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Le marché est libre, mais pas l'homme

Adis Simidzija, étudiant en sociologie à l'Université du Québec à Montréal  2 août 2011  Actualités économiques
La société est sous domination du marché et toutes les relations humaines sont devenues quantifiables. L'État-providence n'est plus puisque l'économie est devenue seule maîtresse du monde.

Dans notre société moderne avancée, tout est rattaché au marché puisque, comme l'a noté Vincent de Gaulejac, professeur de sociologie à l'Université Paris-VII, «la mobilisation sur le travail conduit à l'inverse l'ordre des priorités, comme si la société tout entière devait se mettre au service de l'économie». Et comme l'ont remarqué à leur tour Pierre Dardot et Christian Laval: «Loin d'être l'obstacle que l'on croit à cette extension de la logique du marché, l'État en est vite devenu l'un des principaux agents, sinon le vecteur essentiel.» [...]

L'intensification de la mondialisation a permis au marché d'acquérir le pouvoir qu'il a aujourd'hui. Il est facile de constater avec quelle aisance les entreprises délocalisent leur production dans les pays sous-développés, tout ça dans le but d'économiser le plus d'argent possible et atteindre l'objectif ultime dans une société capitaliste, l'augmentation du capital.

Tout ce chaos économique a une influence directe sur une autre espèce en voie d'extinction, la démocratie. Le néolibéralisme a enlevé à l'Homme moderne son seul outil qui lui permettait de se représenter en ce début de XXIe siècle, par conséquent celui-ci se retrouve esclave de lois économiques qui n'ont, la plupart du temps, aucun sens.

Les travailleurs et leurs droits

Cette disparition de la démocratie et de l'État-providence nous pousse à nous interroger sur les conditions des travailleurs au Québec et au Canada qui passent trop souvent sous le radar public puisque le débat se centralise surtout autour des salaires. À la suite de la perte de milliers d'emplois dans les dernières semaines au Québec, notamment chez IQT qui est l'exemple le plus percutant, la question de la sécurité d'emploi doit resurgir et faire partie du débat public et politique sur la scène québécoise et canadienne.

Les travailleurs sont constamment soumis à du harcèlement psychologique ainsi qu'à l'instabilité reliée au travail et ils sont sans arrêt mis en concurrence les uns contre les autres, tout ça au nom du libre marché qui leur enlève toute essence humaine. Les syndicats ne sont plus aussi présents qu'ils l'ont déjà été et leur pertinence est remise en question. Non pas parce que ceux-ci n'ont pas de raison d'exister, mais tout simplement parce que la façon dont ils sont gérés laisse à désirer.

Les conventions sont signées avec les employeurs tous les trois ou quatre ans, ce qui ramène au même problème que la démocratie représentative. Pour reprendre les termes utilisés par Cornelius Castoriadis qui reprenait l'idée de Rousseau critiquant la démocratie anglaise: «Les Anglais se sentent libres parce qu'ils élisent leur Parlement, mais en réalité ils ne sont libres qu'un jour tous les cinq ans.» De même, les travailleurs se sentent libres un jour tous les trois ou quatre ans, puisque c'est seulement là qu'ils ont le droit d'affirmer leurs intentions et de défendre leurs acquis.

Avec les exemples encore plus explicites au niveau fédéral, dont la loi spéciale qui a forcé les travailleurs de Postes Canada à rentrer au travail sans avoir eu le droit de négocier convenablement, il est permis de douter du bien-être de la supposée liberté individuelle que l'État capitaliste conservateur défend du plus fort qu'il peut.

Il serait juste de ranimer le débat sur le manque de démocratie et la disparition de l'État-providence pour le bien-être de chacun des individus qui font partie de la société. De plus, il serait pertinent de repenser la façon de faire des syndicats, qui sont le seul moyen de pression que les travailleurs ont. [...] Repenser l'État et la pratique du syndicalisme est une chose indispensable pour que les individus reprennent leur destinée en main, sans quoi nous risquons de sombrer dans une dictature économique.

***

Adis Simidzija, étudiant en sociologie à l'Université du Québec à Montréal
 
 
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  • Yves Côté - Abonné
    2 août 2011 04 h 00
    Oui Madame...
    Oui Madame, je crois bien que votre analyse soit aussi juste que pertinente.
    Je n'y rajouterais que deux petites choses, si vous me le permettez.
    D'abord, qu'il faut travailler, sans tarder plus, à ré-humaniser notre société. Consommer sans cesse plus, en réponse unique aux pressions sociales et économiques qui tendent à nous formater pour, encore, consommer plus, cela ne m,apparaît pas très glorieux pour l'Homme...
    Ensuite, pour arriver à quelque chose de solide, qu'il vaut mieux avoir un projet modeste en termes démographiques mais ambitieux en termes politiques, sociales et culturels.
    Comme par exemple celui de l'indépendance politique d'un petit peuple facilement identifiable et nettement circonstancié par son histoire, sa culture et sa géographie.
    Ce pourquoi je signe: Vive le Québec libre !
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    2 août 2011 07 h 59
    Excellente lettre !
    Monsieur et non Madame.
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  • celljack - Inscrit
    2 août 2011 09 h 14
    Montrirréalismes
    C'est cette structure de béton qui vous force à dépendre du système de consommation. L'absurde et contradictoire réalité est que l'urbanisme nous a éloigné de notre autonomie individuelle et s'efforce en parallèle de nous lier indirectement les uns aux autres. Nous devenons dépendants d'inconnus.

    Même chose pour la justice et l'égalité. La machine disproportionne les individus, vous n'êtes qu'un numéro. Alors que les portes sont ouvertes aux conseils de quartiers et aux commissions scloaires et même à l'assemblée nationale, c'est par milliers que vous manifestez, déambulant chaotiquement, sans que la démocratie puisse vous écouter un à un.

    Je ne comprends toujours pas ces gens qui alimentent le système qu'ils combattent.
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  • Yves Côté - Abonné
    2 août 2011 10 h 02
    A Monsieur Leblanc...
    A Monsieur Leblanc, merci !
    A Monsieur Simidzija mes excuses les plus plates...
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  • Geoffrey Thorpe - Abonné
    2 août 2011 10 h 44
    très bon texte
    Ça fait du bien de lire des propos aussi sensés, merci!
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    2 août 2011 10 h 47
    L'État Providence sans une économie prospère?
    L'un ne va pas sans l'autre: l'État protecteur et juste se paie lorsqu'il y a productivité. À moins de croire que les moyens d'un bon gouvernement poussent dans les arbres et le professorat.
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  • Jarimoe - Inscrit
    2 août 2011 15 h 19
    Pour parler de droits, il faut les faire valoir...
    Bien que les droits au travail soient minces et peu protecteurs, ils sont quand même existants. Un des problèmes de notre société est que les travailleurs ne font pas réellement valoir leurs droits. Le terrorisme économique imposé par le patronat et ses complices effraie les travailleurs et les instances chargées de faire appliquer les lois du travail n'informent pas suffisamment les travailleurs et les jeunes sur les différentes normes du travail. Un Québec libre, Monsieur Côté, ne règlerait pas ce problème, les Québécois sont des éternels soumis, qui ne se mobilisent que pour voir construire un amphithéâtre ou pour les funérailles d'une vedette ! Où sont-ils quand il s'agit de défendre leurs droits ?
    Parler de politique, c'est faire de la chicane ! Ne pas en parler c'est se choisir de se laisser exploiter !
    Oui, il faut une économie prospère pour permettre à l'état de jouer son rôle, mais svp, cessons de parler d'État providence. Pour parler de providence, personne ne devrait contribuer, ce qui n'est pas le cas ! Mais cette économie prospère se doit aussi d'être en équilibre avec les droits humains, et de ne surtout pas avoir préséance sur ces derniers.
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  • NGS - Abonné
    4 août 2011 21 h 56
    Malheureusement, suite au hara-kiri des syndicats québécois,
    l'avenir de notre société paraît d'autant plus sombre.
    Depuis la Loi 111 en 1983, on ne put que dire, "une fois au lit avec le PQ, toujours au lit avec les libéraux".
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