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Dette américaine - Fissures au sein des partis

L'accord sur la dette et le déficit, entériné cette semaine au Congrès, reflète et creuse des divisions au sein des deux partis qui dominent la vie politique aux États-Unis

Le long débat et l’accord contesté sur la dette ont laissé un goût amer à la Maison-Blanche et dans les rangs des élus démocrates et républicains.<br />
Photo : Agence Reuters Mannie Garcia Le long débat et l’accord contesté sur la dette ont laissé un goût amer à la Maison-Blanche et dans les rangs des élus démocrates et républicains.
Washington — Après le bras de fer qui a failli mettre les États-Unis en état de cessation de paiement pour la première fois de leur histoire, les Américains estiment que leurs élus ont agi en «enfants gâtés». Ils rejettent l'accord issu de négociations de dernière minute et renvoient dos à dos républicains et démocrates.

Barack Obama, qui s'en tire un peu mieux même si sa cote de popularité touche un nouveau plancher, à 40 %, essaie de reprendre l'initiative en appelant le Congrès à se focaliser sur le chômage, coincé au-dessus de 9 % depuis 2009. «Je vais me battre pour de nouveaux emplois et une croissance économique plus rapide», affirme le chef de la Maison-Blanche, qui propose notamment des baisses d'impôt pour la classe moyenne et des mesures pour stimuler la construction d'infrastructures.

Mais le problème de la dette et du déficit ne va pas disparaître de la vie politique américaine. Avec le relèvement, la dette des États-Unis a surpassé leur PIB. Par ailleurs, la crise budgétaire accentue une crise politique, non seulement entre la Maison-Blanche et la majorité républicaine de la Chambre, mais aussi entre la direction du Parti républicain et la mouvance du Tea Party, de même qu'entre Barack Obama et l'aile gauche du Parti démocrate.

Barack Obama reconnaît d'ailleurs que le relèvement du plafond de la dette «n'est qu'une première étape». En fait, l'accord lui-même assure que le thème budgétaire restera au premier plan du discours politique au moins jusqu'au début des scrutins primaires en janvier.

En effet, le compromis prévoit que démocrates et républicains forment une «upper commission» qui, d'ici le 23 novembre, devra trouver plus de 1,8 mille milliards de dollars d'économies supplémentaires et produire un plan pour résoudre les questions les plus épineuses, comme la réforme des retraites et des impôts.

La Chambre et le Sénat devront voter pour ou contre, sans possibilité d'amendements, sur ce plan d'ici le 23 décembre. Mais, si les six démocrates et les six républicains de la super commission ne parvenaient pas à s'entendre sur un plan ou si les assemblées votaient contre, le compromis autorise une diminution automatique des dépenses publiques.

Manoeuvres partisanes

Les manoeuvres ont donc commencé en vue de la suite de la saga de la dette et du déficit. Le Tea Party a déjà obtenu des dirigeants républicains l'engagement de ne nommer à la commission que des élus allergiques aux impôts.

De son côté, l'aile gauche du Parti démocrate exhorte le président Obama à arrêter de faire des concessions aux républicains. Mais si l'on en juge par l'expérience récente, le président Obama n'a pas fini de décevoir sa base. L'an dernier, la commission présidentielle qui s'était frottée aux réductions budgétaires était composée de «Wall Street Democrats» favorables au démantèlement des programmes sociaux tels que la Social Security (retraites), Medicare (couverture médicale pour les plus de 65 ans) ou Medicaid (aide aux indigents et aux handicapés).

Cette semaine, le Black Caucus et le Progressive Caucus avaient appelé à voter contre le compromis. Le mécontentement des Noirs et des autres membres de l'aile gauche du parti s'exprime désormais ouvertement envers Barack Obama, accusé de faiblesse, voire de «trahison», comme le dit l'intellectuel noir Cornel West.

De fait, le président avait d'abord insisté pour que le plafond de la dette soit relevé sans révision budgétaire, avant de reculer. Il avait toujours promis de sauvegarder la Social Security, mais il prône aujourd'hui des «ajustements». Il voulait une «approche équilibrée» entre dépenses et recettes, mais il a finalement accepté un accord qui n'inclut aucune augmentation d'impôts.

«Il y a eu capitulation de notre leadership», lance Raul Grijalva, coprésident du groupe progressiste. La capitulation intrigue d'autant plus que les deux tiers de l'opinion souhaitaient une «approche équilibrée».

Bien que le groupe progressiste soit le plus important de la Chambre, avec 77 membres, soit près de 20 de plus que le groupe du Tea Party fondé par la candidate à la Maison-Blanche Michèle Bachman, M. Obama semble se moquer de ce que l'un de ses porte-parole a appelé «la gauche professionnelle» tout en comptant sur elle lors des élections.

Or, dans le contexte d'une économie guettée par une récidive de récession qui frappe surtout les Noirs et les Hispaniques, le louvoiement de M. Obama sur la défense des acquis du New Deal de Franklin Roosevelt et de la Great Society de Lyndon Johnson pourrait démobiliser des électeurs à qui il doit la Maison-Blanche.

À cet égard, il est remarquable que certains progressistes menacent de ne plus soutenir M. Obama, de lui opposer un concurrent aux primaires démocrates et même de créer un nouveau parti.

Dans le camp républicain, le risque de scission existe aussi, y compris entre sous-mouvances d'un Tea Party qui n'est pas monolithique.

La mouvance ultraconservatrice peut proclamer victoire dans le sens où elle a orienté les négociations vers un texte qui soumet le relèvement du plafond de la dette à une baisse des dépenses. Mais certains de ses membres, dont Michèle Bachman, ont voté contre le compromis qui, à leurs yeux, ne comprend pas assez de coupes et aurait dû obliger le gouvernement à présenter des budgets en équilibre.

Dans une attitude inédite pour des élus du Congrès, ces irréductibles du Tea Party sont restés sourds aux sirènes de la direction républicaine en affirmant que, contrairement aux politiciens traditionnels, ils tiennent plus à leurs principes qu'à leurs sièges. En même temps, ils ont menacé le président de la Chambre, John Boehner, et d'autres républicains de la vieille garde de représailles aux urnes sous la forme de rivaux d'extrême droite aux primaires.

Dans ce camp aussi, un manque de cohésion «pourrait diminuer la participation» aux élections, avertit Karl Rove, ancienne éminence grise de George Bush.

Plus qu'une sécession du Tea Party, le scénario probable est néanmoins que le mouvement continuera sa stratégie initiale: cannibaliser le Parti républicain de l'intérieur. Ne serait-ce que parce que cette stratégie fonctionne pour l'essentiel, et de leur point de vue, comme l'ont montré la reconquête de la Chambre et l'accord sur la dette.

***

Collaboratrice du Devoir
Le long débat et l’accord contesté sur la dette ont laissé un goût amer à la Maison-Blanche et dans les rangs des élus démocrates et républicains.<br />
Le président américain Barack Obama<br />
John Boehner, président républicain de la Chambre des représentants<br />
 
 
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