Canada - Des acteurs pour une finance socialement responsable
«Montréal a perdu du terrain par rapport à Toronto et New York»
Au Canada, plusieurs groupes travaillent à développer une finance sociale, solidaire et responsable. En voici quelques-uns.
Fondée en 1989, l'Association pour l'investissement responsable (AIR) est une pionnière dans le domaine au Canada. «C'était au début de toute la mouvance, alors qu'on voyait arriver les premières offres de services en matière d'investissement responsable», indique Colette Harvey, membre du conseil d'administration de l'AIR et conseillère principale en finance responsable à la Caisse d'économie solidaire Desjardins.
Cela a suivi une longue remise en question. «Les communautés religieuses avaient lancé ce processus de questionnement parce qu'elles se demandaient si elles allaient faire fructifier leur argent avec n'importe quoi. On s'est donc mis à parler de critères autres que financiers. Au fil des ans, l'investissement responsable s'est beaucoup développé et raffiné», explique Mme Harvey.
L'AIR regroupe plus de 400 membres: sociétés d'investissement, établissements financiers, conseillers financiers, organismes à but non lucratif, caisses de retraite et regroupements intéressés à tout ce qui touche à l'investissement responsable.
L'objectif de l'association est de promouvoir l'investissement socialement responsable au Canada, de différentes façons, notamment en collectant des données. D'ailleurs, en matière d'investissement responsable, il semble que la progression soit remarquable. «En 2000, 2,9 % des actifs financiers canadiens étaient gérés avec des critères socialement responsables. Cela représentait 51 milliards. En 2010, on était rendu à 19 % des actifs, soit 531 milliards», indique Mme Harvey.
Pour arriver à faire ce travail de recherche, l'AIR n'hésite pas à s'associer à différents chercheurs. Son site contient aussi de l'information pour les investisseurs, notamment sur les différents fonds communs de placement socialement responsables au Canada. «On y voit la philosophie derrière les fonds et comment ils sont gérés. C'est très concret», précise-t-elle.
L'AIR s'occupe aussi du volet de formation. «Nous sommes en train de mettre sur pied une formation pour les conseillers financiers. Nous souhaitons qu'ils soient capables de mieux con-seiller les consommateurs», affirme Colette Harvey.
L'AIR organise également un congrès annuel. «Cette année, il aura lieu à Victoria, et on espère l'accueillir à Montréal en 2012», précise-t-elle.
Social Innovation Generation (SIG) et ses projets
Le blogue SocialFinance.ca, dirigé depuis 2010 par le partenariat national Social Innovation Generation (SIG) et son partenaire ontarien SIG @ MaRS, a pour objectif de relier tous les Canadiens intéressés à la finance socialement responsable. Publié dans la langue de Shakespeare, le site est mieux connu au Canada anglais. «Nous sommes basés à Toronto, mais nous aimerions être plus présents au Québec. Nous sommes ouverts aux nouveaux collaborateurs francophones», affirme Peter Deitz, éditeur du site. Ce New-Yorkais d'origine a d'ailleurs accordé une entrevue au Devoir dans un très bon français.
«Le blogue sert de plateforme d'échange, dans le domaine de la finance socialement responsable, entre les travailleurs expérimentés du domaine de la finance, mais aussi les étudiants et les gens engagés dans le milieu social», explique M. Deitz.
En plus du blogue, SIG et SIG @ MaRS dirigent d'autres projets dans le domaine de la finance socialement responsable, comme le Groupe d'étude canadien sur la finance sociale. Parmi les membres, on retrouve Paul Martin, ancien premier ministre du Canada, et Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l'économie sociale.
Le groupe a déposé, à la fin de l'année dernière, un rapport qui incluait sept recommandations pour que les marchés financiers créent une valeur plus durable pour la société. Par exemple, la recommandation no 1 indique que, pour maximiser leurs résultats dans le cadre de leur mission, les fondations canadiennes publiques et privées devraient investir, d'ici 2020, au moins
10 % de leurs capitaux en investissements axés sur leur mission.
Pour faire avancer ses recommandations, différents partenaires ont été choisis, comme Fondations communautaires du Canada et Fondations philanthropiques Canada.
Toutefois, il se pourrait que la recommandation no 3, par rapport à la création de nouveaux instruments obligataires dans le but de diriger des capitaux privés vers des interventions sociales et écologique efficaces, avance plus rapidement que les autres.
«C'était dans la plateforme électorale des conservateurs comme un exemple de leur intérêt pour la finance sociale, donc c'est possible que le gouvernement aille de l'avant avec ça. Mais on remarque que tous les partis fédéraux avaient inclus la finance sociale dans leur plateforme électorale, donc le potentiel du concept est de mieux en mieux compris à l'échelle gouvernementale», précise M. Deitz.
Initiative pour la finance durable Montréal
Un nouveau joueur, dans le domaine de la finance socialement responsable, est en train de se mettre sur pied: l'Initiative pour la finance durable Montréal.
«Nous croyons que les entreprises qui investissent de façon durable diminuent leur profil de risque et sont plus rentables à long terme. C'est plutôt reconnu en Europe, mais moins ici et aux États-Unis. Nous voulons donc créer cette initiative pour mettre de l'avant le fait que l'investissement socialement responsable diminue les risques», affirme Mary C. Larson, membre du comité directeur de l'Initiative pour la finance durable Montréal et associée principale chez Brimstone.
L'organisme à but non lucratif souhaite également revamper la réputation de Montréal en matière de finance. «Montréal a perdu du terrain par rapport à Toronto et New York et, en Amérique du Nord, le domaine de la finance socialement responsable est très peu développé. Nous croyons qu'on pourrait faire de Montréal un véritable centre de l'investissement durable, entre autres parce que nous avons une grande expertise dans le domaine. Nous avons aussi plusieurs grandes entreprises et établissements financiers actifs dans le domaine. Il faut toutefois unir les forces et trouver une façon de valoriser davantage l'investissement socialement responsable», explique Mme Larson.
L'Initiative pour la finance durable Montréal a déjà mis sur pied le programme d'agrément professionnel en placements durables avec le Centre d'études David-O'Brian sur la durabilité des entreprises, de l'École de gestion John-Molson. Conçu pour les professionnels de la finance, des investissements ou des affaires, il sera lancé en septembre.
L'Initiative pour la finance durable Montréal amorce ses activités au Québec, mais sa vision est globale. «Nous pourrions être actifs aussi au Canada anglais et aux États-Unis», indique Mme Larson.
Les réunions tenues pour arriver à la création de l'Initiative pour la finance durable Montréal ont commencé il y a un an. Actuellement, un conseil d'administration par intérim a été créé, mais le lancement officiel de l'organisation est prévu à l'automne.
***
Collaboratrice du Devoir
Fondée en 1989, l'Association pour l'investissement responsable (AIR) est une pionnière dans le domaine au Canada. «C'était au début de toute la mouvance, alors qu'on voyait arriver les premières offres de services en matière d'investissement responsable», indique Colette Harvey, membre du conseil d'administration de l'AIR et conseillère principale en finance responsable à la Caisse d'économie solidaire Desjardins.
Cela a suivi une longue remise en question. «Les communautés religieuses avaient lancé ce processus de questionnement parce qu'elles se demandaient si elles allaient faire fructifier leur argent avec n'importe quoi. On s'est donc mis à parler de critères autres que financiers. Au fil des ans, l'investissement responsable s'est beaucoup développé et raffiné», explique Mme Harvey.
L'AIR regroupe plus de 400 membres: sociétés d'investissement, établissements financiers, conseillers financiers, organismes à but non lucratif, caisses de retraite et regroupements intéressés à tout ce qui touche à l'investissement responsable.
L'objectif de l'association est de promouvoir l'investissement socialement responsable au Canada, de différentes façons, notamment en collectant des données. D'ailleurs, en matière d'investissement responsable, il semble que la progression soit remarquable. «En 2000, 2,9 % des actifs financiers canadiens étaient gérés avec des critères socialement responsables. Cela représentait 51 milliards. En 2010, on était rendu à 19 % des actifs, soit 531 milliards», indique Mme Harvey.
Pour arriver à faire ce travail de recherche, l'AIR n'hésite pas à s'associer à différents chercheurs. Son site contient aussi de l'information pour les investisseurs, notamment sur les différents fonds communs de placement socialement responsables au Canada. «On y voit la philosophie derrière les fonds et comment ils sont gérés. C'est très concret», précise-t-elle.
L'AIR s'occupe aussi du volet de formation. «Nous sommes en train de mettre sur pied une formation pour les conseillers financiers. Nous souhaitons qu'ils soient capables de mieux con-seiller les consommateurs», affirme Colette Harvey.
L'AIR organise également un congrès annuel. «Cette année, il aura lieu à Victoria, et on espère l'accueillir à Montréal en 2012», précise-t-elle.
Social Innovation Generation (SIG) et ses projets
Le blogue SocialFinance.ca, dirigé depuis 2010 par le partenariat national Social Innovation Generation (SIG) et son partenaire ontarien SIG @ MaRS, a pour objectif de relier tous les Canadiens intéressés à la finance socialement responsable. Publié dans la langue de Shakespeare, le site est mieux connu au Canada anglais. «Nous sommes basés à Toronto, mais nous aimerions être plus présents au Québec. Nous sommes ouverts aux nouveaux collaborateurs francophones», affirme Peter Deitz, éditeur du site. Ce New-Yorkais d'origine a d'ailleurs accordé une entrevue au Devoir dans un très bon français.
«Le blogue sert de plateforme d'échange, dans le domaine de la finance socialement responsable, entre les travailleurs expérimentés du domaine de la finance, mais aussi les étudiants et les gens engagés dans le milieu social», explique M. Deitz.
En plus du blogue, SIG et SIG @ MaRS dirigent d'autres projets dans le domaine de la finance socialement responsable, comme le Groupe d'étude canadien sur la finance sociale. Parmi les membres, on retrouve Paul Martin, ancien premier ministre du Canada, et Nancy Neamtan, présidente et directrice générale du Chantier de l'économie sociale.
Le groupe a déposé, à la fin de l'année dernière, un rapport qui incluait sept recommandations pour que les marchés financiers créent une valeur plus durable pour la société. Par exemple, la recommandation no 1 indique que, pour maximiser leurs résultats dans le cadre de leur mission, les fondations canadiennes publiques et privées devraient investir, d'ici 2020, au moins
10 % de leurs capitaux en investissements axés sur leur mission.
Pour faire avancer ses recommandations, différents partenaires ont été choisis, comme Fondations communautaires du Canada et Fondations philanthropiques Canada.
Toutefois, il se pourrait que la recommandation no 3, par rapport à la création de nouveaux instruments obligataires dans le but de diriger des capitaux privés vers des interventions sociales et écologique efficaces, avance plus rapidement que les autres.
«C'était dans la plateforme électorale des conservateurs comme un exemple de leur intérêt pour la finance sociale, donc c'est possible que le gouvernement aille de l'avant avec ça. Mais on remarque que tous les partis fédéraux avaient inclus la finance sociale dans leur plateforme électorale, donc le potentiel du concept est de mieux en mieux compris à l'échelle gouvernementale», précise M. Deitz.
Initiative pour la finance durable Montréal
Un nouveau joueur, dans le domaine de la finance socialement responsable, est en train de se mettre sur pied: l'Initiative pour la finance durable Montréal.
«Nous croyons que les entreprises qui investissent de façon durable diminuent leur profil de risque et sont plus rentables à long terme. C'est plutôt reconnu en Europe, mais moins ici et aux États-Unis. Nous voulons donc créer cette initiative pour mettre de l'avant le fait que l'investissement socialement responsable diminue les risques», affirme Mary C. Larson, membre du comité directeur de l'Initiative pour la finance durable Montréal et associée principale chez Brimstone.
L'organisme à but non lucratif souhaite également revamper la réputation de Montréal en matière de finance. «Montréal a perdu du terrain par rapport à Toronto et New York et, en Amérique du Nord, le domaine de la finance socialement responsable est très peu développé. Nous croyons qu'on pourrait faire de Montréal un véritable centre de l'investissement durable, entre autres parce que nous avons une grande expertise dans le domaine. Nous avons aussi plusieurs grandes entreprises et établissements financiers actifs dans le domaine. Il faut toutefois unir les forces et trouver une façon de valoriser davantage l'investissement socialement responsable», explique Mme Larson.
L'Initiative pour la finance durable Montréal a déjà mis sur pied le programme d'agrément professionnel en placements durables avec le Centre d'études David-O'Brian sur la durabilité des entreprises, de l'École de gestion John-Molson. Conçu pour les professionnels de la finance, des investissements ou des affaires, il sera lancé en septembre.
L'Initiative pour la finance durable Montréal amorce ses activités au Québec, mais sa vision est globale. «Nous pourrions être actifs aussi au Canada anglais et aux États-Unis», indique Mme Larson.
Les réunions tenues pour arriver à la création de l'Initiative pour la finance durable Montréal ont commencé il y a un an. Actuellement, un conseil d'administration par intérim a été créé, mais le lancement officiel de l'organisation est prévu à l'automne.
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Collaboratrice du Devoir








