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    Perspectives - Mauvaise passe

    Presque deux ans après la fin annoncée de la Grande Récession, les pays riches semblent condamnés à être ramenés sans cesse au bord du précipice. Seuls moteurs restants à l'économie mondiale, les puissances émergentes donnent à leur tour des signes inquiétants d'essoufflement.

    Bon d'accord, admettons que le monsieur n'est pas exactement reconnu pour son optimisme débridé, et cela lui a d'ailleurs valu le sinistre surnom de «Docteur Catastrophe». Mais l'économiste de l'Université de New York a quand même vu venir la dernière crise financière presque avant tout le monde. Depuis quelques semaines, Nouriel Roubini estime à un sur trois le risque qu'une «tempête parfaite» s'abatte sur l'économie mondiale et fasse replonger plusieurs pays en récession. Comme tout bon prophète, il ajoute qu'il est également possible que l'on s'en tire seulement avec une «croissance anémique» ou même avec une amélioration de la situation.

    Il est vrai que l'on commence à perdre le compte du nombre de tuiles qui sont tombées sur l'économie mondiale depuis quelques mois. L'année a commencé avec une flambée des prix de l'énergie et de l'alimentation qui faisait craindre un retour du péril inflationniste et des émeutes de la faim. Il y a eu ensuite le début du printemps arabe qui a poussé encore plus haut les prix du pétrole; puis le tremblement de terre au Japon, qui est venu perturber la chaîne d'approvisionnement mondiale; puis l'aggravation de la crise de la dette souveraine en Europe; puis l'impasse politique sur le déficit budgétaire aux États-Unis.

    Tous ces événements appartiennent à ce type de chocs pourtant censés avoir une faible probabilité de se produire, mais pouvant avoir un impact important sur l'économie mondiale. Ils arrivent alors que plusieurs pays développés ne se sont toujours pas remis de la dernière crise.

    Aux États-Unis, la Réserve fédérale vient encore de réduire ses prévisions de croissance pour cette année et l'année prochaine, le gouvernement fédéral et les États sont plus endettés que jamais, le chômage ne baisse pas et l'on ne voit pas le jour où le marché immobilier reprendra du poil de la bête. La situation n'est guère plus brillante en Europe où l'économie se révèle globalement encore plus mollassonne et où la crise de la dette souveraine fait craindre un nouvel effondrement bancaire, sinon carrément un éclatement du projet économique commun. Au Japon, cela faisait presque 20 ans que l'économie soufflait et toussait lorsque le tsunami a frappé.

    Ces dernières années, le monde pouvait compter au moins sur un moteur qui tournait à plein régime: les pays émergents. Mais cela ne pouvait pas durer éternellement. «L'indicateur composite avancé de la Chine signale une possible modération de son activité économique; celui du Brésil et de l'Inde indique un ralentissement et, quant à celui de la Fédération de Russie, il montre pour la première fois des signes de pertes dans la dynamique de croissance», disait il y a deux semaines du BRIC l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). On y accuserait notamment le coup, dans ce cas, d'une augmentation des coûts de la main-d'oeuvre, de la difficile transition d'une économie d'exportation à une économie de consommation intérieure, mais aussi d'une montée du danger de surchauffe économique et de l'apparition de bulles spéculatives.

    Grosse commande


    La situation économique n'est pas si mauvaise globalement, observait quelques jours plus tard le Fonds monétaire international (FMI) dans une mise à jour de ses perspectives économiques. La croissance mondiale devrait tout de même se situer autour de 4,5 % en 2011 et 2012, à raison d'un difficile 2,5 % dans les économies avancées et d'une ronflante moyenne de 6,5 % dans les économies émergentes. Il faut se rappeler, de plus, qu'il est toujours beaucoup plus long et difficile de se remettre d'une crise économique provoquée par une débâcle financière à cause notamment de son impact dévastateur sur l'endettement des ménages et des gouvernements, l'emploi et les banques.

    «En conclusion, la reprise se poursuit, mais sur un terrain instable, avaient alors prévenu les économistes du FMI. Elle est fragile, déséquilibrée et limitée. Nous ne pensons pas que cette conjoncture signifie une récession en double creux. Mais les risques hypothéquant l'avenir s'accumulent et une action politique déterminée pour les contenir est nécessaire, et rapidement.»

    La chose est plus facile à dire qu'à faire. Le FMI voudrait, entre autres choses, que les gouvernements européens trouvent «rapidement une solution d'ensemble et cohérente» à leur crise de dette souveraine et forcent une recapitalisation accélérée de leurs banques, et que les États-Unis et le Japon adoptent sans plus attendre des plans crédibles de retour à l'équilibre budgétaire ni trop lents, ce qui leur enlèverait de la crédibilité, ni trop rapides, ce qui tuerait la reprise.

    L'un des dangers est que la peur de la récession s'empare des marchés et que leur réaction ne détériore encore plus la situation, observait la semaine dernière Nouriel Roubini dans une analyse destinée aux journaux. «Si les derniers chiffres économiques reflètent quelque chose de plus sérieux qu'une mauvaise passe temporaire, et que les marchés et économies continuent à ralentir, les décideurs politiques pourraient bien se retrouver les mains vides, mettait en garde notre Docteur Catastrophe. Si cela devait arriver, le risque de stagnation ou carrément d'une double récession augmenterait dans beaucoup d'économies avancées.»
     
     
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