiques empruntant à la planification fiscale «agressive» afin de récupérer ces pertes déductibles à des fins d'évitement fiscal.

L'Institute for Policy Studies (un organisme associé à la gauche) renchérissait hier (voir texte page B 3). Selon ses calculs, 25 des plus grosses entreprises américaines ont payé davantage en lobby ou en salaire à leur patron en 2010 qu'elles n'ont versé en impôts. En fait, nombre d'entre elles vont jusqu'à afficher un remboursement d'impôt malgré la comptabilisation de bénéfices milliardaires. Au chapitre de la solidarité sociale (un élément qui ne fait pas partie de la grille d'évaluation du CPQ), on repassera!

Dans le classement du CPQ, le Québec arrive pourtant premier de classe pour les coûts d'exploitation de ses entreprises et pour le taux de scolarisation postsecondaire. Il fait bien pour les dépenses en R&D, notamment. Mais il arrive derrière pour la formation liée à l'emploi, pour ses taxes sur la masse salariale et pour son salaire minimum trop élevé. Ce qui lui vaut un C. Sans égard à la responsabilisation des entreprises et employeurs quant à la formation et à la spécialisation de la main-d'oeuvre. Sans égard, aussi, à la contrepartie que seraient les coûts associés aux charges sociales, dont celles liées à la retraite, et aux primes d'assurance de la sécurité au travail, telles la CSST et l'assurance-emploi. Quant au salaire minimum, il peut être étrange qu'il soit relégué à un rôle négatif dans un calcul sur la prospérité d'un État.

Le CPQ reconnaît lui-même que son Bulletin porte essentiellement sur cinq déterminants de la prospérité, à savoir la qualité et la disponibilité de la main-d'oeuvre, le coût de la main-d'oeuvre, la réglementation, les finances publiques et l'environnement d'affaires. Une liste au demeurant très «corporative». L'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) n'a pas été sans lui rappeler que la prospérité d'une société n'est pas qu'une affaire de production de biens et services, qu'une mesure de PIB. C'est aussi une affaire de qualité de vie, d'environnement, de santé, d'éducation, de culture, de diversification économique, de valeur ajoutée, de répartition de la richesse, de réduction des inégalités...

Les premiers diront qu'il faut d'abord créer la richesse avant de la redistribuer (la décennie 1990 avec ses déficits publics chroniques l'a démontré). Les seconds diront qu'on ne peut avoir un portait fidèle et global sans mesurer aussi les coûts et les externalités associés à cette production de biens et services, et sans négliger la sauvegarde du potentiel de création de la richesse dans le futur.

Il faudrait ajouter à tout cela les leçons tirées des crises. Celle de 2008 a plus que jamais mis en lumière le rôle de l'État, de sa capacité d'intervention et des adoucisseurs composant ses programmes sociaux lorsque l'entreprise plie les genoux et multiplie les mises à pied, même préventives. Cela aussi devrait faire partie du calcul. Ici, le Québec récolterait une note parmi les plus élevées pour sa résilience lors de la crise de 2008.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Denis Paquette - Abonné
    1 septembre 2011 04 h 25
    Peut etre sommes- nous condamnés, a toujours faire les memes erreurs
    Ils passent leur temps a nous mentir et a ruser et ensuite ils veulent nous faire croire que c'est de notre faute, quelles fieffés abuseurs . L'histoire, a toujours été tres dur avec ces gens, roi ou pas. C'est spéciale, qu'ils ne s'en rendent pas compte, surtout depuis la crise, il faut vraiment qu'ils soient aveugles et aient le cerveau lavé Peut etre est ce le sort du monde; nos parents ont quand meme connus deux grandes guerres et des millions de morts, pourquoi ca ne nous arrirveraient pas
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Rock Beaudet - Abonné
    1 septembre 2011 05 h 27
    Excellente analyse
    Notre niveau de vie jumelé à un taux de chômage bas fait sûrement baver d'envie plusieurs américains sauf ceux du Tea party, de Wallstreet, des bureaux de marketing et des sièges sociaux... qui ont bénéficié de l'État...
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Annabella Durocher - Inscrit
    1 septembre 2011 07 h 34
    Crise économique pas terminée
    La crise économique n'est pas terminée. Les gens se servent des économies mises de côté pour leur retraite et de la carte de crédit pour y arriver. Notre Premier Ministre du Québec peut bien vouloir pousser l'âge de la retraite à 67 ans. Pour les fonctionnaires sydiqués de l'État sa va mais pour le reste des travailleurs adieux retraite. Notre Premier Ministre ne met pas seulement la provice "à terre" économiquement, il est en train de nous lapider comme travailleurs payeurs de taxes. Sens compter du coût de la vie qui est toujours en hausse. Mais cela personne en parle. VOUS N'AVEZ QU'A VOUS SERRER LA CEINTURE QUÉBECOIS. Dans presque chaque foyés du Québec, il y a au moins deux personnes qui travaillent et doivent se serrer la ceinture pour payer l'état.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • alen - Inscrit
    1 septembre 2011 07 h 40
    Quand va-t-on comprendre?..
    Lucien, Bouchard, François Legault, ... le Conseil du Patronat ne sont que les multiples facettes d'un plan de communication orchestré de la droite financiarisée, pour convaincre les Québécois qu'il est fondamentalement mauvais de taxer ou d'imposer les entreprises, leurs cadres et actionnaires, de réglementer leurs activités et voir au bien-être des travailleurs et de la population en général. D'ailleurs, est-ce que quelqu'un a déjà vu une quelconque étude scientifique sérieuse étayant leurs propos?..
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Denis Miron - Inscrit
    1 septembre 2011 08 h 32
    «Alouette»
    Ce qui, en d’autres mots, revient à dire que pour nous plumer, le CPQ est prêt à nous chanter «Alouette» en fausses notes comme nous dit Charlebois dans une de ses chansons.Incapables, sont-ils d’avoir la note juste, puisque le mot «juste» ne fait pas parti de leur vocabulaire tout comme le mot «responsabilité sociale».Ils n’ont que des intérêts particuliers à défendre.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Gagnon - Abonné
    1 septembre 2011 09 h 14
    Des lobbyistes, c'est tout
    Ces gens ne sont pas représentatifs de l'ensemble de l'économie, pas plus que du milieu des affaires. Ils font la promotion de valeurs qui sont limitées comme le profit sans considérations humaines, ils traitent les gens comme des ressources qui coûtent toujours trop chers. Ils étaient là, toujours du bord du profit sans conscience, à toutes les époques où l'on faisait travailler les enfants, où on construisait les abris des animaux avant ceux des bûcherons, où les familles étaient dans la rue, sans soins, sans nourriture. On se fiche de leur monde sans coeur, qu'ils y vivent seuls et quand ils auront besoin des autres et seront démunis, ils peuvent compter que nous ne serons pas comme eux.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Alain Deloin - Inscrit
    1 septembre 2011 09 h 38
    Pas d'accord
    "D'autant que les économies ayant le mieux résisté à cette crise sont celles qui ont su se doter d'adoucisseurs empruntant à un capitalisme redistributif, plus socialisant".

    Malheureusement ce type d'économies sont sous performantes en période de croissance. C'est très pénalisant sur le long terme, et au final l’Ontario est plus riche que le Québec. De ce point de vue-là, le CPQ a raison. Seul un environnement favorable au business peut créer les conditions gagnantes d'une croissance forte en période d'expansion. L’idéal serait que l’état dégage des excédents durant cette période, pour pouvoir agir en redistribuant lors des retournements de cycle. Ce n'est plus le cas depuis les 70s en Europe par exemple. La France étant l'exemple type de ce capitalisme redistributif qui permet de passer les récessions en douceur, mais avec un état en déficit chronique depuis 40 ans. Ici la redistribution a tué la croissance, fait exploser le chômage, tarit les rentrées fiscales, creusé déficits et dette et ça va se payer tres cher lors du downgrading de notre AAA. On ne peut pas redistribuer la richesse qui n’a pas été créée. Il y’a partout une limite à la dépense publique et à la redistribution. En France, à 55% du PIB, on a atteint des records stratosphériques.

    "Il faudrait ajouter à tout cela les leçons tirées des crises. Celle de 2008 a plus que jamais mis en lumière le rôle de l'État, "

    Qui a été néfaste et a contribué à creuser les dettes. Sans résultat tangible. Il aurait fallu laisser tomber des pans entiers de l'industrie. Le résultat aujourd’hui c'est que l’endettement public en Europe et en Am. du Nord horrifie l'Américain moyen qui ne sait à quelle sauce fiscale il va être dévoré, et qui épargne au lieu de consommer.

    De la bonne lecture libérale au sens classique du terme, le plus noble, pour vous : http://mises.org/daily/5595/The-Many-Collapses-of-
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Alain Deloin - Inscrit
    1 septembre 2011 09 h 51
    J’ai oublié un morceau
    Richesse Ontario v. Québec,
    Rien n'indique un rattrapage du Québec sur les 15 dernières années.
    Le Québec est en perte de vitesse accelerée comparé à ce que vous appelez le ROC.
    Globalement les parts de l'Ontario et du Québec dans le PIB du pays se réduisent au profit de l'ouest.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Carole Dionne - Inscrite
    1 septembre 2011 10 h 16
    L'ENVIRONNEMENT IDÉL: l'Irlande, non?
    Mais quand tout va mal, les entreprises se poussent vers un autre pays. Les entreprises sont là pour faire des profits. Et je suis d'accord avec eux. Mais de là à donner une note sur un pays ou une province, Wow les moteurs. leur seul but: l'argent . Pour toutes les entreprises, : 0 impôt, 0 impôt pour les dividendes, un paquet de subvention pour "créer de l'emploi", etc

    C'est nous la population qui devrions donner une note à chacune des entreprise.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
9 réactions
11 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012