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Libre opinion - Croissance dans l'économie du savoir: encore trop de frilosité entre entreprises et universités

Rose Goldstein, vice-principale de la recherche et des relations internationales à l'Université McGill, Aftab Mufti, directeur en chef adjoint des affaires scientifiques chez MITACS inc. et Denis Desbiens, vice-président pour le Québec chez IBM Canada ltée  23 juillet 2011  Actualités économiques
Il y a quelques mois, M. Gilles Patry, président-directeur général de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), a souligné l'importance des trois facteurs à la base de l'innovation: un secteur privé viable et prospère guidé par des actions stratégiques en matière de science, de technologie et d'innovation; des universités qui forment des diplômés talentueux; et des chercheurs et travailleurs qui saisissent toutes les occasions pour rendre leur travail plus intelligent et plus créatif.

De prime abord, cela semble assez simple comme concept. Cependant, ce qui est simple n'est pas forcément facile à réaliser, comme cela semble être le cas au Canada. Nous nous classons au 14e rang des 20 pays de l'OCDE en matière de dépenses consacrées par les entreprises à la recherche-développement. Et nous arrivons au dernier rang des 17 pays de l'OCDE quant au nombre de diplômes de doctorat délivrés.

Cette situation est exacerbée par le climat économique actuel. Des pressions sans cesse croissantes s'exercent sur les entreprises pour qu'elles livrent des résultats à très court terme. Pour devenir plus créatives et dynamiques, elles se tournent vers des partenaires externes, en l'occurrence les universités, pour stimuler leur machine à idées.

Du côté des universités, la situation n'est pas très différente non plus. En effet, la réduction des budgets des gouvernements et la baisse des dons aux établissements d'enseignement supérieur encouragent ces derniers à collaborer plus étroitement que jamais avec des entreprises privées pour trouver des moyens de financer leurs recherches.

D'emblée, cela semble un mariage idéal et désiré des deux côtés.

Rupture

La réalité est cependant tout autre, car autant les universités que les entreprises sont frileuses à l'idée de travailler ensemble. Par le passé, les sociétés oeuvrant dans bon nombre de secteurs ont fonctionné selon un modèle monolithique, déposant quantité de brevets et de droits de propriété intellectuelle dans le but de barrer l'accès au marché aux concurrents, tout en cherchant à mettre la main sur les plus grands cerveaux disponibles. De leur côté, les universités trouvaient dans les gouvernements leur meilleure source de fonds et n'avaient donc pas besoin d'élargir leurs relations vers le secteur privé.

Il y a au Canada une rupture dans le continuum de l'innovation; cette discontinuité s'intercale entre l'étape des recherches et l'étape de leur commercialisation. La mise en commun des talents de chaque côté nous permettra de combler ce fossé et de trouver des solutions novatrices pour nous permettre d'aborder avec succès les enjeux sectoriels. La recette consiste à faire travailler des gens intelligents avec des gens intelligents.

Les concepts les plus novateurs ayant l'impact le plus profond ont souvent émané du monde universitaire, parce que les universités canadiennes excellent dans deux choses: la formation d'une main-d'oeuvre très talentueuse et compétente et la conduite des recherches fondamentales de très grande qualité. Le monde de l'entreprise, quant à lui, possède la mentalité et le savoir-faire nécessaires pour commercialiser les nouvelles idées.

Parties de la même chaîne

Par ailleurs, le Canada doit sensibiliser davantage ses futurs innovateurs — c'est-à-dire les étudiants actuels — aux besoins de ceux qui «consomment» les fruits de leur recherche, comme les entreprises, les gouvernements et les organismes sans but lucratif, et modifier le cursus de formation en conséquence. Car c'est en apprenant ce que le secteur privé pense de la recherche et l'impact qu'elle doit avoir sur les revenus et les profits que les étudiants pourront arriver sur le marché du travail bien outillés sur le plan des compétences techniques et des aptitudes en affaires et en communications. Ils seront dès lors des ambassadeurs qui motiveront le secteur privé à investir dans la R et D.

Et lorsque les entreprises réalisent à quel point le partenariat en recherche avancée peut être bénéfique et les aider à joindre la prochaine cohorte de travailleurs compétents, les universités bénéficient en retour de beaucoup plus d'investissements du secteur privé. De plus, ce type de collaboration a pour effet de réduire l'exode des jeunes diplômés vers les États-Unis et l'Europe, où la demande pour nos chercheurs talentueux est insatiable.

L'entreprise et l'université doivent réaliser qu'elles font toutes deux partie de la même chaîne de recherche. En travaillant main dans la main, elles changeront en mieux l'environnement de recherche au Canada.

Citons un exemple de partenariat fécond entre l'université, l'entreprise et le gouvernement annoncé dernièrement à Montréal. Il s'agit de l'ordinateur le plus puissant du Québec, installé à l'École de technologie supérieure et appartenant au CLUMEQ, un consortium dirigé par l'Université McGill et IBM. C'est aussi le deuxième ordinateur au Canada en matière de puissance, qui s'est classé 55e sur la liste des 500 superordinateurs dans le monde. Une telle collaboration n'apportera que des avantages aux chercheurs de Montréal, du Québec et ailleurs au Canada, car elle stimulera la recherche dans de nombreux domaines de pointe tels que la nanotechnologie, la conception de nouveaux médicaments et l'aéronautique.

Cependant, il y reste encore beaucoup de chemin à parcourir au chapitre de la collaboration université-entreprise. Il faut en effet ouvrir davantage de canaux de communications et construire davantage de ponts entre les deux univers pour mettre en place plus de programmes et enrichir la collaboration.

La prospérité et la croissance durables du Canada reposent sur l'existence d'une économie du savoir florissante, et la réalisation de cet objectif passe par un partenariat plus étroit entre l'entreprise et l'université.

***

Rose Goldstein, vice-principale de la recherche et des relations internationales à l'Université McGill, Aftab Mufti, directeur en chef adjoint des affaires scientifiques chez MITACS inc. et Denis Desbiens, vice-président pour le Québec chez IBM Canada ltée
 
 
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  • Darwin666 - Inscrit
    23 juillet 2011 09 h 08
    Exode des cerveaux et formation de la main-d'oeuvre
    «les universités canadiennes excellent dans deux choses: la formation d'une main-d'oeuvre très talentueuse et compétente et la conduite des recherches fondamentales de très grande qualité.  »

    Moi qui croyais que le premier mandat des université était de former des citoyens et non pas de fournir un bassin de main-d’œuvre aux entreprises. Voilà bien une tendance déplorable qui ne fait que s'accentuer depuis au moins 20 ans. Il ne s'agit pas de l'encourager encore plus, mais au contraire il faudrait la renverser.

    «ce type de collaboration a pour effet de réduire l'exode des jeunes diplômés vers les États-Unis et l'Europe, où la demande pour nos chercheurs talentueux est insatiable.  »

    D'où vient cette affirmation? Sur quelles études repose-t-elle? Il y a bien longtemps que Statistique Canada a démontré que le supposé exode des cerveaux dénoncé par la droite et les entreprises n'existe pas. Statistique Canada parle davantage de migration des cerveaux, phénomène dont le Canada et encore plus le Québec sont bénéficiaires, les pays pauvres étant les plus grands perdants. Voir par exemple «Exode et afflux de cerveaux : migration des travailleurs du savoir en provenance et à destination du Canada» à http://www.statcan.gc.ca/pub/81-003-x/81-003-x1999 .

    Cela dit, il serait bien de mettre à jour ces études. L'entreprise privée pourrait bien les financer, puisque le sujet semble l'intéresser. En espérant toutefois qu'elle n'impose pas les conclusions qui l'arrangent aux chercheurs...
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  • Observer - Inscrit
    23 juillet 2011 09 h 36
    Vue de l'intérieur...
    Madame, comme presque partout ailleurs et trop souvent, 'Money talks'. C'est le constat que je fais après une trentaine d'années en RD (technologie/ingénierie) dont plusieurs comme directeur. Je peux vous dire qu'en arrimant recherche et entreprise, c'est presque toujours la recherche qui est perdante. De par l'application de paradigmes douteux plusieurs entreprises se sont littéralement fourvoyées dans leur démarche entrepreneuriale en assimilant la RD comme moyen, ce qu'elle n,est pas. La pratique de la RD est incompatible à celle de l'entreprise.
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  • Hyperbolique - Inscrit
    23 juillet 2011 10 h 42
    L'éternelle marchandisation du savoir
    Les discours de madame Goldstein et cie et de Gilles Patry ne sont que de la redite et sonnent comme un plaidoyer tragique pour la marchandisation du savoir. Ça fait des années que Le Devoir et autres quotidiens ne cessent de publier des lettres d'universitaires qui se plaignent que les universités ne sont pas assez en phase avec l'entreprise. Donc, voici ce que les universités devraient faire bien avant de vendre son âme aux entreprises (en fait, c'est déjà le cas, mais bon...) :
    - Réclamer un réinvestissement massif dans les universités;
    - Embaucher des professeurs qui valorisent l'enseignement et non pas la recherche, bref, valoriser la formation au baccalauréat;
    - Valoriser la liberté de pensée et non pas sa commercialisation à des fins privées;
    - Par conséquent, que les grands fonds de recherche cessent de sélectionner les projets de recherche dans l'optique d'une approche par résultat et de rentabilité en regardant avant tout son originalité et sa contribution à l'avancement de la connaissance;
    - Abolir le mot "innovation" du vocabulaire : il faudrait commencer à se rendre compte que ce mot est vide de toute signification;
    - À défaut d'une éducation gratuite, s'assurer que les frais d'études soient les moins élevés possibles. (Donc exit le MBA de McGill à 30 000$ par année);
    - Bien d'autres choses...

    Ainsi, les universités seront enfin en mesure d'offrir aux entreprises des travailleurs créatifs tout en préservant leur indépendance et leur liberté face au marché. Elles gagneraient en légitimité au sein d'une société civile de plus en plus affaiblie les nouvelles normes de compétitivité et de flexibilité qui ne font que dévaloriser les travailleurs sortant des universités, rendant leur travail beaucoup moins intéressant que celui des métiers manuels.

    Bref, la lettre de madame et messieurs les entrepreneurs nous prouvent jusqu'à quel point il y a des "coup de pieds dans le derrière" qui se sont perdus depuis un
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    23 juillet 2011 11 h 09
    La chaîne est souvent incomplète
    Il manque souvent un chaînon important: celui de l'expérimentation en usine ou en milieu de travail, suivie d'une mise à l'échelle avec la participation des ingénieurs, des techniciens ou des employés. On a tendance, en milieu universitaire, à négliger tous ces intermédiaires utiles que sont les cégeps spécialisés ainsi qu'une pléiade d'organismes de R-D sans but lucratif. Cela a pour résultat de voir des inventeurs universitaires "pousser" sur la chaîne du transfert technologique alors que personne ne "tire" du côté du récepteur. Cela est encore plus vrai s'agissant des PME, qui n'ont pas le temps de traduire en pratique les inventions des universitaires parce qu'elles ne disposent pas la plupart du temps d'équipes disponibles.
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  • Observer - Inscrit
    23 juillet 2011 13 h 16
    Vue l'intérieur... (suite)
    Je disais que la RD et l'entreprise ne sont pas de facto compatibles et voici en partie pourquoi. Les gestionnaires d'entreprise ont en sainte horreur le 'noir' de la RD où il est monnaie courante. Il faut des nerfs d'acier, Madame, pour supporter, autour d'une table de réunion, les commentaires de gestionnaires plus habitués aux achats du 'prët à porter' sur la tabelette qu'au 'je ne sais pas encore ou je vais, mais, patience, je vais trouver' de la RD. Les prévisions sont difficiles en RD et imcompatibles avec celles des entreprises. Madame, nous mangeons presque tous de la viande, mais peux de nous vont à l'abattoir voir comment cela se fait. Les entreprises, surtout celles à succès, sont trop perméables aux paradigmes à la mode. En RD les paradigmes sont funestes. J'ai enduré pendant plusieurs années, comme chercheur (pas trop 2 de pique) les stupidités des gestionnaires d'entreprise. Ici au Québec techno, dans une entreprise 'hi-tech' (que je ne nomerai pas, mais un fleuron parait-il) j'ai du siéger sur un panel d'ingéneurs PASSANT AU VOTE différentes solutions, j'ai bien dit PASSER AU VOTE. En retard vous dites? Singlé, oui. Cas d'exception? Ma carrière m'a conduit ici et là et je peux vous confirmer que non. Alors c'est à ce traitement que vous destinez les 'talentueux' et 'intelligents' universitaires? Vous rêvez Madame si vous croyez que l'hyper pression qu'a a subir les entreprises soit bénéfique pour la RD. Au contraire la RD doit en être blindée. Savez-vous qu'une des seules chance d'avancement d'un chercheur est de quitter la recherche et de devenir gestionnaire et ce le plus tôt possible dans sa carrière. C'est ça la vraie vie Madame. Si vous tenez au mieux être des universitaires ne leur mettez pas le bras plus avant dans ce tordeur là. L'enfer viendra bien assé rapidement. La tentation est forte devant les problèmes de financement, mais dites vous qu'entre le pire et l'imparfait, le premier est à éviter. Pensez-y
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  • Stephane Levasseur - Inscrit
    23 juillet 2011 13 h 30
    La croissance, la croissance, c'est plus comme c'était la croissance!
    À part les rentiers qui empochent chaque fois que l'économie croît, à part ceux qui n'ont pas encore pigé qu'au delà d'un certain minimum l'argent ne rend pas heureux, à part les haut-salariés des entreprises et des universités qui prêchent pour leur paroisse...pour les autres, la croissance économique propulsée par l'innovation technologique n'est plus la solution à tous les maux. Notre pays est assez riche et développé pour que tous aient les biens et services technologiques utiles pour bien vivre. La recherche en science et technologie a livré ses plus beaux fruits.

    Maintenant, nous pouvons améliorer notre société en réprimant avec fermeté la criminalité à cravate, en prenant soin de nos enfants et des malades mentaux. Pour y arriver, il faut changer le cap et favoriser la recherche en sciences humaines. On produit et achète assez de biens matériels, il faut s'intéresser aux gens maintenant.
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