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    Perspectives - Incertitudes

    Les marchés ont peur de ce que leur réserve l'avenir économique, et le dogmatisme des plans de rigueur des gouvernements ne réussit pas à les rassurer.

    L'été s'est avéré tout sauf reposant sur la scène économique. Les marchés ont été secoués par toute une série d'attaques d'angoisse entrecoupées par des sursauts d'optimisme sans que l'on puisse toujours comprendre les raisons de ces brusques revirements d'humeur.

    Ces derniers jours, tous les regards avaient fini par se tourner vers Jackson Hole, dans le parc du Grand Teton, au Wyoming, où le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, devait prononcer, vendredi, un discours très attendu devant ses petits camarades banquiers centraux. Le chef de la Fed n'avait finalement rien d'extraordinaire à annoncer, aussi se tourne-t-on, maintenant, vers la prochaine mise à jour de sa politique monétaire prévue dans trois semaines.

    Il est vrai que les perspectives économiques mondiales n'apparaissent pas particulièrement rassurantes. Le géant américain semble incapable de se remettre de la crise censée être officiellement terminée depuis deux ans. Selon les premières évaluations, son économie n'a crû que de 1,3 % au premier trimestre de l'année, et de 0,4 % au deuxième trimestre, en rythme annualisé. Des experts estiment même que ces chiffres devront être corrigés à la baisse, ce qui aura pour effet de ramener le pays en récession technique, définie comme au moins deux trimestres de croissance négative consécutifs.

    La zone euro ne se porte guère mieux. Son taux de croissance annualisé a dégringolé de 3,2 %, au premier trimestre, à seulement 0,8 % au deuxième trimestre, et ne semble pas en voie de s'améliorer. Heureusement qu'il reste les économies émergentes, comme la Chine, l'Inde et le Brésil, pour faire avancer l'économie mondiale, direz-vous. Pas si vite, répondait cette semaine l'expert d'Harvard, Dani Rodrik dans le Financial Times. Ces pays présentent des signes d'essoufflement, et la poursuite de leur croissance fulgurante nécessitera toutes sortes d'interventions de leurs gouvernements que les pays développés ne seront plus enclins à tolérer en ces temps difficiles.

    Cette morosité économique tient entre autres choses, évidemment, à l'endettement des ménages et de leurs gouvernements, mais elle découle aussi des craintes des entreprises quant à l'avenir et de leur choix de rester assises sur leurs réserves records de capitaux.

    La Grande Récession a rappelé comment le bon fonctionnement de l'économie dépend de la perception qu'en ont ses principaux acteurs. «En 2008, les entreprises et les consommateurs pensaient que les gouvernements feraient ce qu'il faut pour sauver la situation, disait cette semaine dans Le Devoir l'économiste de la Banque de Montréal, Matthieu Debost. C'est moins vrai aujourd'hui.»

    Médecine de cheval

    Les gouvernements font pourtant tout leur possible pour rassurer les marchés et réduire leur degré d'incertitude. Se faisant reprocher leurs déficits, plusieurs s'imposent — de gré ou de force — une médecine de cheval bien plus faite de compressions budgétaires que d'augmentation de revenus. Sortis tout droit du petit livre d'économie 101 utilisé depuis 30 ans, ces traitements-chocs ne semblent pas, pour le moment, produire les effets recherchés et ne sont pas sans rappeler, ironiquement, les politiques d'ajustement structurel que les pays industrialisés imposaient aux pays en voie de développement dans les années 90 avec les résultats désastreux que l'on sait.

    «Bien qu'il faille s'attaquer de manière urgente à la question de la viabilité des finances publiques à long terme, il ne faudrait pas que [...] les responsables politiques en viennent à fermer les yeux sur la fragilité de la reprise économique actuelle», a prévenu vendredi Ben Bernanke. Répondant visiblement à la droite radicale américaine, l'économiste, pourtant d'allégeance républicaine, a répété que des mesures de relance budgétaire à court terme n'avaient rien «d'incompatible» avec l'objectif d'un retour à la viabilité des finances publiques.

    Un appel similaire au pragmatisme et à la modération a été lancé par un autre banquier central, la semaine dernière. S'adressant, cette fois, à l'Association canadienne de science économique des affaires, le sous-gouverneur à la Banque du Canada, Jean Boivin, a notamment rappelé qu'il n'y avait pas que l'incertitude des marchés en ce qui a trait à l'avenir. Il y a aussi celle des décideurs devant la «complexité» de la réalité économique et qui les empêche de prétendre d'en avoir plus qu'une «compréhension imparfaite». «Nous ne pouvons pas être dogmatiques, a-t-il dit des banques centrales. La politique monétaire ne peut se borner à l'application de règles mécaniques et simplistes.»

    Ce constat est aussi vrai pour les gouvernements, les institutions financières internationales, ainsi que tous les autres grands décideurs économiques. Le fait d'admettre un certain degré d'incertitude, quant au meilleur moyen de relancer l'économie, et de tendre vers le pragmatisme plutôt que la rigueur théorique, en aiderait probablement plusieurs à mieux atteindre leurs objectifs et à calmer, par le fait même, les incertitudes des marchés.
     
     
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